Moins de 20.000 nouveaux inscrits sur les listes électorales: majorité et opposition peinent à mobiliser

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Les inscriptions dans le cadre de la révision exceptionnelle des listes pour les électeurs résidents à l’intérieur du territoire national ouvertes le 3 décembre dernier prendront fin, s’il n’y a pas prolongation, le 30 juin prochain. Pour les Sénégalais a l’étranger, elles sont ouvertes le 1er février dernier et seront clôturées le 31 juillet. À un mois et quelques jours de ces échéances, on se hâte néanmoins lentement à s’inscrire. Sur un potentiel de 1.300.000 nouveaux électeurs possibles, principalement des jeunes entre 18 à 22 ans, moins de 20.000 se sont effectivement inscrits jusqu’ici. En se renvoyant la balle, majorité, opposition et mouvements citoyens peinent cependant à mobiliser cet électorat qui risque pourtant de faire la différence au mois de février prochain.

Le Mouvement « Y’en a marre » déroule. Ses animateurs qui s’appuient sur le groupe de rap « Keur Gui » de Kaolack étaient hier dimanche 17 avril à Kaffrine dans le Ndoucoumane où il compte offrir un grand concert de musique avec le concours des groupes du terroir et des invités. Joint depuis Dakar, le très engagé Thiat, de « Keur gui » d’informer : « nous sommes en train de sillonner les rues de la ville avec notre sono pour inviter les populations à notre concert de ce soir ». Et de poursuivre, « ce concert après celui de Kaolack qui nous a été refusé entre dans le cadre du programme « Daas Fananal pour amener les jeunes à se doter d’une carte d’identité nationale et à s’inscrire sur les listes électorales ». Car « les autorités font tout pour que les jeunes ne soient point informés encore s’inscrivent sur les listes électorales. Elles semblent même organiser un black-out sur ces inscriptions ». Pour lui, les jeunes, qui constituent 44% de la population, sont laissés pour compte dans cette affaire. « À moins d’un an de la présidentielle, rien ns’est fait par les autorités pour sensibiliser les jeunes en âge de voter. Leur inscription sur les listes électorales est très faible. Et les délais de clôture sont courts. Il faut les prolonger pour permettre à un maximum de jeunes de s’inscrire. Nous allons nous battre pour ça aussi. Et que le gouvernement sache que chaque fois qu’il essayera de nous mettre des bâtons dans les roues, nous avons un plan de rechange : B, C, D jusqu’à Z, mais notre programme « daas fananal » sera exécuté. « Y’en a marre ! ». Le Mouvement compte faire le tour du pays et mobiliser les jeunes.

Blasés ou empêchés, les jeunes non encore inscrits

Mais si les jeunes « engagés de « Y’en a marre » s’investissent pour amener leurs compatriotes à s’inscrire massivement sur les listes électorales, la classe politique, majorité, opposition confondues et mouvements dits citoyens de la société civile, peine elle, à mobiliser l’électorat non encore inscrit. Celui-ci est estimé à 1.300.000 électeurs. 75% de ce vivier électoral sont des jeunes de 18 à 20 ans, renseigne Ousmane Badiane, le chargé des élections de la Ligue démocratique (Ld) du Pr. Abdoulaye Bathily. À un mois et quelques jours de l’ouverture de la période contentieuse, le 10 juin prochain sur l’inscription dans le cadre de la révision exceptionnelle sur les listes électorales en direction de la présidentielle de février 2012, cet électorat nouveau se presse lentement. Il n’est en effet à la date du 15 mars dernier, confie Ousmane Badiane que de 14.000 inscrits. L’année dernière du 1er février au 31 juillet, donc pendant six mois, ils n’ont été que 18940 à s’inscrire ou à modifier leur inscription. « Ce qui, en moyenne, donne pour l’ensemble des 543 collectivités locales que compte le pays, cinq inscrits par mois depuis le début de la révision. Il faut admettre que c’est là, un scandale », fait-il remarquer. Explications de cette défection « juvénile » ? « Les jeunes ne sont pas dans les conditions de s’inscrire, parce qu’ils ne peuvent pas obtenir leur carte d’identité. Il y a une rétention des cartes d’identité.

On soupçonne fortement le pouvoir qui s’est rendu compte avec sa politique désastreuse à l’encontre de la jeunesse qu’il sera sanctionné d’avoir peaufiner une stratégie réfléchie de rétention de ces cartes d’identité des jeunes. Alors que la Loi n°2006-41 du 11 décembre 2006 du Code électoral dispose que nul ne peut refuser l’inscription sur les listes électorales à un citoyen sénégalais jouissant de ses droits civils et politiques et remplissant les conditions fixées… », souligne le vice-président du Conseil régional de Dakar. Selon lui, « en demandant à des jeunes qui chôment en majorité ou ne sont qu’élèves, étudiants ou apprentis de débourser 6000 Fcfa pour obtenir leur pièce d’identité, c’est les décourager tout bonnement. Et si, les autorités disent avoir pris récemment un décret ramenant ce montant à cinq cent francs exceptionnellement pendant cette période au Sénégal, cinq euros à l’étranger, le gouvernement fait preuve d’un réel blocage sur la délivrance des cartes d’identité. De guerre lasse, plusieurs jeunes interrogés ont été découragés par d’incessants va-et-vient au niveau des commissariats de police sans pouvoir obtenir leur carte d’identité. Il y a une véritable rétention à ce niveau, car on craint chez les libéraux au pouvoir, le vote sanction de ces jeunes ».

500.000 cartes d’identité confectionnées

Que nenni, rétorque le commissaire Thiendella Fall de la Direction générale des élections (Dge) du ministère de l’Intérieur. « La faiblesse des inscriptions est à chercher dans l’incapacité des politiques et des mouvements dits citoyens à mobiliser et à inciter l’électorat à s’inscrire, mais non dans une rétention des pièces d’identité des jeunes, ce qui n’est qu’une vue de l’esprit de ceux-là qui l’avancent. Il n’existe aucune instance en latence à ce niveau au niveau des commissariats, ni à la Daf (Direction de l’automatisation des fichiers). La preuve, 500.000 cartes d’identité pour des jeunes âgés de 18 ans à plus ont été confectionnées depuis le début des opérations. Elles sont au niveau des commissariats si elles ne sont pas retirées tout bonnement par leurs propriétaires. C’est dire donc que la faiblesse des inscriptions n’est point liée à la délivrance des cartes d’identité. L’inscription étant volontaire, on ne peut donc forcer les gens à s’inscrire. Il revient aux hommes politiques et à la société civile de faire le travail nécessaire de sensibilisation et de mobilisation de l’électorat.

Les pouvoirs publics ont fait eux, ce qu’il fallait en installant les commissions d’inscriptions à travers le pays tout entier et à l’étranger ». À la question de savoir pourquoi il n’y a pas un tapage médiatique comme à l’accoutumée sur les inscriptions, le haut fonctionnaire souligne : « nous avons cette fois-ci changé de méthode seulement en remplaçant les sketchs qu’on avait l’habitude de voir par des séances d’explications sur ces inscriptions. Des spots qui passent chaque jour avant le journal télévisé de la Rts et à la fin du même journal. Nous avons également produit des communiqués qui ont été diffusés à travers les radios Fm privées de la place… » Pour le proche collaborateur de Cheikh Guèye de la Dge, « si nous devons certes tendre vers la perfection, le Sénégal n’a pas à se plaindre. 80% de sa population électorale sont effectivement inscrites sur les listes électorales. Aux Usa, elles ne sont que 30%. Certes nous faisons tout pour atteindre au moins 90% d’inscrits de cette population électorale ».

Revenant à la charge, Moussa Dramé du Mouvement citoyen du Khalife de Fass, Serigne Mansour Sy Djamil, d’observer : « la rétention des cartes d’identité pour les jeunes est réelle, même si on constate une faiblesse dans le rythme des inscriptions ». Que fait son mouvement pour amener les jeunes à s’inscrire ? « Nous avons organisé déjà plusieurs manifestations, notamment deux conférences publiques à Guédiawaye et à Pikine pour demander aux jeunes d’aller s’inscrire massivement. Dans le cadre également de Clarté deey leer (structure de l’opposition et de la société civile pour surveiller le processus électoral), nous allons prendre des initiatives dans ce sens ». Penda MBow, sa concitoyenne de renchérir : « Avant peu, les mouvements citoyens et peut être Bennoo Siggil Senegaal dérouleront un grand plan d’action. Les mouvements citoyens, en tout cas, sont en train de concocter à ce sujet un vaste et efficace programme qui sera soumis bientôt à l’opinion. Pour l’heure, soyez seulement patients ». On veut bien. Il se trouve simplement qu’à moins de deux mois de la clôture des inscriptions, l n’a pas encore 20.000 nouveaux électeurs sur un potentiel d’un million trois cents citoyens en âge de voter.

Qu’à cela ne tienne, Alioune Sarr, le responsable « progressiste », membre de l’Alliance des forces du progrès (Afp) au sein du comité de veille qui doit effectivement démarrer ses travaux dès ce lundi 18 avril, attire lui, l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les conséquences que le nouveau découpage administratif des collectivités locales à travers le pays ne saurait manquer d’entraîner sur le processus électoral. En effet, selon lui, ce découpage aura des instances sur les bureaux de vote et les lieux de vote pour plusieurs personnes. « Une situation qui vise à faucher le jeu électoral », assure-t-il. Mais, pour leur part, assène-t-il, « nous restons vigilants et feront tout pour déceler et dénoncer tout manquement à la transparence et à la régularité dans les inscriptions comme dans tout le processus électoral ». Me Amadou Sall du Parti démocratique sénégalais (Pds) invite lui, la classe politique à assumer ses responsabilités face à cette faiblesse notée sur les inscriptions sur les listes électorales. « Il nous revient de faire le travail politique de sensibilisation et de mobilisation des militants et des électeurs au lieu d’incriminer les pouvoirs publics », indique l’ancien Garde des sceaux. L’argument de l’opposition sur la rétention des cartes d’identité est un faux argument, affirme-t-il. « Quel intérêt », s’interroge-t-il. À noter cependant, que les jeunes de Bennoo Siggil Senegaal qui voulaient faire un sit-in vendredi dernier devant le ministère de l’Intérieur pour dénoncer cette rétention des pièces d’identité se sont vus opposer un refus catégorique du préfet de Dakar. Il a argué d’un manque d’effectif sécuritaire en raison de l’inauguration le même jour du Grand Théâtre de Wade et de la proximité du Palais de la République avec la place Washington choisie par les jeunes de Bennoo pour leur manifestation. Deux poids, deux mesures, déclare Ousmane Badiane qui rappelle que « les femmes du Pds dans des marches improvisées depuis le théâtre Sorano vont jusqu’au Palais de la République où elles sont accueillies même à bras ouverts. Pourquoi on ne parle pas dans ce cas-là de la sécurité du palais ? » Les autorités répondront certainement. Pour l’instant on peine à atteindre même le quart du potentiel d’électeurs non encore inscrits sur le fichier.

sudonline.sn

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