Reportons, Reportons Pas Par Momar Seyni Ndiaye

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Les facteurs politiques, techniques socioéconomiques, psychosociologiques ne sont visiblement pas propices à la tenue d’une élection – Les rumeurs savamment distillées évoquant une impopularité manifeste de la majorité au pouvoir, ont libre cours

Faut-il reporter à plus tard des élections législatives du 30 juillet ? À dix jours à peine de leur tenue, il peut paraître insensé de se poser une telle question. Et pourtant les arguments militant en faveur d’une telle perspective sans doute désespérée, ne manquent guère.

Seules les conséquences politiques immédiates pourraient éventuellement en motiver le rejet. Le gouvernement peut en effet craindre d’y prendre un sérieux coup à son image. L’opposition et la société civile, lui reprocheraient son incompétence technique à organiser et gérer les processus électoraux. De surcroît, ils pourraient soupçonner une mesure destinée à empêcher une défaite présentée déjà comme inéluctable, notamment dans les grandes villes et à Touba.

Les rumeurs savamment distillées sur des études d’audience et évoquant une impopularité manifeste de la majorité au pouvoir, ont libre cours dans les réseaux sociaux. Des opposants politiques comme Moussa Touré les ont déjà relayées dans leurs arguments de campagne.

Le bourbier des cartes d’électeurs

Le report d’un tel scrutin mettrait à coup sûr mal à l’aise la majorité gouvernementale, empêtrée dans le bourbier de la fabrication, la distribution des cartes d’électeurs. A ce stade, elle n’arrive même pas à livrer des données statistiques sur le nombre de cartes en fabrication : 6,5 millions selon le ministre de l’Intérieur, 6 millions 250 mille selon la Direction de l’automatisation du fichier (DAF). Une telle asymétrie est source de confusion et fournirait à l’opposition des motifs supplémentaires de suspicions de fraude.

Sans doute, les graves lenteurs dans la production et la distribution des cartes constituent-elles les plus sérieuses menaces à l’organisation efficace du scrutin. A peine deux millions d’électeurs auraient reçu leur sésame. Même si officiellement, on dénombre à ce jour, plus de cinq millions de cartes fabriquées, le peu d’empressement noté sur le processus de distribution n’incite gère à l’optimisme. Il y a en effet, de forts risques qu’en dépit, de toutes mesures correctives promises, au plus, trois millions pourraient disposer de leur carte.

Avec un taux de participation aux alentours de 35% (législatives de juillet 2012), à peine, 1,5 million de citoyens prendraient part au scrutin. De quelle légitimité pourrait se prévaloir l’Assemblée nationale avec un taux participation abyssal ?

Les meurtrissures du drame de Demba Diop

Les facteurs techniques ne sont pas les seuls à pouvoir valider la perspective d’un report. Le contexte social actuel est d’être motivant. Les meurtrissures du drame de samedi au stade Demba Diop restent prégnantes. La violence politique surgit à nouveau dans les zones à forts enjeux électoraux. L’utilisation d’armes blanches et d’armes à feu est signalée çà et là. Des quartiers entiers, zones de non-droits, sont devenus de véritables coupe-gorges, le temps d’un meeting. Les forces de l’ordre provoquées, mises à l’index, assiégées, emmitouflées dans des tenues kaki chauds et de casques de protection sont partout sur leurs dents. A la moindre incartade, la bavure policière devient probable.

Les déclarations de va-en-guerre politiques promettent le pire lors du jour de vote. Les campagnes électorales organisées dans les zones rurales obligent les paysans à déserter un moment les champs, alors que, les semences sont jugées de bonne qualité, l’hivernage précoce et abondant, et que les premiers semis sortent de terre.

Dans les zones urbaines, l’ambiance festive habituelle des meetings laisse place à une pollution sonore généralisée dans l’indifférence des citoyens plus soucieux d’entrer en possession de leurs cartes d’électeur multi-usages que de pavoiser.

Faut-il ajouter à la charge traumatique des citoyens en organisant une élection déjà si grosse de dangers ? Ne faudrait-il pas au nom du principe de précaution prévenir la survenance d’une crise politique aux ramifications incalculables ?

Un air de 1988

Cette atmosphère délétère ressemble bien à celle que le Sénégal a connue en 1991, après une succession de violences indescriptibles en 1988. La mise en place d’une commission dirigée par feu Président Kéba Mbaye avait permis de remettre les pendules électorales à l’heure de la démocratie. N’est-il pas venu le temps de mettre à contribution des figures marquantes comme les présidents Amadou Makhtar Mbow et Ousmane Camara, le médiateur Alioune Badara Cissé, ses prédécesseurs, Serigne Diop et Seydou Madani Sy, le professeur Abdoulaye Bathily, les Président du CNRA, Babacar Touré, et de la CENA, Babacar Ndir, entre autres, pour réfléchir sur une issue politique possible après un report dicté par la sagesse.

Aujourd’hui, les facteurs politiques, techniques socioéconomiques, psychosociologiques ne sont visiblement propices à la tenue d’une élection. La majorité gouvernementale, l’opposition, les acteurs sociaux devraient faire preuve de transcendance pour analyser la situation et trouver la solution la moins coûteuse à tout point de vue. Le cas du leader de Taxawu, Khalifa Sall est certes, un des facteurs déterminants de crise. Les éminentes personnalités sur qui portent les espoirs des Sénégalais, devraient accepter cette charge subliminale, pour remettre le pays sur les rails des normalités.

seneplus.com

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