La deuxième cohabitation, une chance à saisir

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Une panique insondable s’est emparée de nos amis de l’Apr devant l’imminence de leur défaite aux législatives. La peur, on le sait, est mauvaise conseillère. Souvent, elle fait perdre le sens des réalités et suggère des postures ridicules. C’est ce qui arrive à nos amis au vu de leurs prises de position sur certaines questions d’actualité.
D’abord la question de la cohabitation. A les entendre, ce serait la catastrophe annoncée. Le Sénégal irait droit au coup d’Etat militaire comme au Niger il y a quelques années. La cohabitation définit une situation institutionnelle où les majorités présidentielle et parlementaire ne coïncident pas. Si nos amis n’étaient pas rendus amnésiques par la panique, ils se seraient souvenu que la cohabitation n’est pas une nouveauté au Sénégal. On évoque à tort la crise de décembre 1962 alors qu’il s’agissait là d’une crise interne d’un parti-Etat et non d’une cohabitation .
La cohabitation a eu lieu d’avril 2000 à juin 2001 (soit un an et trois mois) entre le président Wade et la majorité PS de l’Assemblée nationale. Elle a été tellement normale que nous l’avons presque tous oubliée. La deuxième cohabitation qui s’annonce sera tout aussi normale. Chaque pouvoir exercera ses prérogatives constitutionnelles dans le respect de la volonté de changement exprimée par le peuple. Le ciel ne s’effondrera pas sur nos têtes pour autant.
Au contraire, la deuxième cohabitation permettra de stopper les dérives dont la solution ne peut attendre 2019 au risque de les voir devenir irréversibles. L’actualité du jour nous en offre un exemple. Le duo Timis-Sall a vendu les 30% de notre pétrole et de notre gaz qu’il détenait illégalement. 100 milliards tombent ainsi dans leur besace. Cela fait 300 milliards au total dont le peuple sénégalais est spolié. Une commission d’enquête parlementaire mise sur pied dans un contexte de cohabitation permettrait d’engager les procédures nécessaires pour permettre aux Sénégalais de récupérer leur dû. Comme au Burkina Faso. Mais en 2019 il sera peut-être trop tard.
La cohabitation est plus généralement le seul moyen disponible pour stopper l’accaparement et le pillage de notre économie par des lobbies obscurs. Le pouvoir en place est allé à Paris faire allégeance à M. Macron, avant même son élection. Deux jours après, on nous annonce que l’exploitation du Ter sera confiée à un groupe français. Inutile de demander s’il y a eu un appel d’offres ou une conformité quelconque avec la législation des marchés publics. Une sorte de course contre la montre est ainsi engagée pour rendre irréversible le projet le plus loufoque et le plus antinational de l’histoire du Sénégal. Avant les élections sénégalaise et française. Il urge de stopper cette aventure d’autant que, informe-t-on, ce Ter va s’arrêter à Diamniado et ne va pas desservir l’aéroport de Ndiass, qui était pourtant sa seule justification.
L’enjeu de la deuxième cohabitation réside dans de tels défis. Personne ne songe certainement, comme veulent le faire craindre nos amis paniqués, à supprimer les bourses familiales ou la CMU. Il s’agirait plutôt d’assainir ces dispositifs en corrigeant les pratiques clientélistes et partisanes observées dans leur mise en œuvre par le pouvoir en place.
Cette fenêtre d’opportunité qui s’ouvre requiert l’unité de l’opposition, dans sa diversité, pour devenir, dès le mois d’août , le point de départ du renouveau national. A l’heure du fétichisme devenu idéologie dominante, c’est donc l’instant du sacrifice fondateur qui éloigne la malédiction marron pour placer l’avenir sous de meilleurs auspices. Il s’agit bien entendu du sacrifice des ambitions d’hégémonie électorale qui pourraient conduire certains à faire cavalier seul.
L’option démocratique en faveur de regroupements affinitaires aurait été pertinente dans le contexte d’une compétition loyale, avec notamment un mode de scrutin qui n’attribuerait pas les deux-tiers des députés à la majoritaire départementale à un tour. Mais les élections de juillet sont marquées par une volonté manifeste de confiscation du pouvoir. Les opposants sont poursuivis, traqués, pour les priver de leurs droits civiques. La libération du maire Bamba Fall et ses codétenus, qui est une première victoire, ne fait pas oublier l’acharnement à arrimer le PS à la coalition moribonde au pouvoir, au mépris de la volonté des militants socialistes. Seul un Ousmane Tanor Dieng, chef de parti sans parcours militant et démocratique, grand serviteur de la république des lobbies, adroitement pistonné depuis Jean Collin, pouvait nous écrire une page aussi sombre de notre histoire politique marquée par l’emprisonnement massif de maires dont celui de la capitale, Khalifa Sall. En attendant la réédition des fraudes massives du referendum, les bureaux de vote fictifs, l’implication du ministre de l’Intérieur dans le recensement et la proclamation des résultats, etc.
Face à un tel contexte, l’unité de l’opposition dans une vaste coalition est le moyen adéquat de stopper la dérive dictatoriale en cours et garantir une présidentielle 2019 régulière et loyale, dans le respect du droit de participation de tous les candidats. Le plupart des dirigeants de l’opposition semblent avoir entendu cet appel unitaire monté des profondeurs du peuple. Il reste encore quelques jours pour convaincre et entraîner les éventuels sceptiques. Et saisir la chance d’une deuxième cohabitation.

Mamadou Bamba Ndiaye
Secrétaire général du Mps/Selal
Ancien député

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