[Trajectoire] Idrissa Seck: Un mystificateur ?

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IDRISSA SECK, 51 ANS, ANCIEN PREMIER MINISTRE, MEMBRE DU PDS

Idrissa Seck, 51 ans, dauphin supposé ou réel de Me Abdoulaye Wade est sur le point d’être exclu à nouveau du Pds. Mais, lui, ne démord pas.

Les actes posés par Idrissa Seck et ses déclarations sont toujours fonction d’un calcul politique savamment mûri, en pensant toujours à ce qu’il considère comme étant la vérité du moment. Dans cette perspective, il trouve les moyens et se donne les atouts intellectuels pour avoir la phrase juste et le concept adéquat qui font adhérer son auditoire. C’est du talent, il faut le lui reconnaître. Seulement, disposer d’un talent politique ne signifie nullement avoir nécessairement toutes les compétences pour conduire un Etat et offrir une alternative crédible. La preuve, c’est Abdoulaye Wade, dont Idrissa Seck semble être le clone qui nous l’administre. Idrissa Seck sait que les Sénégalais adorent qu’on leur parle de Dieu. Parlez-lui de n’importe quoi, il vous sort un verset, une sourate, pour clore le débat auquel il est convié. Il esquive ainsi la réalité et vous invite à adhérer de façon presque aveugle à un dogme. Il en oublie le sens de la sourate, Les Abeilles qui s’adressent aux hommes et femmes de raison. Il a travaillé à se donner les moyens de déclamer avec un à-propos séduisant les versets et sourates qui le dispensent de convaincre par le raisonnement. Tout dans son être, dans la posture affichée, semble aller au fond des questions qu’il pose.

Mais que non ! Il tente toujours de ramener tout au texte sacré et de résoudre les problèmes posés par des références intempestives au Coran. [xalimasn.com] Il vise à séduire toutes les consciences, plutôt que de les convaincre. De ce point de vue, son audace est sans limite. Son assurance est cependant trompeuse, quand il laisse entendre, qu’en définitive, seul Dieu décide du sort de chaque croyant. Si telle est sa conviction profonde, pourquoi doit-il alors considérer que Me Abdoulaye Wade peut nécessairement lui donner le pouvoir. Le pouvoir, c’est le travail personnel, l’aide de Dieu et le peuple qui le donnent à ceux qui le convoitent. Idrissa Seck est un virtuose dans l’art de la séduction. Il ne renonce jamais, même si l’homme adore faire dans la roublardise et le bluff qui laissent penser le contraire. Aujourd’hui encore, il tente de s’accrocher aux flancs du Parti démocratique sénégalais dont les principaux responsables semblent décidés à le faire partir de nouveau.

Mais, lui, veut rester, convaincu qu’il ne sera jamais élu quatrième président du Sénégal sans s’appuyer sur cette formation politique qui représente beaucoup pour lui. En dépit du fait que ce parti et son chef lui ont infligé, injustement, 199 jours de prison et jeté l’opprobre sur lui. Il a été diffamé, diabolisé. Revanchard ? Il s’en défend. L’homme déclare même avoir pardonné, c’est Dieu qui le lui recommande, dit-il. Il n’a pas, cependant, oublié tout le mal qui lui a été fait, précise-t-il. Est-ce que nous sommes obligés de le croire sur parole ?

Au fond, son attitude laisse parfois supposer qu’il garde une rancune tenace contre tous ceux qui l’ont humilié et rejeté et même contre la société qui ne s’était pas suffisamment opposée , au besoin par la force, au sort qui lui a été fait. Y a-t-il des éléments dans la vie de l’homme qui font que, par un extraordinaire refoulement, suscite chez lui l’expression d’un immense besoin d’amour, de reconnaissance et de consécration ? On peut le penser, tant l’homme s’organise pour faire croire qu’il est le meilleur d’entre nous tous. A l’entendre parfois parler de ses ambitions pour son pays, on croirait avoir en face le messie dont le Sénégal aurait besoin en 2012, pour en faire nécessairement le quatrième président de la République. Peut-être que dans son enfance, on trouve des sédiments d’une frustration longtemps refoulée qui fait qu’il cherche par tous les moyens à prouver au monde entier qu’il est le meilleur.

Idrissa Seck est né à Thiès de famille modeste. Dans une enquête publiée par Weekend magazine le 26 avril 2007, on apprend que le jeune Idrissa Seck vivait dans une grande famille au quartier Grand Thiès. La maison appartenait à Alioune Badara Niang, co-fondateur du Pds, oncle maternel d’Assane Seck, père d’Idrissa Seck. Assane était un brave commerçant vendeur de fripes, reconnu pour sa rigueur et la bonne éducation qu’il a su prodiguer à ses enfants. Une de ses épouses, Fatou Diop, mère d’Idrissa Seck, ménagère au commerce agréable qu’est distinguée par son engagement dans les dahiras de la confrérie tidjane, était une fervente croyante qui portait toujours le voile islamique. C’est cette chaleureuse maman qui lui a donné le surnom de « Marabout ». L’enfant fréquente d’abord l’école coranique avant d’aller à l’école française. Meilleur élève de l’école primaire Randoulène Sud 2, dans la commune de Thiès. Il obtient une bourse pour entrer dans le sélect et réputé collège privé catholique de Saint Gabriel. Il dira plus tard : « Au lieu de payer pour étudier, on est venu vers moi et on me payait pour étudier ». Cette déclaration marque ce trait de caractère saillant d’un homme peu humble : il s’agit de sa vanité et de son besoin éternel de se mettre en évidence.

En fait, Idrissa Seck a toujours eu une bonne étoile. Ses bons résultats à l’école ont toujours plaidé en faveur du jeune garçon. Des âmes charitables l’ont fait entrer au collège privé et où il a fait la connaissance de Jacob Attal, enfant de la riche famille libano-syrienne installée à Thiès qui lui ouvre ses portes et l’adopte (Idy y passait ses journées et mangeait là-bas à midi). Quoi que brillant, il avait toujours besoin d’un appui, autre que celui de sa famille, pour s’en sortir. Pendant cette époque de sa vie, ses contemporains se souviennent d’un garçon à l’intelligence remarquable.

Toujours premier de sa classe, on raconte qu’il était même premier à l’Education physique. On raconte aussi que dans la cour de l’école, il amusait ses camarades à imiter le Président Léopold Sédar Senghor et aimait déjà dire à ses camarades qu’il est le futur Président du Sénégal. Sur les terrains de football, l’excellent joueur aimait jouer solo et il lui arrivait de dribler tout le terrain, fonçant droit sans remarquer ses coéquipiers. Mais sa réputation de premier dans toutes les disciplines prend un sacré coup quand il échoue au baccalauréat scientifique contre toute attente au Lycée Van Vollenhoven. Il ne sombre pas, pour autant.

Après son baccalauréat en 1980, après avoir été nominé deux fois au concours général, il a finalement obtenu une bourse pour poursuivre ses études en France. Il méritait, certes, ce sésame mais le jeune garçon avait déjà tissé des amitiés utiles au lycée. De « bras longs » qui plaideront auprès du Président Senghor pour qu’il obtienne une inscription au lycée Marcellin Berthelot en classe préparatoire de Hautes études commerciales. Il passe le filtre en 1983 et s’inscrit à Science politique de Paris. Il dira : « Ma mère a fait la queue pendant trois nuits pour que j’obtienne une place à l’école primaire. C’est de l’investissement de cette femme modeste et de mon père qui vendait des habits d’occasion au marché, qu’est né l’ancien élève de Saint Gabriel… », ancien ministre du commerce, ancien ministre d’Etat, directeur de cabinet, ancien Premier ministre. C’est pendant ses années au Lycée qu’Idrissa Seck a connu Ndèye Penda Tall qui deviendra plus tard sa femme. Mais, là aussi, l’étudiant revenu de la France s’est heurté à sa condition de personne issue de famille modeste, de surcroît castée.

Le Sénégal l’a découvert en 1988, lors de la campagne électorale pour les élections générales. Idrissa Seck a 29 ans. Il est nommé directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade. Beaucoup pensaient au départ que le costume était trop ample pour ses frêles et jeunes épaules. Mais, ses détracteurs découvriront très vite l’orateur méthodique et talentueux.

Avec une éloquence séduisante le jeune s’attaquera aux consignes du marabout Cheikh Ahmed Tidjane Sy qui avait, à l’époque, demandé aux Sénégalais de voter pour le candidat Abdou Diouf. Il l’attaqua de façon juste et efficace en direct sur les antennes de la télévision nationale, sans la moindre arrogance. Sa déclaration avait soulevé beaucoup de commentaires, mais eut surtout le mérite de positionner un jeune acteur dans le landerneau politique. Mais, l’aventure du directeur de campagne fit long feu après la défaite de son candidat à la Présidentielle. Il décide alors de retourner en Occident pour parfaire son art et pour mieux se préparer à exister dans le champ politique sénégalais où le mérite de l’homme est subordonné à son savoir et à son avoir, croit-il : Il dit lui-même : « J’ai très vite compris que pour être respecté par Wade et se faire écouter, il fallait être indépendant financièrement et avoir de la connaissance ». Premier acte d’affranchissement ? Idrissa Seck s’embarque pour les Etats-Unis. Il y fréquente l’Université Princeton (Woodrow Wilson School) et construit petit à petit un réseau d’amitiés qui lui servira plus tard. Qu’est-ce qui reste aujourd’hui de ce brillant garçon ? Sa voix basse, en harmonie avec sa gaieté permanente dans l’intonation, constituent un charme bien apprécié.

Son regard perçant et plein de résolution communique parfois une certaine crainte à ses interlocuteurs. L’homme dégage un charisme certain et une fière allure. La petite taille enveloppée dans un corps, quelque peu gras, laissant apparaître un teint noir foncé, ne gêne en rien sa personnalité trempée et bien vivante. Idrissa Seck se voit grand, toujours plus grand que jamais. Se prend-il pour le futur Bonaparte sénégalais ? Compte-t-il se tailler un manteau à la dimension de Napoléon Bonaparte ? Il cite avec délectation ce personnage atypique de l’histoire qu’il semble vénérer : « les gens peuvent être injustes, mais il me suffit d’être innocent. Ma conscience est le seul tribunal où j’évoque ma conduite et quand je la consulte, elle est tranquille. » Tranquille ? Jusqu’à quand le restera-t-elle ?


REPERE
- 9 août 1959 : Naissance à Thiès
- 1991 : Il est nommé ministre du Commerce dans le gouvernement de majorité élagie.
- 4 novembre 2002 au 21 avril 2004 : Premier ministre
- 23 juillet 2005 : Il est inculpé pour atteinte à la sûreté de l’Etat et à la défense nationale et emprisonné à la prison de Rebeuss
- 5 août 2005 : Exclusion au Pds
- 7 février 2006 : Il sort de prison
- 4 avril 2006 : création de Rewmi
- 25 février 2005 : Il arrive deuxième à l’élection présidentielle avec 14% des voix
- 4 décembre 2009 : retour au Pds, Rewmi mis entre parenthèse

Cheikh Fadel BARRO

lagazette.sn

4 Commentaires

  1. je me demande ce qu’il ya de mal a etre l’homme que tu viens de décrire?surtout que j’ai ecouté le temoignage de papa diop sur idy dont la verite vous frappe aussitot ; cet homme n’est pas un trompeur ni un poltron mais surtout pas un complexé; et tout ce qu’il dit est dans le coraan ou les hadisses, es ce que vous aurez voulu qu’il ne cite pas le coran meme connaissant des versets qui peuvent etayer une cituation? vous auriez certainement préféré le voir citer max ou un autre? mais il le fait pourtant des fois parce que ça aussi est une recommandation du prophete,allez chercher le savoir jusqu’en chine;moi je voudrait vraiment voir quelqu’un objectivement faire des reproches avèréés a ce garçon ce que je ne trouve toujours pas depuis des annéés

  2. Vous ne nous parlez pas de ses réussites universitaires.Pour bien le connaître,nous savons qu’il n’a pas eu le même itinéraire brillant dans ses études universitaires que pour les niveaux inférieurs.D’où sa propension à valider ses pensées par de fréquentes citations du CORAN et de proverbes wolofs.Abdou Latif Culibaly avait sous-titré son premier livre sur WADE « un opposant au pouvoir » parce que ce dernier fonctionnait comme un opposant au Palais.Idy,au pouvoir nous servira de beaux discours entrecoupés de citations du CORAN et dilapidera le peu de biens qu’il trouvera pour faire plaisir à ses amis. Les WOLOFS appellent les griots des « SAPE-LEKK »:ce qui veut « ceux se nourrissent grâce à leur langue ».Idy ,c’est le prototype achevé du « SAPE-LEKK ». Bientôt 2012.Bon appétit aux imprudents qui feront la bétise de lui donner la majorité!!!!

  3. Idy is the best ! Quel que soit l’angle d’approche, ce garçon brillant, devenu le meilleur homme politique sénégalais contemporain, surnage devants ses challengers.
    Nous comptons sur Idy pour redresser le Senegal et l’inscrire dans la dynamique d’une économie émergente . Qui dit mieux ?

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