Nos retraités : Nous débarrasser si tragiquement d’un patrimoine si valeureux (Par Adama Ndao)

Date:

Certes dans toutes les nations modernes il est un âge limite à partir duquel  le travailleur salarié est départi de son employeur à la date de son dernier anniversaire chez cet employeur, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé.

Au Sénégal l’âge à la retraite n’est pas uniforme: il est fixé à 65 ans pour les magistrats, les inspecteurs d’Etat, et les enseignants du supérieur, à 60 ans pour tous les autres fonctionnaires, à l’exception des gardes pénitentiaires et des brigadiers préposés des douanes dont l’âge de retraite est fixé à 55 ans.

Ainsi, selon le cas, c’est au jour de ton 65ème, 60ème ou 55ème anniversaire qu’il est mis fin à tes droits et obligations liés aux fonctions que tu auras exercées  ici pendant de si longues années. A la fin de cette journée-là, tu ne pourras plus jamais légalement retourner à ce travail, à cet endroit, sauf comme visiteur.  C’est la toute première gifle du départ à la retraite. Tu perds une famille,ceux avec qui tu auras passé la plupart de ton temps actif pendant plusieurs années. Aussi le message qui te frappe la figure est implacable: jusqu’à ce soir tu es bon, efficace et très connaisseur, tu es au summum de ton expérience professionnelle, tu es une bibliothèque ambulante dans ton domaine, un patrimoine inestimable ; mais à partir de ce soir tu n’es plus au summum de tes connaissances, tu n’es plus bon, tu n’es plus efficace, tu n’es plus une bibliothèque ambulante. En moins de 24 heures tout t’est artificiellement arraché, une bibliothèque déclarée brûlée. Or l’ingénieur, l’enseignant, le docteur, ou l’officier de police, ou encore l’administrateur chevronné que tu as été jusqu’ici reste  un énorme gisement de connaissances encore utile à la nation.

Ensuite viendra la seconde gifle, la plus douloureuse: la gifle sociale. Capable à tous égards, surtout dans la prise en charge de ta maisonnée, de ta famille, voilà que tes revenus mensuels baissent immédiatement et considérablement, alors que tes besoins et ceux de ta famille restent incompressibles. Peu d’espace laissé à l’ajustement. Commencent alors ou plutôt empirent les affres irréversibles d’un budget chroniquement déficitaire. Avec une insuffisante pension de retraite,  qui est ta seule source de revenu, tu auras alors passé le reste de ta vie à essayer sans succès de joindre les deux bouts. A moins, espérons le, qu’entre temps les enfants ont grandi et ont pris la relève sur les charges familiales, tu commences alors à être frappé  de la très douloureuse troisième gifle, celle de l’incapacité à nourrir proprement ta famille, à payer les factures, à approvisionner ta famille. Le stress, et la frustration, ajoutés à la malnutrition d’un corps déjà très vulnérable , viennent s’ajouter à ton quotidien.

Mais la pire gifle si tu as la malchance d’avoir une famille pas solide, serait celle corollaire à la précédente, à savoir la possible perte d’autorité familiale., l’autorité du chef de la maisonnée, celui qui porte le seul bonnet qui vaille. Tu ne peux plus filtrer ceux qui entrent et sortent de ta maison, tu compromet des choses normalement inadmissibles sur ta ligne de valeurs, mais tu restes impuissant. Ta dignité est piétinée. Et s’il est une chose qui, plus que tout, peut ronger un père de famille à mort, c’est bien cette perte d’autorité.

Si tragique que cela puisse paraître c’est bien la réalité que vivent ou au moins le risque qu’encourent la plupart des retraités de notre grande nation.

Or il y a  au moins une meilleure solution, soit-elle inconventionnelle, pour prévenir ou neutraliser une telle situation: Cette solutions consiste à agir, au delà de l’habituelle prévoyance et la pension, plus proactivement sur la prévention, en développant une politique très sérieuse et plus efficace préparation,  de transition , et de réorientation professionnelle ou de “recyclage”(si ce mot avait un sens)

Je suis d’avis que sans changer les textes, chaque service ou groupe de services devrait pouvoir offrir au futur retraité deux ou trois années avant son départ l’opportunité d’être formé dans et d’explorer un domaine d’activité économique lucrative qu’il pourrait pratiquer après la retraite. Cela pourrait alors résoudre ou considérablement réduire la chronique insuffisance de revenus post-retraite et ses douloureuses conséquences psychologiques et sociales. La dignité est dans le travail.

Je suis également d’avis qu’il y a bien des retraités que notre nation peut “recycler”.Un très grand nombre d’entre eux sont encore bien portants et leur savoir et leur expérience peuvent encore enrichir le pays.. Ils peuvent après avoir créé une entreprise individuelle (ex un SARL) être utilisés comme consultants ou contractuels du gouvernement mais également comme formateurs de la nouvelle génération de travailleurs. Si tout cela est bien ficelé, ils retrouvent sens à la vie et seront  épargnés de l’habituelle déprime de l’inactivité. En conséquence, ils garderont ou regagneront leur autorité parentale et leur rang social, en gros leur dignité.

Beaucoup de ces retraités sont encore des bibliothèques ambulantes, des hommes et des femmes au summum de leur expérience, des gisements de connaissances que la nation peut encore utiliser autant qu’ils le désirent et peuvent, au lieu de les jeter si tragiquement du jour au lendemain.

Washington,

Adama Ndao,  Juriste

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

DEPECHES

DANS LA MEME CATEGORIE
EXCLUSIVITE

Ma part de vérité sur les sans jours sans tourisme du gouvernement (Par Faouzou Deme)

Le Chef de l'État, le Président de la République...

L’art du meurtre endogène : le suicide (Par El Yaya Lam)

Le Sénégal et les sénégalais ont payé un très...

Le degré zéro de l’opposition politique (Par Marvel Ndoye)

Si nous avions imaginé qu’après avoir porté le PASTEF...