Documents administratifs : Ces racketteurs à visage découvert 

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XALIMANEWS-Trouver un document administratif au Sénégal relève parfois du parcours du combattant. Une brèche dans laquelle se sont engouffrés plusieurs personnes qui s’en frottent les mains. Une machine bien huilée et connectée, à des niveaux parfois insoupçonnés. 

Il est bientôt midi, nous sommes devant un commissariat de police de la banlieue. Les va et vient sont incessants. Fatou (nom d’emprunt) a un voyage à effectuer en urgence. Problème, son passeport a expiré. Si elle passe par la voie normale, elle risque de rater ce voyage. Inadmissible ! selon elle. 

C’est ainsi qu’elle a été mise en contact avec un homme. Pas de rendez-vous, encore moins de queue. Mais beaucoup de patience. Après plusieurs aller et retours, le monsieur se présente enfin à elle. Casquette bien vissée, classeur à la main. Il récupère le document et disparaît. Ce n’est que 30 mn plus tard qu’il appelle la dame pour lui indiquer un endroit où elle doit le trouver pour le dépôt. « Je dois passer récupérer le passeport dans l’après-midi », dit-elle, tout sourire. 

Jusqu’à 50 mille francs pour un passeport

Mais si son dossier a été diligenté, Fatou a dû casquer. Si dans le circuit normal, il aurait fallu un timbre fiscal à 20 mille et un rendez-vous, parfois très lointain, pour un renouvellement express, il faut casquer, parfois, jusqu’à 50 mille francs. 

« C’est un circuit entre des agents bien expérimentés et ceux qu’on appelle racketteurs. C’est connu. Chacun gagne sa part à la fin de journée. Je n’en dirai pas plus », souffle cet homme qui, pendant plusieurs années, a tenu un salon de coiffure en face d’un commissariat.

Les pratiques pareilles sont devenues monnaies courantes au point d’être banalisées. 

Dans ce tribunal de la banlieue, pour trouver un casier judiciaire, plus besoin de se déplacer. Des personnes, sans bureau, sans place fixe sont là pour le faire pour ceux qui sont prêts à casquer. 

« J’ai perdu plusieurs jours au tribunal mais quand on m’a filé le numéro d’un gars qui pouvait me le faire en une journée, j’ai payé sans hésiter », indique Mamoudou Diop. 

Ironie du sort, il ignore même le nom du racketteur. « On m’a juste envoyé son numéro sur le nom, il était écrit casier judiciaire », dit-il tout sourire. Pour ce service, il a dû casquer 30 mille pour un service normalement gratuit. 

Le drame de l’état civil 

Ismaila Wane ne veut plus entendre parler d’état civil au Sénégal. Natif de Ourossogui, il a voulu faire un jugement pour espérer une carrière dans le football. C’est ainsi qu’il tombe sur un intermédiaire qui dit travailler dans une mairie. Cela remonte à plus d’une dizaine d’années. Rien de l’histoire ne laissait présager un coup fourré. « J’étais avec un cousin. Le monsieur nous a donné rendez-vous dans une mairie de la banlieue. Il était tellement bien habillé. Quand nous l’avons appelé, il est sorti d’un bureau », se souvient il. Nous étions convaincus qu’il était digne de confiance, insiste notre interlocuteur. Jusqu’ici tout va bien. Le bulletin de naissance est disponible une semaine plus tard, la pièce d’identité quelques jours plus tard. Mais c’est quand, victime d’un cambriolage chez lui qu’il doit trouver une autre pièce. Là il doit présenter un nouvel extrait de naissance de moins de trois mois. C’est là que démarrent les soucis. Il se rend à la mairie. Mais son numéro ne renvoie à aucun enregistrement. Pire, le monsieur est introuvable. Sur place, il demande à rencontrer l’officier d’état civil. Il n’oubliera jamais cette rencontre. « Il m’a sermonné. Il a même dit que je pouvais risquer la prison pour corruption. Parce que le fait de payer de l’argent pour ça, c’est une façon d’inciter à l’illégalité. Je n’en pouvais plus », se souvient-il. 

Pour être reconnu, il a été obligé de faire recours à l’audience forraine pour tenter d’être en règle. Des cas comme ça pullulent dans les tribunaux et autres mairies.

Un business « plébiscité » par les sénégalais

Devant le commissariat, M. le racketteur, téléphone toujours collé à l’oreille ne cesse de se déplacer. Difficile de le coincer. Cette ruée vers les racketteurs en dit beaucoup sur la paresse des Senegalais à suivre les canaux officiels et/ou la lourdeur des procédures administratives. Malé Diagne voit la chose autrement. « Il est vrai que notre administration est ce qu’elle est, mais rien ne doit cautionner que des gens venus de nulle part se substituent à elle, au vu et au su de tous. Le drame c’est que cela passe dans des structures comme la Police, le Tribunal…c’est du sérieux. Mais si ça perdure, c’est parce que les gens continuent d’utiliser ces canaux », dénonce cet enseignant à la retraite.

Mamoudou lui ne s’en cache pas. Pour un extrait de naissance, il lui est arrivé de perdre trois jours d’affilée. Une perte de temps que ne peut plus se permettre celui qui travaille dans un centre d’appel. « Je préfère maintenant donner le numéro à quelqu’un qui me fait toute la procédure. Même si je dois payer jusqu’à 3 000 Fcfa. Souvent j’ai le document le même jour », dit-il, comme pour s’en réjouir.

1 COMMENTAIRE

  1. Le véritable cancer du Sénégal d’aujourd’hui et certainement de demain. J’en suis une victime. L’année dernière j’ai commencé à regarder pour acheter un appartement à Dakar. J’ai appelé au service des sénégalais vivant à l’étranger de la BHS pour me renseigner. J’ai constaté que mon passeport sénégalais est expiré alors qu’il me fallait ce document pour déposer pour un prêt à la banque. J’ai demandé à mon grand frère de me chercher un nouveau extrait de naissance datant de moins de trois mois pour constituer un nouveau passeport. Arrivée à la mairie on lui a dit que mon numéro d’acte de naissance n’est plus à moi car attribué à quelqu’un d’autre probablement un étranger. Voilà depuis je suis bloqué sans documents de nationalité ou de citoyenneté sénégalaises. Mon projet s’est pour le moment arrêté là. Je suis devenu exclusivement canadien. Je ne sais plus quoi faire surtout étant loin du Sénégal. Je risque aussi de ne plus avoir de documents légaux pour pouvoir prétendre à l’héritage de mon père décédé et qui a beaucoup de biens immobiliers au Sénégal entre Dakar et Ziguinchor. Voilà où se trouve le Sénégal de des sorciers libéraux de Wade et Macky Sall. Il ya aujourd’hui beaucoup de sénégalais qui ont vu leurs documents de nationalité sénégalaise volés pour être donnés à des étrangers en particulier des Guinness de Conakry et de Bissau et même à des mauritaniens pour pouvoir les faire voter au Sénégal. C’est exclusivement l’œuvre des politiciens des régimes de Wade et surtout de Macky Sall. Demain on va se rendre que la population sénégalaise est gonflée artificiellement de guinéens

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