Pour cause de découpage administratif : Tout un village menace de se déplacer pour s’installer ailleurs

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Le découpage administratif de 2008 qui a vu la région orientale être scindée en deux, laissant Kédougou s’ériger en région, Bakel et Tambacounda formant l’autre entité, n’a pas fait que des heureux. Les velléités entre provinces traditionnelles ont refait surface bloquant du coup les services sociaux de base.

Les programmes d’éducation, de santé et d’hydraulique sont perturbés par le refus des populations de Belly Wamedaké, de Diatafita, de Méréba, de Timbinfara et de Hitima, d’accepter leur rattachement à la communauté rurale de Boutoucoufara (arrondissement de Dianké Makhan, département de Goudiry). Tout est réglé à Dialacoto et Missirah. Ils comptent rester dans le giron de Dialacoto. Ce mardi, on a avalé 196 km en deux étapes. A 15 heures, cap sur Dianké Makhan, notre conducteur Fofana, à 20 heures, impose que l’on passe la nuit dans ce nouveau chef-lieu d’arrondissement. Tous ici sont d’accord pour reposer nos vieux os après 5 heures de rallye pour 140 km. Le lendemain, pour la cinquantaine de km qui reste pour joindre Belly Wamédaka, il a fallu 3 tours d’horloge. On vous laisse imaginer le calvaire sur cette piste chaotique qui a reçu toute la nuit, une averse abondante. Le village débusqué sous les hautes herbes et les arbres, laisse apparaître ses toits de chaume. Une vingtaine de mômes accourent vers notre véhicule. Seuls les véhicules du service de l’environnement pour cette zone adossée au parc national Niokolo Koba, y passent.

Le village de Bélly Wamédaka qui tire son nom de la zone des grandes et abondantes mares, est situé dans la communauté rurale de Boutoucoufara, selon le nouveau découpage administratif. Sur le plan social et affectif, le village est lié à la communauté rurale de Dialacoto, nous informe Sankoung Diakhite de l’ONG Gadec, venu faire une étude de faisabilité d’installation d’une plateforme multifonctionnelle. Et de poursuivre, « ceci constitue un séreux problème qu’il faut résoudre car influant sur l’état-civil de la population, la scolarisation des enfants et l’administration territoriale ». Ces quelques mots qu’il laisse apparaître, résument le casse-tête politico-administratif que vivent au quotidien ce millier d’habitants des 5 villages réfractaires à ce nouveau découpage. Bélly Wamédaka au centre d’une polémique née du dernier découpage administratif, est situé à 100 km de Dialacoto auquel il était partie intégrante et à 11 km de Boutoucoufara où il est nouvellement lié. Le village est crée en 1929 par Seydou Ba, qui était chasseur. Les premiers habitants sont originaires de Mayo Wouro dans le Boundou. Les chefs de village qui se sont succédé sont : Yaya Matel Ba, Seydou Ba, Lamine Ba, Assane Yaya Ba de 1993 – 98, Bokar Ba de 1998 à nos jours. Il existe quatre clans peuls dans le village : les Jimeyaabe, les seleyaa?e(jallu?e), les barnafaa?e, les joomeleyaa?equi. Le village de Belly reste l’une des localités les plus sensibles de la Réserve naturelle communautaire RNC de Mansadala situé à la périphérie Nord-est du PNNK dans la CR de Dialacoto, dans le département de Tambacounda. La population constituée de Peuls sont des agropasteurs qui pratiquent l’élevage extensif et font de l’exploitation forestière.

Belly, une épine au pied des autorités locales

L’école est fermée. Depuis 2009, les enfants sont retenus à la maison. Ce qui fait office d’école est un bâtiment neuf de 02 classes. Les parents ont opposé un niet catégorique à l’idée que l’école dépende de l’Iden (Inspection départementale) de Goudiry. Près de 200 enfants de Belly et villages environnants continuent leurs vacances pour la deuxième année académique. Un instituteur natif du village a été empêché d’exercer parce que simplement, il a été formé de l’autre côté à Goudiry, nous informe avec sérieux Hamady Ba, un des notables. Au niveau académique, Belly est une épine au pied des pouvoirs publics et reste une patate chaude que les autorités scolaires souhaitent voir un jour prendre fin pour l’éducation pour tous. Le forage tristement seul au milieu des herbes, a cessé de fonctionner depuis 2007. Les puits traditionnels, sans aucune protection, ni hygiène sont squatter par les femmes surchargées de travail. En saison sèche, la corvée d’eau est plus rude. La réparation du forage est aussi liée aux distensions créées par les problèmes administratifs. Comme c’est le cas pour l’école, les habitants de Belly refusent l’implication de la brigade de Goudiry, préférant que Tambacounda fasse le voyage. Le poste santé en construction est dans le même sillage que les autres services sociaux de base. La construction a atteint le chainage haut et attend la toiture. Le mobilier déjà livré est en décrépitude dans un magasin suintant, à la merci des chauves-souris et de l’humidité. Les déchets des ces bestioles, pensionnaires des lieux, jonchent tout le plancher, dégageant une forte puanteur qui prend à la gorge comme l’ammoniaque. Les populations n’ont aucune réponse concernant les causes de l’arrêt de la construction du poste de santé. Les populations n’ont d’autres recours que de se rabattre sur la pharmacie du service de l’environnement. Dans les cas plus compliqués, elles préfèrent se rabattre sur le dispensaire de Dialacoto, à 100 km ou à la maison médicale de Kinkeliba à Wassadou à 110 km. Pourtant, le district sanitaire de Dianké Makhan n’est qu’à 5 dizaines de km. Pas besoin de faire un dessin pour expliciter le calvaire des femmes en couche qui souvent suivent enfants mort-nés après avoir atteint les postes de santé de Dialacoto, Wassadou-Kinkéliba ou Missirah.

Pour toute opération administrative, les chemins de Dialacoto et Missirah sont tout tracés pour Doullo Diallo, le seul conseiller élu sur la liste locale qui n’a jamais siégé au conseil rural de Boutocoufara. Les déclarations de naissances, de décès et l’ensemble des pièces d’état-civil sont cherchés à Dialacoto, à Missirah et Tambacounda à la place de Boutoucoufara, Dianké Makhan et Goudiry. Pour toute solution envisagée, on susurre de quitter simplement. Les villageois n’excluent pas l’éventualité de déménager et de s’installer à Gamon, un autre village de la communauté rurale de Dialacoto. Quand nous nous sommes informés des causes, on nous a lancé au visage le mépris dont ils font l’objet dans les prises de décision. Mais en apartheid, on laisse entendre les difficultés traditionnelles que ces habitants ont vécues dans le règne des monarchies du Boundou ancien.

lesoleil.sn

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