Dakar, le 16 février 2024 (Par Astou Thiam)

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Dans le labyrinthe complexe et orageux de notre paysage politique actuel, la décision du Conseil Constitutionnel émerge tel un phare de sagesse et de prudence, illuminant les eaux troubles de l’incertitude juridique et politique. Par son verdict refusant la proposition de report des élections, tout en reconnaissant l’impossibilité de tenir le scrutin présidentiel à la date prédéfinie, le Conseil Constitutionnel, a non seulement navigué avec une précision chirurgicale à travers les méandres du droit constitutionnel, mais a également offert une bouée de sauvetage, revêtue d’une élégance institutionnelle, à une situation potentiellement précaire.

Cette décision, qui semble en surface conférer une dignité presque intacte à la magistrature présidentielle, ne doit pas être perçue comme le dénouement définitif d’un drame politique encore en pleine effervescence. En effet, ce geste, bien loin de n’être qu’une simple manœuvre juridique, s’avère être une masterclass en équilibre constitutionnel, offrant au Président une opportunité de redressement tout en préservant sa dignité, dans un contexte où la moindre faiblesse pourrait être fatale. Elle représente également un appel à la vigilance, un signal d’alarme qui nous rappelle que la démocratie, dans sa quête incessante de perfectionnement, exige une attention de tous les instants et une détermination sans faille de la part de ses gardiens.

Espérons qu’il va saisir cette chance pour interrompre cette « grossesse incestueuse » comme disait Honorable Hélène Tine pour décrire ce report de neuf mois par rapport à la date initialement prévue. Cette métaphore pour décrire le report électoral, loin d’être une simple figure de style, plonge ses racines dans une profondeur métaphorique qui révèle l’incongruité et l’immoralité temporelle de cette décision. Cette analogie, puissante et évocatrice, n’est pas seulement un réquisitoire contre le décalage des échéances ; elle est un vibrant plaidoyer pour l’intégrité et la moralité dans la conduite de nos affaires publiques.

La sagesse ancestrale wolof invoquant l’image d’une créature marquée par l’ingratitude et la voracité nous met en garde que « baadolo dou dioup gathié deup té tégouthia loxom », cet adage nous sert d’avertissement solennel contre l’indolence et la complaisance. Cette maxime, riche de siècles de sagacité, nous rappelle que les traits caractéristiques de l’ingratitude et de la cupidité, une fois enracinés dans l’âme, précipitent inévitablement vers le déshonneur et l’infamie. Elle nous exhorte à rester éveillés, conscients que les défauts de l’âme humaine, s’ils ne sont pas vigilamment gardés, mènent inévitablement à la déchéance morale et à la discréditation publique, sous peine de voir nos aspirations les plus nobles se dissoudre dans le néant de l’oubli.

Cependant, dans un esprit d’optimisme et de « rafet njorte », il est permis d’espérer que le Président de la République saura reconnaître et honorer la « teranga » qui lui est offerte en cette occasion cruciale. Cette offre faite au Président par le Conseil Constitutionnel, loin d’être un simple geste de courtoisie, est une invitation à embrasser un destin supérieur, une chance de réconciliation avec les principes les plus élevés de notre République. C’est une opportunité pour lui de rompre avec les cycles du passé et d’embrasser un avenir où l’intégrité, la transparence et le respect de la volonté populaire prévalent.

Ainsi, nous, citoyens et citoyennes, en cette conjoncture historique, sommes conviés à une vigilance de tous les instants. Ce tournant, symbole d’une victoire démocratique, ne doit en aucun cas nous plonger dans une quiétude illusoire, mais doit au contraire affûter notre sens de la responsabilité et renforcer notre dévouement à la préservation de nos idéaux les plus sacrés. La quête d’une gouvernance véritablement démocratique est semée d’embûches ; elle sollicite de nous une vigilance constante, une implication sans faille et un courage à toute épreuve face aux épreuves qui jalonnent notre horizon. Saisissons cette opportunité pour réitérer notre engagement indéfectible envers la cause de la justice, en veillant à ce que les piliers de notre société soient invariablement scellés dans le béton de l’équité, de la transparence et d’un respect absolu de la volonté populaire. Que cette ère serve de tremplin vers un renouveau démocratique, où chaque voix est entendue et chaque geste est empreint d’un amour inconditionnel pour notre nation.

En filigrane de cet appel solennel, il convient de rappeler avec une pointe d’ironie raffinée, que la promesse d’une « gouvernance sobre et vertueuse », jadis proclamée avec ferveur par le Président de la République au seuil de son mandat, semble s’être heurtée à la rude réalité de l’exercice du pouvoir. Peut-être est-ce la reconnaissance tacite de l’arduité de cette noble ambition qui a conduit, par un détournement des plus ironiques, à s’éloigner des principes initialement érigés en phare de son administration. Cette évolution, si elle était à prévoir, n’en demeure pas moins une source de réflexion profonde sur les défis inhérents à la matérialisation des idéaux dans le marbre souvent récalcitrant de la pratique politique. Puissions-nous, dans un élan de lucidité collective, comprendre que le chemin vers la vertu et la sobriété en gouvernance est jonché non seulement d’intentions louables mais également d’actes concrets, reflétant avec fidélité les aspirations d’un peuple épris de justice et de dignité.

Astou Thiam

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