FINANCE ISLAMIQUE DANS L’UEMOA Cinq pistes pour le jackpot

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Après la crise financière de 2008 qui a débouché sur une crise de confiance entre les banques et les déposants en Europe et aux Usa, les fonds souverains et spéculatifs des pays du Golfe, longtemps placés dans des titres et produits financiers en Occident (en Amérique et en Europe) sont à la recherche d’endroits plus sûrs, à la suite d’importantes pertes enregistrées lors de la cascade de faillites de banques en Europe et aux Etats Unis

Le secteur financier (Banque, Assurance, Micro- finance et Marché financier) en Afrique (surtout de l’ouest, la zone Uemoa) malgré son aversion (peur) du risque, est le secteur financier le plus sûr au monde en termes de retour sur investissement. S’il n’y avait pas la crise financière, les fonds de la finance dite islamique lorgneraient –ils le secteur financier des pays musulmans de l’Afrique de l’Ouest ? La question n’est pas dénuée de pertinence, en effet, « La Sentinelle » afin d’y voir un peu plus clair, propose cinq pistes pour asseoir la finance islamique en Afrique de l’Ouest.

L’Oci, instrument politique et institutionnel pour diffuser la finance islamique.

Si la planification économique, en tant que mode opératoire, a vécu ses lettres de noblesse dans l’ancien bloc des républiques soviétiques et socialistes, c’est parce qu’elle a reposé et s’est appuyé sur une idéologie (le Socialisme) et une institution politique (le parti communiste, le parti unique) à travers les Sovkhozes et les Kolkhozes (les coopératives).

Si l’économie de marché a pu contribuer au démantèlement du mur de Berlin, c’est parce qu’elle a été encadrée, protégée et sous tendue par une idéologie (le libéralisme) et des institutions politiques internationales (le Fonds monétaire international et la Banque mondiale).

Alors, la Finance islamique qui ambitionne de s’imposer sur toute la planète en tant qu’alternative pérenne à la finance conventionnelle, doit s’appuyer sur un instrument politique (l’Organisation de la conférence islamique) « Oci » et une idéologie ( la Solidarité et le partage). Sans quoi, la finance islamique n’aura pas cette dimension planétaire mais bien au contraire, restera anecdotique dans son vécu. Il ne faut pas l’oublier, la majorité des banques qui font de la finance islamique se trouvent en dehors des pays musulmans.

Pour asseoir la finance islamique dans les trente à cinquante années à venir l’Oci, en tant que cadre unitaire de la Ummah islamique la plus fédératrice ( 56 Etats membres) est interpellée au premier chef. Institutionnellement et politiquement, l’Oci doit porter le combat de la finance islamique tant il est vrai que ce sont les idées qui ont toujours gouverné le monde.

Car, au-delà de son aspect purement économique, la « bataille » de la finance islamique face à la finance conventionnelle est et doit être d’abord et avant tout, sous- tendue par une « guerre » philosophique au sens de Weltanschauung – donc de vision du monde-, avant d’être politique et enfin économico- sociale. Ne pas en être conscient du rôle et s’abstenir de se préparer et dégager une stratégie à long terme (entre 15 à 30 ans) pour l’imposer , équivaut déjà à perdre une bataille de cette guerre.

La finance islamique n’est synonyme de fonds perdus

Ensuite, les communications faites autour de la finance islamique doivent être on ne peut plus claires, nettes et précises. La finance islamique n’est pas des fonds perdus. La finance islamique comme la finance conventionnelle, fait du business. A l’instar de tous les acteurs du secteur de la finance. Mais autrement. En ce sens que la différence entre la finance islamique et celle conventionnelle réside dans le rapport que les deux types de business entretiennent d’une part avec l’homme et d’autre part avec l’argent, c’est-à- dire la dialectique homme- argent.

Dans la finance conventionnelle, le préteur (les banques) est Face à l’argent, c’est-à-dire demande en contrepartie au prêté, un gage ou une hypothèque pour se prémunir de toute incapacité de remboursement au pire des cas ; et prélève des intérêts sur le principal prêté, au meilleur des cas. La finance islamique, quant à elle, est Dans l’argent en ce sens que « sa banque » ne demande pas de garanties ou de gages en prenant le risque à 100% en amont ; et préconise le partage du bénéfice sur un prorata défini d’un commun accord.

Il ne faut donc pas, dans la tête des bénéficiaires, qu’il subsiste le moindre doute qui leur fera penser que la finance ressemble à un après midi de vendredi, juste avant et après la prière (Dohr en arabe, Tisbar en wolof)……. Recapitaliser le Groupe de la Bid pour le spécialiser dans le financement des Etats et des Pme et Pmi

Les pays arabes producteurs de pétrole, membres de l’Oci, peuvent et doivent tendre la perche aux communautés musulmanes de l’espace Uemoa, si tenté que l’Islam repose (toujours) sur des principes de solidarité et de partage. Les fonds souverains et les fonds spéculatifs investis dans des titres en Europe et en Amérique et/ou placés dans les paradis fiscaux peuvent être rapatriés pour recapitaliser le Groupe de la Bid qui deviendrait une méga-banque au service de la Ummah africaine, à l’image de ce que le Fmi et la Banque mondiale ont été et demeurent pour l’idéologie libérale et l’économie de marché. Ainsi, le Groupe de la Banque islamique pour le développement (Bid) va passer d’une banque commerciale à une banque d’affaires/ d’investissement pour financer les Etats et les Pme Pmi dans un premier temps. Puis dans une seconde phase, le Groupe de la Bid pourrait créer un réseau d’institutions de micro- finances islamiques qui va prendre en charge la question de la pauvreté en développant des Institutions de micro crédit (Imc) pour financer les masses.

Dans le langage bancaire, cela signifie pour le Groupe de la Bid de se décharger de sa clientèle dite de « particuliers » qui sera transférée dans le réseau d’institutions de micro- finance islamique mis en place par le Groupe de la Bid qui elle-même pourra se spécialiser uniquement et exclusivement dans la branche « Entreprises et Institutions ».

D’autant plus que dans l’espace Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine), depuis la suppression des avances statutaires en 2001 par la Bceao (Banque centrales des Etats de l’Afrique de l’Ouest) les Etats ne peuvent plus se voir prêter jusqu’à 20% du montant de leurs recettes fiscales recouvrées l’année d’avant. Avec l’insuffisance de l’épargne intérieure, la détérioration des termes de l’échange et les conditionnalités imposées par le Fmi et la Banque mondiale, les Etats de l’Uemoa ( 8 Etats, 80 340 000 habitants) vont de plus en plus sur le Marché financier pour lever des fonds afin de faire face à leurs politiques d’infrastructures et de grands travaux. Selon d’ailleurs, une étude de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee), les dépenses fiscales n’ont pas produits les effets escomptés. Ainsi, l’Etat du Sénégal a enregistré un manque à gagner de l’ordre de 19 milliards de francs Cfa. Il reste donc clair que le stimulus « fiscalité » a profité plus aux Grandes Entreprises qui appartiennent pour la plupart à des multinationales (françaises). Elles ont préféré donc, soit renforcer leurs capitaux propres qui est le premier pas vers l’investissement en période de raréfaction du liquide nutritif argent, soit transférer leurs bénéfices à la maison mère au lieu de les réinvestir dans l’économie locale.

Ce qui prouve sans conteste, qu’au Sénégal (et en Afrique de l’Ouest de manière générale), comme ailleurs, ce sont les Pme et Pmi qui créent la richesse qui permet à la croissance économique d’être diffuse. Pour accompagner le secteur des Pme et Pmi confrontés aux pires difficultés pour trouver des financements auprès des banques de la finance conventionnelle, du fait des conditionnalités absolues posées (gages, hypothèques, apport personnel), la finance islamique dispose là d’un terreau fertile. Le Groupe de la Bid, une fois recapitalisé, disposera de ressources longues pour financer les Etats et les Pme et Pmi qui sont la clé de voûte des économies de l’Afrique pour sortir de la pauvreté et du sous- emploi. Après que les politiques de gestion de la demande aient réussi d’équilibrer les cadrages macro-économiques, l’heure est arrivée pour les Etats ouest africains de miser sur la production et la transformation de leurs propres ressources plutôt que de recourir à des importations tous azimuts.

Produire pour que d’année en année, les taux de croissance dans l’espace positifs ne se traduisent plus pour les populations, par une pauvreté de plus en plus accentuée. Parce que tout simplement, ces taux de croissance positifs sont bâtis sur la base des politiques de gestion de la demande (politiques fiscales, budgétaires, monétaires). Pour que le « trickle up » (croissance vers le haut) devienne (ce problème se pose dans l’espace Uemoa depuis 1984) devienne (enfin) du « trickle down » (croissance vers le bas).

La micro- finance islamique pour toucher les masses

Le Groupe de la Bid, en créant un réseau d’institutions de micro- crédit islamique, donne par la même occasion à la finance islamique, sa vocation première : une finance pour le plus grand nombre. A titre d’exemple, avec ses 1.022 202 membres, le sous- secteur de la micro- finance au Sénégal a un taux de pénétration nationale de 9% (Diourbel 13,7%, Kaolack 19.3%, Kolda 12,7% et Dakar 60%). Ill ne reste qu’à démultiplier et institutionnaliser les expériences de ces pratiques à ceux font de la micro- finance islamique sans s’en rendre compte (tontine, natteu) et à celles qui font de la finance islamique en toute connaissance de cause. Avec un accent particulier sur les 48,5% de personnes touchées directement par la pauvreté dont 32% sont dans le monde rural et 17% dans les grandes villes.

Le Groupe de la Bid peut aussi corriger le grand déséquilibre institutionnel qui existe dans le sous- secteur de la micro finance et qui fait que 43% des Imf se trouvent entre Dakar et Thiès et que les trois pionniersdu secteur que sont Pamecas (Partenariat pour la mobilisation de l’épargne et le crédit au Sénégal) , Cms ( Crédit mutuel du Sénégal) et Acep ( l’Alliance de Crédit et d’Epargne pour la Production) se partagent 85% de part de marché. Alors que 40% de la population active pauvre (qui sont en âge de travailler, donc d’emprunter et de rembourser) sont entre Diourbel, Kaolack et Kolda, selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) du Sénégal. Conséquence, seuls 10% de la demande potentielle de financement est absorbée par ce secteur de la micro- finance en déficit de capitaux et en pleine croissance dans tous les pays de la sous-région ouest-africaine.

Pour le sous- secteur de l’Assurance : cibler le secteur primaire et le secteur informel

Le Chef de l’Etat du Sénégal, Me Wade avait préconisé la création de sociétés d’assurances pour sécuriser les investissements arabes étrangers. Or ces derniers sont marginaux, en termes de chiffres d’affaires, comparés à l’investissement dans le secteur primaire (Elevage, Agriculture et Pêche) et le secteur non formel. Face à la raréfaction des ressources et les besoins illimités, l’assurance islamique dispose potentiellement de beaucoup de primes à engranger.

Car jusque là, le maillon faible dans le sous- secteur de l’assurance conventionnelle, reste et demeure, la relégation en arrière plan, dans l’offre des produits et services d’assurance, des acteurs du secteur primaire qui emploie jusqu’à 80 % de la population et du secteur informel qui regroupe de très loin, les 27.000 personnes que compte le secteur salarié privé au Sénégal. Un potentiel appréciable. Il ne devrait pas s’agir pour l’assurance islamique de manière générale d’avoir les mêmes cibles que l’assurance conventionnelle, mais surtout, d’explorer et d’attaquer les zones vierges (surtout le secteur informel) pour leur proposer des produits et services adaptés.

africanglobalnews.com

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