Crise politique au Sénégal : pouvons-nous faire l’économie d’un chaos ? (Par Tamba Danfakha)

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Oui et non, à la fois, mais plutôt oui que non, pour paraphraser notre regretté Semou Pathé Gueye, le philosophe de la complexité.

La crise politique que notre pays traverse se définit entre la nécessité d’organiser l’élection présidentielle avant le 2 avril 2024 et le constat que cela est légalement et politiquement impossible.

En acceptant de reconnaître l’impossibilité d’organiser l’élection le 25 février 2024 et en refusant de reprogrammer une nouvelle date, le conseil constitutionnel avait, clairement, conscience qu’il plongeait notre pays dans l’inconnu.

La situation créée n’est prévue par aucun article de loi, puisque la fixation d’une date pour l’élection est prévue par décret présidentiel au moins 80 jours avant la date du scrutin.

En l’état actuel de notre législation, toute nouvelle date doit obligatoirement se situer, pour ne pas être illégale, au delà du 2 avril qui marque la fin du mandat du Président de la République.

Dans le cas où cela arrivera, l’opposition ne manquera pas de jeter dans la rue des manifestants enragés, si elle n’y trouve pas son compte.

Sans légitimité et sans la légalité avec lui, le Président devrait, pour s’imposer, recourir à une répression violente.

Dès lors, au bout de combien de morts et de pillages la rue aura-t-elle raison de lui ?

Par ailleurs, en admettant que le Président arrive par un artifice juridique à organiser, malgré tout, l’élection présidentielle avant le 2 avril, ce sera pour garantir, par la fraude massive, la victoire, dès le premier tour, de son candidat.

Dans ce cas, une élection présidentielle sans les candidats Karim Wade et Ousmane Sonko, avec un ministre partisan en charge de la justice et des élections est une élection qui va générer, impitoyablement, du chaos.

Car, l’opposition sera, automatiquement, réunie dans un front de dénonciation des résultats des urnes.

Et, là, aussi, hélas, ce seront d’autres scènes de pillages, de morts et de blessés pour une durée indicible.

Ainsi, donc, dans les deux cas, la décision d’organiser l’élection avant ou après le 2 avril, pourrait plonger notre pays dans le chaos et cela avec des conséquences insupportables pour nos populations.

Pour conjurer le sort, il faut que l’un des deux protagonistes de la crise, le Président ou ses opposants, accepte de faire une concession.

Le Président Macky Sall peut démissionner avant le 2 avril 2024 et laisser le soin au président de l’assemblée d’organiser une élection inclusive et apaisée dans les 3 à 6 mois.

L’obstacle à ce niveau serait le manque de confiance du Président en la capacité de celui qui va le remplacer à faire face aux menaces qui lui ont fait annulé le processus électoral en cours et, aussi, son amour propre qui lui interdirait de partir en laissant derrière lui un imbroglio politique.

L’opposition du Président peut, également, accepter, sous certaines conditions, que celui-ci reste au pouvoir le temps d’organiser, dans un délai court, l’élection présidentielle.

Certes, les coups pris par cette opposition durant les deux mandats du président sont des facteurs nuisibles à la nécessaire confiance en lui et à sa capacité à respecter les termes des accords convenus.

Malheureusement, rien que d’envisager la survenance du chaos dans notre pays rend déjà la vie des populations encore plus difficiles.

Par conséquent, puisse Allah swt nous épargner ce chaos, grâce à notre patriotisme et à notre lucidité collective.

Tamba Danfakha
Président Coalition Priorité Emploi

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