Les 50 ans d’indépendance du Sénégal par Youssou Ndour: Djibril Diop Mambéty et Cheikh Anta Diop

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A une année près, il a l’âge de l’indépendance de son pays, le Sénégal. Star internationale, il n’a pourtant jamais quitté Dakar, où il s’investit dans des actions sociales et participe à la vie médiatique. Le chanteur était l’interlocuteur idéal pour discuter du Sénégal, 50 ans après l’indépendance, d’un certain débat sur l’identité nationale et de son nouvel album, « Dakar-Kingston ». Interview.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du Sénégal depuis l’indépendance ?

Le Sénégal a depuis reconnu ses valeurs et ses traditions mises en sommeil pendant la colonisation, ce qui est une très bonne chose. La langue officielle est le français, mais celle parlée par tout le monde est le wolof.

Par ailleurs, la religion musulmane a pu demeurer contre la volonté des colons. Le Sénégal a su résister à l’influence de la culture française et rester original y compris dans la musique.

Si on fait le bilan, je pense qu’on s’en est plutôt bien sorti. Maintenant, il reste beaucoup de choses à faire.

Dirais-tu que la dépendance du Sénégal se situe plutôt au niveau économique aujourd’hui ?

Il y a des secteurs où on est indépendant, comme la culture, et d’autres dépendants, comme l’économie. Le problème, c’est que les ressources en Afrique ne sont pas gérées par un milieu africain, mais par des entreprises étrangères. Du coup, il n’y a pas de retour pour les gens qui vivent à proximité de cette richesse.

Quelles grandes figures africaines te sont chères ?

  • Djibril Diop Mambéty, qui était l’un des plus grands cinéastes de ce monde, imaginatif et original.
  • Cheikh Anta Diop, (historien sénégalais,1923-1986) qui représente une dimension panafricaine très importante, au-delà du Sénégal, à l’égal de Kwame Nkrumah (qui proclama l’indépendance du Ghana en 1957, NDR) ou Mandela : Cheikh Anta nous alégué de grandes idées sur la civilisation, mais aussi sur le réchauffement climatique.

Tu vois des gens de cette stature parmi les dirigeants africains actuels ?

Le président du Mali (Amadou Toumani Touré) : il a pris le pouvoir par les armes dans une situation difficile, l’a rendu, est revenu par les urnes et s’apprête à le quitter à la fin de son deuxième mandat plutôt que de modifier la constitution comme beaucoup d’autres. S’il arrive à faire ça, il restera pour moi l’un des grands hommes politiques modernes.

Qu’as-tu pensé du débat sur l’identité nationale en France ?

Le thème de l’immigration est politique. Depuis que nos grands-parents sont venus construire l’Europe, les hommes politiques n’ont jamais su les prendre en compte. Ils ont institué un cadre fondé sur la couleur de peau et chaque fois, ils rebondissent avec
ça.

Quand les pays font des lois draconiennes [sur l’immigration, ndlr], ça pose un problème de dignité : une personne qui quitte son pays pour envoyer de l’argent et faire vivre sa famille, vous croyez qu’elle peut revenir et dire « j’ai été refoulé » ? On enlève la dignité des gens, et tout ça pour des considérations politiques… C’est dommage, ce n’est pas ce qu’on devrait voir en 2010.

As-tu déjà eu envie de t’engager en politique ?

Non. Je ne me vois pas au niveau politique, je ne veux pas mélanger les choses. Tant que je serai passionné, la musique restera la priorité.

Comment l’idée d’un album reggae est-elle née ?

J’aime bien toucher à différents genres, mais l’histoire de cet album est particulière : depuis plus de 20 ans, un ami ne cesse de me demander « Pourquoi ne fais-tu pas un album de reggae ? ». Et en 2008, alors qu’on préparait le Festival des Arts nègres [qui devait se tenir à Dakar fin 2009, mais a finalement été reporté, ndlr], un hommage aux grandes figures noires dans le monde, dont Bob Marley, j’ai repensé à l’idée d’album reggae de mon ami et ça a fait tilt (sourire).

Que représente pour toi Bob Marley ?

Un modèle, en tant que star planétaire d’un pays du tiers monde. Je viens aussi d’un petit pays, que j’essaie de faire connaitre avec ma musique – lui a réussi plus rapidement et plus massivement.

Est-il aussi un modèle pour son activisme politique ?

Il a compris que la musique constituait une force que l’on pouvait utiliser pour faire passer des messages. Il nous a montré la voie. Cet engagement, je l’ai continuellement en moi.

Tu revisites d’anciennes chansons sur ce nouvel album…

Je pense qu’une chanson ne doit pas mourir, mais toujours rebondir. Le reggae offre beaucoup d’espace, alors j’ai repensé à des mélodies que j’avais déjà écrites et elles sonnaient de façon très naturelle avec cette musique.

Propos recueillis par Bertrand Bouard

Rue89.com

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