Crise en Casamance: «La solution est d’abord militaire» selon le journaliste spécialiste Alioune Fall

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Deux morts et autant de blessés le 15 février 2010 à Ziguinchor. Soit, au total, huit soldats tués en Casamance en l’espace de quatre mois. Depuis trois ans, l’armée n’a jamais subi d’aussi lourdes pertes dans la zone sud. Les populations s’inquiètent de ce regain de tension, qui constitue une violation flagrante des accords de paix signés en 2004 entre l’Etat du Sénégal et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Dans cet entretien avec kanal150, Alioune Fall, journaliste-consultant en Communication et spécialiste de la Casamance, explique les raisons de cette escalade. Il propose également des pistes pour une solution définitive. Entretien.

Kanal150.com : Le 02 octobre 2009, l’armée a enregistré la perte de six hommes dans une attaque attribuée au MFDC. Lundi 15 février 2010, le mouvement rebelle est de nouveau pointé du doigt avec les affrontements près de Ziguinchor, qui ont fait deux morts et deux blessés dans les rangs de l’armée. Plus de cinq ans après la signature des accords de paix, peut-on craindre un regain de violence en Casamance ? Qu’est-ce qui en serait l’explication ?

Alioune Fall : Il y a plusieurs facteurs qu’il faut considérer dans ce dossier casamançais. Mais à mon avis, le facteur de base est l’existence d’éléments armés, de groupes organisés avec un véritable équipement de guerre évoluant dans la nature. Ces bandes armées, dans ce contexte de confusion et de blocage du processus de paix, sont cantonnées dans la brousse. Ce qui peut à tout moment déclencher la violence. Ce sont des gens qui n’ont d’autres moyens que les armes, qui ne peuvent faire rien d’autre que de s’en servir et qui ont les mêmes besoins, les mêmes préoccupations, les mêmes aspirations que tout le monde. A un moment donné, l’Etat injectait de l’argent en faveur d’éléments favorables à la paix. Mais à chaque fois qu’il y avait du retard dans le versement, la violence ressurgissait, notamment sous la forme  de braquages entraînant parfois mort d’hommes. Il y a aussi les tentations de la grande déliquance pour des gens déjà aguerris dans la violence et le maniement des armes. Donc, aussi longtemps qu’on aura des éléments armés se baladant dans les forêts casamançaises, on ne sera pas à l’abri d’un regain de violence sur le terrain.

La disparition de l’abbé Diamacoune n’a pas arrangé les choses, apparemment.

Le MFDC est complètement atomisé. Diamacoune était le seul féderateur et après sa mort, personne n’a pu jouer ce rôle. Ce qui est à l’origine de l’émergence de groupuscules incontrolés et incontrolables, qui créent le désordre un peu partout en Casamance. C’est aussi un facteur explicatif du regain de violence.

Il y a lieu de considérer également le facteur géopolitique, et dans la situation actuelle, la Guinée-Bissau, où la conjoncture politique interne pourrait peut-être avoir influé sur la situation actuelle en Casamance. Là-bas, le commandement de l’armée a changé. Le général Tagmé Na Way qui était connu pour être un ami du Sénégal dans le dossier casamançais est mort, et Zamora Indute qui l’a remplacé, s’était distingué dans le passé, par des positions d’hostilité vis-à-vis du Sénégal sur la même question. Le général Tagme, de son vivant, avait imposé le dépôt des armes aux bandes rebelles évoluant le long de la frontière avec la Guinée-Bissau, sous peine de leur interdire l’accès à ce territoire, perspective particulièrement défavorable à la rebellion. Est-ce que sa mort et la prise du pouvoir militaire par Indute n’a pas fait sauter ce verrou sécuritaire pour la partie sud du Sénégal ? C’est une piste à explorer. La Gambie et la Guinée sont frontalières de cette région et constituent des zones de repli pour les bandes armées. Quand Banjul et Bissau montrent un tant soit peu d’ouverture aux groupes rebelles, il est difficile à l’armée de contrôler la situation.

Donc la recherche de solution implique forcément la collaboration avec ces pays frontaliers.

Toute recherche de solution à ce conflit doit prendre effectivement en compte la Gambie et la Guinée Bissau. Car elles peuvent être des alliés, mais aussi des facteurs forts de nuisance.

Il faut aussi considérer la dimension économique. La crise a provoqué l’émergence d’une économie de guerre en Casamance, avec ce contexte d’insécurité et de non- Etat favorable à toutes sortes de trafic : drogue, armes, accaparement de ressources naturelles… Des affairistes s’enrichissent de la situation, donc n’ont pas intérêt à ce qu’une solution effective soit trouvée. Ils se servent des soi-disant rebelles pour entretenir cette situation de non-Etat propice à leur business. D’ailleurs mon sentiment personnel est que la violence actuellement en cours en Casamance tient davantage du souci de préservation de cette économie de guerre, que d’un idéal indépendantiste qui, à mon avis, est fortement en déclin.

L’Etat n’a-t-il pas trop cru au pouvoir de l’argent au point de négliger d’autres pistes pour le règlement définitif de la question de la Casamance ?

Il est clair que l’argent a fortement contribué à polluer le dossier et à compromettre la conduite des différentes initiatives de paix lancées par l’Etat depuis plusieurs années. La crise s’est révélée rentable pour d’aucuns, et pas seulement les opérateurs intervenant dans l’économie de guerre. Il y a tous ces médiateurs, intermédiaires et négociateurs de l’Etat, ayant à manipuler des fonds parfois considérables pour soi-disant acheter la paix. L’expérience a démontré qu’on ne peut pas acheter la paix en Casamance. Mais ce qu’il faut surtout relever, c’est le manque de vision manifesté par l’Etat depuis le début. On a l’impression qu’il n’y a pas de stratégie de gestion de ce dossier pour parvenir à une issue définitive. On parle beaucoup de processus de paix, mais on le gère de manière évènementielle, sans aucune perspective dans le moyen ou long terme. C’est regrettable car les conséquences sont toujours tragiques et sanglantes. Il est temps qu’on mette un peu plus de sérieux et rigueur dans la gestion de ce dossier et qu’on arrête de jouer avec.

Comment réorienter la stratégie ?

L’Etat doit s’engager dans le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des éléments armés. Et aussi dans la neutralisation de ceux de ces éléments armés qui ne seraient pas ouverts à un tel processus. Ce processus avait été amorcé, mais il n’y a pas eu d’aboutissement. En me fondant sur l’expérience que j’ai de ce dossier, je pense qu’il est nécessaire de laisser l’armée se déployer et mener ses actions avec des objectifs clairs et précis assignés par les autorités politiques. On ne peut pas continuer à traiter comme des faits divers, ces assassinats et exactions peréptrés régulièrement en Casamance. Dans un état de droit, un criminel, de surcroît un criminel de sang, on le traque, on le capture et on lui applique la loi. C’est indécent de continuer à banaliser la mort d’innocents en Casamance et pour l’Etat, c’est un signe de faillite voire de déchéance. Qu’on engage l’armée à faire son travail, qu’on leur dise de restaurer l’autorité de l’Etat en Casamance, qu’on ne tolère plus la présence de groupes d’individus armés sur cette partie du territoire nationale, et vous verrez qu’au bout de quelques semaines, il n’y aura plus de sanctuaire rebelle en Casamance. Il faut mettre en avant l’armée et lui permettre de jouer son rôle de défense de l’intégrité territoriale et des fondamentaux de l’Etat. Contrairement à ce que d’aucuns prétendent, dans ce dossier, la solution militaire n’a pas encore échoué pour la bonne raison qu’elle n’a jamais été réellement mise en œuvre. L’option jusqu’à maintenant a été la solution politique et les nombreuses séances de négociations et accords signés sans effet constituent un indicateur fort de la prépondérance de la politique sur le militaire dans le traitement de ce dossier. C’est la solution politique qui a jusqu’ici échoué. En revisitant l’histoire, on se rend compte qu’à part au tout début, dans la période qui nous a menés à Cacheu, l’armée n’a jamais été mise en avant dans cette crise. A chaque fois qu’elle est intervenue, c’est pour réagir à des provocations répétées des rebelles. Ainsi, son action a toujours revêtu un caractère ponctuel, et surtout, n’a jamais été déployée jusqu’à terme. A chaque fois que l’armée entre en action et met la rebellion en difficulté, elle est stoppée dans son élan par les politiques qui ont ainsi toujours privilégié la solution politique. Or, ces interventions des politiques pour freiner l’élan de l’armée ont toujours permis à la rebellion, militairement affaiblie, de se régénérer et de reprendre du poil de la bête. Dans ces conditions, il me semble prématuré de décrêter l’échec de la solution militaire, et je crois qu’il temps qu’on envisage une véritable solution militaire à ce conflit.

L’option militaire suffira-t-elle à faire revenir la paix ?

Une fois que l’armée aura permis une situation favorable aux négociations véritables, elle pourra laisser la place aux politiques, en tenant compte cependant des expériences vécues jusqu’à maintenant. Mais jusqu’ici la solution militaire n’a pas été explorée de façon efficiente. Ce dossier est purement stratégique. Il est d’abord militaire, et quand on en sera à la phase de règlement, il sera une affaire de négociations. A cette phase, nous avons des experts, diplomates ou autres, bien qualifiés et bien outillés pour mener des négociations.

Faut-il croire que l’Etat s’est parfois trompé dans le choix des personnes pour conduire le dossier de la Casamance ?

L’Etat a toujours choisi ses émissaires sur des critères politiciens ou par complaisance, mettant en jeu d’importantes sommes d’argent qui font que tout le monde voulait être «M. Casamance» sans toujours en avoir la qualifiation. Ce phénomène, au lieu de nous mener vers une solution effective, n’a contribué qu’à l’aggravation du problème.

Vous l’avez souligné, le MFDC souffre d’un déficit de leader consensuel depuis la mort de Diamacoune. Dans ces conditions, l’Etat ne risque-t-il pas d’être confronté à une absence d’interlocuteur crédible pour des négociations sérieuses avec le mouvement rebelle ?

Certes il se pose un poblème d’interlocuteurs mais, il n’est pas insurmontable. Après 2000, l’Etat a développé une stratrégie différenciée articulée autour de différents axes de négociation et cela avait commencé à donner des résultats. C’est-à-dire que des négociateurs s’activaient séparément auprès de différents responsables politiques ou militaires de la rebellion. C’est d’ailleurs cette stratégie différenciciée qui a permis la longue accalmie notée dans la zone. Mais on l’a déjà dit, il n ya pas eu de finalisation. On a laissé les rebelles dans leurs cantonnements avec leurs armes, en prétendant pouvoir les nourrir. Aux premières ratées de l’opération, les armes ont recommencé à parler. Le désarmement, la démobilisation et la réinsertion auraient permis d’éviter une telle situation. Ces trois élements ont un caractère fondamental dans la résolution de la crise.

kanal150;com

1 COMMENTAIRE

  1. Il n’y a pas d’interlocuteur casamançais, ce sont tous rebelles, des bandits de grands chemins qui s’enrichissent sur le cadavre de pauvres citoyens. Laissons l’armée faire son travail, les militaires doivent les pourchasser là où ils se trouverons et les mater. On ne négocient pas avec des séparatistes il faut les arreter et les jugés voir les tues. Quand à Mamadou Nkrumah Sané ce n’est qu’un bouffon qui veut seulement se faire voire, si c’est un homme il n’a qu’a descendre sur le terrain.
    Le SÉNÉGAL EST UN ET INDIVISIBLE

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