Le canular favori du pouvoir Par Abdou Latif Coulibaly

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C’est encore reparti ! Il a fallu le Gamou et une visite à Tivaouane pour que le chef de l’Etat relance son canular favori : le dialogue politique, dont personne ne peut dire exactement ce que cela recouvre dans la réalité, ni les objectifs qui lui sont attachés, encore moins ses finalités.

La vérité est que celui qui le préconise et exprime, à intervalles plus ou moins réguliers dans le temps, le désir de le concrétiser, n’y a jamais cru. Abdoulaye Wade qui appelle son opposition au dialogue est convaincu que le jeu politique est avant tout et essentiellement un rapport de forces, en dehors duquel rien n’est concédé, encore moins décidé. Il l’exprime bien cette conception quand il pense et dit que les principaux acteurs de son opposition sont des poltrons qui n’ont pas le courage de défier son pouvoir dans la rue. Il l’a dit, en pensant, certainement, à lui-même opposant qui avait l’habitude de le faire avec le régime du président Abdou Diouf, en ayant à sa dévotion des jeunes prêts, au moindre signal, à poser nuitamment des bombes pour faire exploser des tuyaux de canalisation d’eau dans la ville de Dakar, ou pour incendier des voitures ici et là. Nous avions publié, il y a à peine trois mois, dans les colonnes de La Gazette des textes qui expliquaient bien pourquoi le dialogue entre Abdoulaye Wade et son opposition est impossible. Nous reconduisons avec ce énième appel lancé lors du Gamou les mêmes réflexions.

Sans jouer aux oiseaux de mauvais augure ou au Cassandre, nous affirmons, en dépit des assurances données par Habib Sy, ministre d’Etat, Directeur de cabinet du chef de l’Etat au micro de nos confrères de Walfadjri, qu’aucune avancée significative ne sera notée pour aboutir à une réalisation effective de ce dialogue.
Ce dialogue, tel que le comprend et le souhaite à juste titre l’opposition sénégalaise doit aboutir au règlement des questions essentielles comme l’audit du fichier électoral. Or, le pouvoir en place sait pertinemment que son maintien en 2012 dépend de l’organisation d’élections non transparentes qui favorisent naturellement le régime libéral.

Le renvoi brutal de l’ancien président de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), Moustapha Touré, constitue une indication claire de l’état d’esprit du chef de l’Etat et sa volonté ferme de se donner tous les moyens de réussir un scrutin qui tronque le suffrage des citoyens, sans en donner l’apparence.
Le fichier numérisé des électeurs constitue un atout majeur pour la fraude numérique qu’un audit fiable de celui-ci empêcherait irrémédiablement. Il y a une constante dans notre pays : le président de la République fixe à sa guise l’agenda politique et l’impose à tous les acteurs qui en oublient presque tous leur propre agenda, en courant derrière ce que l’organisateur de ce jeu veuille bien leur montrer comme objectif.

C’est cela qui explique le jeu de yoyo auquel se soumet l’opposition nationale qui a oublié qu’elle avait pour ambition et pour objectif de trouver les moyens de faire appliquer les décisions majeures issues des Assises nationales dont la seule évocation semble même irriter ceux qui en étaient les principaux initiateurs.

Depuis la fin de ces Assises et leur clôture intervenue en mai 2009, personne dans le camp de l’opposition, ne se donne plus la peine d’en diffuser, auprès de l’opinion nationale les propositions remarquables. En imposant son agenda, Abdoulaye Wade amène l’opposition qui le suit sur son terrain, à abandonner le sien propre, et à oublier de dire au peuple ce qu’elle lui offre comme alternative. Ainsi, ce peuple en est arrivé à croire que l’opposition n’avait rien de concret à proposer.

Sinon que les sempiternelles critiques d’une gouvernance d’Etat sur laquelle les citoyens n’ont plus besoin d’être édifiées. Ils n’en ont plus besoin, tant cette gouvernance en est arrivée par les actes irresponsables posés par ses principaux animateurs, et par les faits de corruption avérés dont ils se sont rendus coupables, à détourner les citoyens d’un régime qui pourrait pourtant, par sa simple ruse et par l’incohérence de ses adversaires, se maintenir au pouvoir.

Le comité de pilotage et de suivi des Assises a eu raison de tenter de relancer, depuis sa réunion tenue à Dakar le samedi 6 mars, la formidable dynamique politique enclenchée en 2009. Celle-ci n’aurait jamais dû s’interrompre. Force est cependant de constater qu’il ne reste plus grand-chose d’une telle dynamique qui aura pourtant été la seule chose ayant réussi à coller la frousse au pouvoir libéral, depuis presque 10 ans qu’il s’est installé au sommet de l’Etat. Faut-il le rappeler, pour s’en réjouir, c’est cette dynamique qui a empêché le chef de l’Etat d’installer son fils à la tête de la mairie de Dakar, le 22 mars 2009, comme il en avait caressé le rêve. L’opposition doit, enfin, comprendre, plutôt que de perdre son énergie dans la quête d’un dialogue qui ne sera jamais là, autant alors travailler à créer dans le pays une dynamique politique qui va inverser les rapports de force en sa faveur.

Contraints et forcés, le cas échéant, Abdoulaye Wade et son camp entendront alors raison, en acceptant l’organisation d’un dialogue sincère et utile, pour la consolidation de notre projet démocratique national.

Abdou Latif COULIBALY

lagazette.sn

7 Commentaires

  1. Franchement, je suis désolé de ce Abdou Latif Coulibaly. Il parait qu’il n’est pas un journaliste mais un opposant. C’est vrai que t’es un journaliste d’investigation mais nak sache que le dialogue politique ne devrait pas uniquement porter sur le fichier électoral. L’opposition doit mettre en avant les intérêts du peuple et non pas ses propres intérêts(je veux dire le fichier qu’elle réclame tjrs).
    J’aimerais bien que Wade quitte le pouvoir en 2012 pour encore hisser la démocratie sénégalaise à son plus haut niveau, mais j’ai pas confiance à cette opposition qui ne parle que des élections en zappant les réalités de la vie dure au Sénégal.
    C’est vraiment dommage!!!

  2. Je me suis juste demandé une chose : se pourrait-il qu’il y ait des deals ailleurs que sur les façades affichées par notre vie démocratique ? Car cela fait un moment que j’observe la vie politique au Sénégal et je suis arrivé aux même conclusions que Latif : il y’a quelque chose qui ne tourne pas rond dans tout cela.

    Point.

  3. En tout cas, comme l’a clairement et courageusement dit le MSU, dialoguer avec Wade ne sert à rien car c’est un homme pour qui la sincérité n’a aucun sens. Et je suis désolé de voir « Junior » s’engager dans ce bourbier.

  4. Au premier internaute, je demanderai d’étre plus tendre à l’endroit de Monsieur Coulibaly.Celui-ci a le droit de donner son impression sur la situation du pays comme tout un chacun.Et d’ailleurs,c’est un intellectuel averti avec une plume édifiante teintée d’un amour profond pour son SENEGAL.Comme moi et tant d’autres sénégalais soucieux de l’avenir du pays,il ne cautionne pas la frilosité de ces dirigeants

  5. En fait ce qu’il faut savoir c’est que meme si Latif est journaliste, c’est aussi un citoyen.
    De plus ce que beaucoup ne savent pas c’est que les journalistes ont le droit d’a’voir un penchant politique et meme de l’exprimer, tout en traitant l’information de maniere objective.
    Bravo Latif, continue à èdifier les Senegalais, ils en ont besoin.

  6. Vraiment abdou barboza larbin couti appartient au monde du crépuscule.Cet homme est né dans un sale contamination de sexe de chiens.On veut qu’il arrête ses esprits mesquins et ignobles.

  7. je pense que ce qu’il faut dans un etat comme le notre c’est que les gens arretent de se barricader derriere le masla; derriere des marabouts véreux et corrompus…ce que nous devons tous faire c’est defendre nos intérets et s’il nous faut descendre dans la rue; ou bien s’il nous faut prendre le pouvoir par les armes autant le faire; si on laisse Wade continuer a nous diriger ce pays continuera a descendre encore au plus profond des abimes; alors sénégalais sénégalaises levons tant qu’il est encore temps et boutons du pouvoir Wade et compagnie

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