Suleyman, le soufi guyanais aux origines peulh et gambienne

Date:

Suleyman, le soufi guyanais aux origines peulh et gambienne +++Envoyé spécial : Serigne Adama Boye+++

Tripoli, 11 fév (APS) – Voix pastorale, gestuel feutré et visage dessiné par une barbe blanche et une moustache de trois jours, Suleyman est un musulman guyanais qui cultive un air de grand soufi parmi les participants au deuxième colloque mondial sur le soufisme de Tripoli, en Libye.

Après la première édition en 1995, cette rencontre réunit 750 cheikhs, muftis, enseignants et chercheurs musulmans en provenance de 66 pays et représentant 90 ordres mystiques d’obédience soufie, autour du thème ‘’Recommandez-vous mutuellement sur le chemin de la vérité’’. Il prend fin dimanche.

Suleyman, 60 ans révolus, ne parle pas l’arabe et ne tolère non plus l’usage du français autour de lui. ‘’Là, vous êtes en train de m’exclure de la conversation’’, fait-il remarquer à deux francophones d’Afrique de l’ouest, assis à ses côtés. Ressortissant de la Guyana, ex-Guyane Britannique en Amérique du sud, il impose l’anglais familier à ses interlocuteurs.

Cependant, son apostrophe à ses condisciples musulmans sunnites ouest-africains, avec lesquels il partageait la table du dîner, était le moyen de parler de lui, de sa foi, de la religion dans son pays, de la résurgence de l’islam chez les descendants d’esclaves originaires de la côte occidentale de l’Afrique, mais aussi de ses origines ‘’gambiennes’’ et ‘’foulani’’.

Mais Suleyman est surtout adepte de la confrérie chadili. Son maître spirituel est Abou Lhasan Chadili (1258), le fondateur de la chadilia, la célèbre branche marocaine du soufisme universel. Au Sénégal, cette confrérie garde une présence discrète, même comme à Saint-Louis où elle comptait des adeptes parmi les gens de savoirs et de sagesse, dont des femmes.

A la rencontre des branches soufies à Tripoli, les participants sénégalais ont été surpris par l’étendue de l’irradiation de la chadilia dans le monde musulman. Entre un chadili ougandais et son confrère turc ou afghan, le courant passe, le baiser de main signe la reconnaissance mutuelle et l’échange de cartes de visite scelle une fraternité retrouvée.

Hommes de méditation, les soufis trouvent aussi le plaisir de se compter. Dans votre pays, quel est l’effectif de la khadriya ? Qu’en est-il de la tidjaniya ? Et la chadilia ? Vous avez la senoussiya ?, entend-on souvent entre soufis d’Afrique et du Maghreb. ‘’Nous avons aussi le mouridisme’’, précise-t-on par-ci. Par-là, on fait cas du Daghestan où le mot marabout désigne une confrérie soufie. Suleyman succombe aussi à ce jeu.

Pour Suleyman le Guyanais, foi religieuse et combat culturel ou nationaliste vont de pair. ‘’Quelle histoire de soufi vous a le plus marqués aujourd’hui’’, demande-t-il à ses deux ‘’frères’’ sénégalais et ivoirien. ‘’Moi, je suis profondément impressionné par Umar Mukhtar’’, s’empresse-t-il de répondre parlant de combattant anti-colonialiste libyen (1860-1931). Cet homme de foi est de l’école senoussi.

Versé dans la religion, il indique que dans son pays Suleyman est un nom généralement porté par les musulmans d’origine indienne. Lui, il est ‘’fulaman’’, expression désignant selon lui, les descendants d’esclaves d’ethnie peulh. ‘’Bien qu’ils aient traîné des noms d’esclavagistes chrétiens, affirme-t-il, certains optent pour la résurgence de leur foi antérieure en islam’’.

Avec l’arrivée impromptue d’un professeur béninois, d’origine malienne et adepte de l’école soufie, la conversation prend une autre tournure. Une leçon d’érudition sur les peuples d’Afrique de l’ouest, notamment ceux du Mandé, et leurs correspondances en Amérique.

‘’J’ai trouvé un maître’’, reconnaît-il lui qui étalait son background musulman et ouest-africain, comme pour dire que les voies du soufisme sont larges. ‘’Ah, s’exclame le Guyanais, vous devez être parent à mon ami Al… Keïta, il est là-bas’’.

SAB

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

CAN 2023

DEPECHES

DANS LA MEME CATEGORIE
EXCLUSIVITE

Mère Amy Dia, enfin libre !

XALIMANEWS- Après une longue détention de plus de deux...

Abdou Latif Coulibaly : « Le Conseil constitutionnel n’a fait que dire le droit et elle est dans rôle… »

XALIMANEWS- Ayant démissionné du gouvernement après l'annonce du report...

Ndiaga Sylla : « L’élection présidentielle doit se tenir le dimanche 10 mars 2024 »

XALIMANEWS-Le Conseil constitutionnel a invalidé le décret de Macky...

Moustapha Guirassy « C’est une victoire historique du peuple… »

XALIMANEWS- Pour Moustapha Guirassy, cette décision du Conseil Constitutionnel...