Immersion dans le monde des jeunes médecins : Exploités par des structures de santé, les nouveaux diplômés peinent pour un emploi stable après de longues études

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XALIMANEWS-Diplôme en main, les jeunes médecins sénégalais doivent mener au point qu’on pense que c’est un long combat pour décrocher un poste. Ils sont devenus nombreux à ne pas trouver un emploi stable après de longues études. Le taux de chômage élevé des médecins pendant les premières années qui suivent l’obtention du diplôme constitue une illustration parfaite de leur difficile insertion professionnelle.

Depuis un an après sa soutenance de thèse de doctorat d’Etat, Dr El Hadj Babacar Ndoye, brillant diplômé en médecine, se bat pour trouver une place dans le système de santé sénégalais. Malgré ses qualifications et son désir ardent de servir sa communauté, il se retrouve confronté à un obstacle majeur: le manque d’opportunités d’emploi dans la fonction publique.

Âgé de 29 ans, père de deux enfants, Dr El Hadj Babacar Ndoye, élancé avec une petite barbichette, cache mal sa forme chétive dans une blouse blanche ample. Il fonctionne 7 jours sur 7 en alternant deux boulots épuisants, à temps plein, entre le centre de santé des Him et une autre structure sanitaire de la capitale.

Malgré un emploi du temps chargé, il accepte de diagnostiquer la situation que les jeunes médecins vivent au quotidien.

« Nous sommes confrontés à de multiples problèmes tels qu’un plateau technique défectueux et un défaut de matériel inacceptable. Parfois, tu viens à l’hôpital, tu ne trouves même pas d’or-donnanciers. Le manque de gants est permanent dans les structures. Les horaires de travail sont longs, harassants et mal rémunérés. En effet, avec des salaires qui ne sont pas à la hauteur de l’énergie fournie, les médecins sont souvent confrontés à des licenciements abusifs, car ils travaillent souvent sans contrat qui les lie à la structure • confie-t-il.

La situation que vit Dr Ndoye n’est malheureusement pas un cas isolé. De nombreux jeunes médecins sénégalais, fraîchement diplômés, se retrouvent dans la même situation précaire, confrontés à un système de santé qui peine à absorber le flux de nouveaux professionnels de la santé.

Le Sénégal très loin des recommandations de l’Oms

Dr Fatou Traoré qui sert à Keur Ndiaye Lô, un village de la commune de Sangalkam, situé à quelques kilomètres de la ville de Rufisque, déplore le faible ratio soignant/ population au moment où des médecins peinent à trouver un emploi. Actuellement, le Sénégal compte 1 médecin pour 17.000 à 24.000 habitants, loin des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) pour un accès minimal à la santé qui est de 1 pour 5.000 à 10.000 habitants. Ce qui constitue un paradoxe pour Dr Traoré. « On travaille dans des conditions vraiment difficiles.

Souvent, le contrat est simplement verbal. On est exploité, aussi bien dans les postes de santé ou les structures privées où on assure les consultations et la prise en charge des patients. C’est une situation qui perdure au point qu’on pense que c’est normal. On n’est pas traité à notre juste valeur. Seuls 16% des médecins sont recrutés dans la fonction publique, 10% sont des contractuels du ministère de la Santé et 57% sont recrutés par des comités de santé, c’est-à-dire les Ong, les centres de santé, etc. On les appelle des prestataires avec des salaires de moins de 300.000 FCfa », déclare-t-elle.

Pourtant, chaque année, l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’université Assane Seck de Ziguinchor, l’université Gaston Berger de Saint-Louis, l’université Iba Der Thiam de Thiès et récemment l’université Alioune Diop de Bambey qui a sorti sa première promotion, mettent sur le marché de l’emploi des centaines de docteurs. Sans compter les médecins qui sortent dans quatre écoles privées de médecine de Dakar, à savoir l’université des sciences de la santé, l’université Amadou Hampâté Ba, l’école Saint Christopher et l’université Ipformed.

La généralisation des bourses de spécialisation, une forte demande

Au problème d’accès à un contrat stable, s’ajoute le non-recrutement des jeunes médecins diplômés. « Les jeunes médecins sont victimes du système de santé sénégalais. Ils se tapent tout le boulot pour ne recevoir que des miettes comme salaire, sans compter le licenciement abusif. Ce n’est pas normal.

Même si nous savons que l’État ne peut recruter tout le monde, des alternatives de recrutement et de rémunération devraient être mises en place », suggère Dr Modou Ndiathe Diouf. Quant à Dr Malao Ngom, inscrit en spécialisation en cardiologie à l’hôpital St Jean de Dieu de Thiès, il ne comprend pas cette situation « d’exploitation rampante » que vivent ses confrères, notamment ceux qui font la spécialisation.

« Un docteur d’État en médecine qui assure votre service n’est ni recruté dans la fonction publique encore moins un contractuel du ministère et ne perçoit aucun salaire à la fin du mois. Pire, seule une infime partie bénéficie des bourses de spécialisation », fus-tige-t-il. Quant aux médecins in-ternes, ils sont sous-payés malgré un travail pénible. Dr Ndoye exprime un sentiment d’injustice profonde. « Vous voyez un médecin qui a soutenu sa thèse, qui travaille de 8h à 17h et qui perçoit un salaire de 150.000 FCfa.

C’est ce qui se passe au centre hospitalier Albert Royer. Ce sont ces médecins qui consultent presque tous les enfants, alors’ que le ticket de consultation est de 5.000 FCfa. Chaque médecin peut consulter au moins 20 enfants par jour. C’est la même chose dans les centres de santé où ces médecins ne perçoivent que 200.000 FCfa, soit 50.000 FCfa de plus », fait-il savoir avec amertume.

Le Soleil

1 COMMENTAIRE

  1. Je suis juste abasourdi !!! Comment ça se peut-il que des médecins qui ont passé autant d’années de labeurs et de sacrifices pour obtenir leurs diplômes peuvent-ils être traités comme des bana-bana. On est dans un pays où on est capable de payer à coût de millions un députés, les élus des municipalités ont reçus des augmentations substantielles de leurs salaires à coup de centaines de milliers de CFA et ceux qui sauvent des vies après autant d’années d’études eh ben on vous donne des miettes. Savez-vous qu’au Québec la majorité des médecins sont mieux payés que le premier ministre (notre président de la République). Les médecins spécialistes sont payés à 300 milles dollars alors que le premier ministre n’a pas plus de 200 milles dollars. Et même certains postes d’infirmières avec diplômes universitaires jusqu’à pas longtemps pouvaient gagner plus qu’un député.(parce que le gouvernement vient d’augmenter le salaire des députés de 30 milles dollars l’année dernière). J’avais déjà mis le point sur le manque d’ambitions du projet du pastef en ce qui concerne le secteur de la santé. Mais là en voyant ce tableau sombre des conditions de vie et de travail des médecins je me dis que ça va être pire. Mais comment pouvons-nous nous développer si on ne remunere pas le mérite.

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