Téhéran poursuit sa fuite en avant nucléaire

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L’Iran a la capacité d’enrichir son uranium mais ne maîtrise pas la technologie de sa transformation en barres de combustible

L’Iran a lancé mardi 9 février la production d’uranium hautement enrichi, tout en assurant que la porte restait ouverte pour un échange de combustible avec les grandes puissances. « Nous avons commencé aujourd’hui à enrichir de l’uranium à 20% sur une cascade (de centrifugeuses) séparée de l’usine de Natanz », a déclaré le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi.Selon lui, cette cascade de 164 centrifugeuses, « plus à l’échelle d’un laboratoire » que d’une usine, produirait « trois à cinq kilos d’uranium enrichi à 20% par mois pour le réacteur de recherche de Téhéran, ce qui est le double de nos besoins ».

L’Iran affirme avoir un besoin urgent de cet uranium enrichi à 20% pour alimenter un réacteur de recherche à Téhéran, qui produit notamment des isotopes entrant dans le traitement de certains cancers. Annoncé dimanche 7 février par le président Ahmadinejad, le lancement du processus a été notifié lundi à l’Agence International de l’énergie atomique (AIEA) dont des observateurs étaient présents mardi à l’usine de Natanz, placée officiellement sous le contrôle de l’Agence.

«La technologie pour enrichir l’uranium est grosso modo la même»

Alors que l’uranium faiblement enrichi (entre 3% et 5%), déjà produit par l’Iran, est utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires, le minerai devrait être enrichi à 60% puis 90% pour permettre de fabriquer une arme atomique. Selon des experts, l’Iran est capable d’enrichir son uranium au niveau nécessaire pour son réacteur de recherche médicale, mais il lui manque encore la maîtrise de la technologie de sa transformation en barres de combustible.

« Ils ne sont pas capables de réaliser l’assemblage du combustible », estime, sous le couvert de l’anonymat, un diplomate proche de l’AIEA cité par l’AFP, évoquant des problèmes techniques et opérationnels à l’usine de Natanz, où les dernières des quelque 8000 centrifugeuses auraient été installées à la va-vite. « Ils seraient capables de doubler leur production d’uranium en vingt-quatre heures. Mais, il semble qu’ils ne disposent pas de la capacité technologique pour transformer cet uranium enrichi à 20 % en barres de combustible pour leur réacteur de recherche. »

Mark Fitzpatrick, directeur du programme de non-prolifération et de désarmement à l’Institut d’études stratégiques (IISS) de Londres, note que « la technologie pour enrichir l’uranium est grosso modo la même, que ce soit à 3,5% pour des réacteurs de centrales électriques nucléaires, à 20% pour le réacteur de recherche de Téhéran ou à 93% pour la fabrication d’une arme atomique ».

Jusqu’à présent, Téhéran a coopéré en matière de surveillance

Elahe Mohtasham, ancienne collaboratrice du King’s College de Londres, confirme qu’il n’est « pas difficile d’aller de 3,5 % à 20 %, car il s’agit de la même technologie ». La question cruciale est celle de la maîtrise de la technologie de fabrication des barres de combustible : très peu de pays, la France et l’Argentine notamment, peuvent transformer l’uranium en barres de combustible. Et ni l’AIEA, ni même l’Iran, n’ont indiqué que Téhéran est capable de le faire.

Jusqu’à présent, Téhéran a coopéré en matière de surveillance du site de Natanz, où les inspecteurs de l’AIEA ont installé des caméras et où ils se rendent régulièrement. En octobre 2009, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait proposé à l’Iran d’envoyer la plus grande partie de son stock d’uranium faiblement enrichi en Russie et en France, afin d’y être transformé en combustible pour son réacteur de Téhéran. Les dirigeants iraniens avaient rejeté cette offre qui ne viserait, selon eux, qu’à confisquer ses stocks d’uranium enrichi à 3,5%.

François d’ALANÇON (avec AFP)

1 COMMENTAIRE

  1. L’ Iran est un Etat souverain qui n’ a besoin de l’ autorisation de personne pour devenir puissance nucléaire. Ce sont d’ ailleurs ces mêmes puissances occidentales qui lui avaient le pied à l’ étrier du temps où elles manipulaient le Shah . Mais depuis la Révolution islamique et le changement de régime, les occidentaux n’ ont plus aucune prise sur l’ Iran qu’ ils ont vainement essayé de combattre ( guerre Iran / Irak). D’autres pays se sont dotés de l’ arme nucléaire depuis ( Inde, Israel…) ; mais les occidentaux ferment les yeux.
    L’intimidation ne passera pas et l’ Iran tiendra quoi qu’ il advienne.

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