Questions de culture: la presse, entre scoops et manipulations

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L’affaire est sur toutes les lèvres, en France. Des journalistes affirment avoir été victimes de vols de documents et de matériel de travail. Ces confrères ont un point commun : ils enquêtent tous sur l’affaire Liliane Bettencourt, dix-septième fortune mondiale et célèbre héritière de L’Oréal, la prestigieuse marque de cosmétiques. Le 27 octobre dernier, le site Internet français Mediapart (co-fondé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde) annonce avoir été victime d’un cambriolage au cours duquel des documents et des enregistrements sur l’affaire Bettencourt avaient été dérobés. Quelques jours plus tôt, deux journalistes du Monde et de l’hebdomadaire Le Point avaient déposé une plainte pour le vol de leur ordinateur. Eux aussi enquêtaient sur la même affaire dans laquelle est impliqué Eric Worth, le ministre français du Travail.

En France, cette affaire fait actuellement un grand bruit dans le milieu politico-médiatique. Certains s’indignent et parlent même du « retour des grandes oreilles », en référence aux écoutes téléphoniques qui avaient secoué la France sous l’ère Mitterrand. L’hebdomadaire satirique Canard Enchaîné n’hésite pas à pointer un doigt accusateur sur la fameuse Direction centrale du renseignement intérieur (Dcri, du ministère de l’Intérieur français) « qui aurait été chargée par le président Nicolas Sarkozy de surveiller tel ou tel membre de la presse qui se livre à une enquête gênante pour lui ou pour les siens ». Le Canard indique même qu’une cellule spéciale aurait été mise sur pied pour faire ce boulot. Les autorités françaises ont bien sûr démenti ces informations très gênantes dans un pays où la liberté de presse et d’informer est sacro-sainte. Dans tous les pays du monde, les relations entre presse et pouvoirs (politique, économique, religieuse…) sont très souvent conflictuelles. Les médias, jaloux de leur liberté, veulent à tout prix « mettre à nu les dérives, dysfonctionnements et pratiques » de ces pouvoirs. Il y a quelques semaines, au Sénégal, une affaire presque similaire avait éclaté. Le domicile du journaliste Abdou Latif Coulibaly (auteur d’ouvrages sur de nombreuses affaires politico-financières) avait reçu la visite nocturne de cambrioleurs qui avaient dérobé son ordinateur portable. Là aussi des soupçons avaient été émis et des individus arrêtés.

Très souvent, les journalistes se plaignent de l’inaccessibilité de certaines sources d’information. Cela conduit des confrères à se livrer à des approximations et à l’utilisation du conditionnel pour livrer au public des scoops ou des informations estampillées confidentielles. Dans ce genre de situations, le journaliste évolue sur un terrain truffé de mines. Il n’est pas à l’abri de la manipulation. Il peut, certes, lever des lièvres, tomber sur l’info du siècle ou même être à l’origine de la démission de grandes personnalités politiques comme lors du scandale du Watergate, en 1972. Cette affaire, qui avait révélé la pose de micros dans les locaux du Parti démocrate américain et sur laquelle enquêtaient les journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein du Washingon Post, avait finalement conduit à la démission du président républicain Richard Nixon. Mais des Watergate, on n’en a pas toujours sous la main.

Nous disions qu’aucun journaliste n’est à l’abri de manipulations. Sous le masque de certains informateurs, peuvent se cacher de sinistres individus qui, en réalité, veulent juste « régler des comptes » ou liquider des adversaires gênants. Ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. Cependant, le journaliste, dans l’exercice de son métier, est assez souvent confronté à ce genre de dilemme : publier ou ne pas publier ? Un dilemme cornélien qui peut empêcher ou retarder la publication d’une enquête, d’un reportage ou d’un simple article. Le journaliste doit-il retarder la publication d’une « information béton » en attendant que toutes les vérifications nécessaires soient faites ? Parfois, il est si difficile de procéder à toutes les vérifications d’usage. Le reporter fait face à une sorte de mur, d’obstacle qui ne lui laisse aucune alternative. A force d’être obstinément closes, hermétiques, certaines sources d’information poussent la presse à spéculer, à s’adonner à la fameuse stratégie du « prêcher le faux pour avoir le vrai ». Mais cela ne dédouane pas les journalistes pour les pousser à se livrer à un journalisme d’approximation qui, à la longue, risque de décrédibiliser toute la corporation. Cependant, dans un système démocratique, le droit à l’information du citoyen doit pousser les gouvernants à élaborer des systèmes qui permettraient aussi bien à la presse qu’aux citoyens d’être mieux et bien informés. Une telle attitude éviterait ces nombreux procès pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles constatés au Sénégal, depuis quelques années. Peut-être que le nouveau Code de la presse, en phase d’adoption, et qui dépénalise les délits de presse, va définitivement régler toutes ces questions.

lesoleil.sn

Par Modou Mamoune FAYE

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