Le Conseil Constitutionnel face à l’histoire (Par Thiemokho Traore)

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Jadis consideré comme un pays exemplaire pour sa marche vers la bonne gouvernance, ses acquis démocratiques et ses efforts dans le respect des libertés individuelles, le Sénégal est en train de traverser les moments les plus sombres de son histoire politique. Le president Macky Sall a sous son magistère bafoué voire transgréssé les principes et les règles même les plus élémentaires de la démocratie et de l’Etat de droit. Pourtant il bénéficiait aux yeux d’une majorité de la population d’une aura de confiance et de respect inégalés. Mais aujourd’hui il rejoint le rang des despotes en mettant à terre la tradition démocratique du Sénégal. La corruption est au sommet de l’Etat avec les nombreux rapports sans suite, la presse est muselée, l‘internet est régulièrement suspendu,les opposants embastillés manu militari, la brutalité policière atteint son paroxysme avec des exactions et des brimades qui prennent presque les allures d‘une discrimination orchestrée, instaurant de fait le pays dans un climat de peur constant que l’on ne connait que dans les régimes dictatoriaux.

Le president Sall a tout de même poussé le bouchon un peu loin en défiant d’abord des decisions de justice, ensuite le comble a été atteint quand il a outrepassé ses prérogatives en voulant passer une loi impopulaire et illégale par le truchement de son Assemblée Nationale afin de prolonger son mandant de président de la république.

En posant cet acte comparable dans le jargon militaire à un casus belli ,le président de la république a désavoué ainsi la décisison du Conseil Constitutionnel qui est la plus haute juridiction du pays. La démocratie sénégalaise était au bord du gouffre. Mais le Conseil Constitutionnel, fidèle à la mission que la constitution lui a conférée et véritable rampart pour faire face à toutes les dérives autoritaires malgré les multiples répressions subies, a saisi cette occasion historique pour redorer son blason fortement entaché par une certaine opinion qui taxerait ses rapports avec l’exécutif de taillable et corvéable à merci .En prenant cette décision le Conseil constitutionnel du Sénégal emboîte le pas de son homologue kenyan qui le 8 Août 2017 avait pris ses responsabilités devant l’histoire

en invalidant la victoire du président Uhuru Kenyatta en raison d’irrégularités.En 2022, cette même cour suprême Kenyanne avait pris le contre-pied du President Kenyatta sur un projet de réforme constitutionnelle jugée illégale. En faisant valoir son autorité pour révoquer la décision de Macky Sall, le Conseil Constitutionnel démontre à l’Afrique tout entière ainsi qu’au reste du monde que le Sénégal reste et demeure une nation démocratique. Certes les piliers sur lesquels

reposent les institutions peuvent fléchir comme les États-Unis sous Trump, mais les socles restent inébranlables. Cela démontre qu‘en Afrique, il y’a encore des institutions étatiques qui peuvent fonctionner correctement si on leur donne la plénitude de leur indépendance. Dans une démocratie, il faut qu’il y’ait des institutions de contre pouvoir et comme le soutenait Montesquieu :« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est l’essence même de la notion de contre pouvoir dans une démocratie.

L’executif devra prendre ainsi donc acte de la décision du Conseil Constitutionnel, et pour autant que son décret d’annulation du scrutin reste valable et de droit. Au regard de cette impasse, au cas où l’exécutif campera sur sa position de droit, on devra donc appliquer ce que prévoit la constitution en cas de vacance de pouvoir à la fin du mandat en cours. Devant cette situation, une concertation s’impose. Des pourparlers doivent être engagés surtout avec les vingts autres candidats déjà validés pour l’organisation du scrutin présidentiel conformément aux recommendations du Conseil Constitutionnel. Mais il faudrait que cette fois-ci ce dialogue soit different des autres. Un dialogue sincère avec des termes de référence et une feuille de route bien precise.Un dialogue où les vieux renards de “gueum door” n’auront pas leur place..

À cet effet j’invite les leaders du parti dissout Pastef ainsi que ceux de la grande coalition Yewi Askan Wi à faire preuve de dépassement et de maturité pour prendre part à ce dialogue afin de sortir notre pays de l’ornière. Le président Ousmane Sonko qu’on le veuille ou pas est un leader exceptionnel et charismatique, un génie politique capable de façonner le cours de l’histoire par sa vision et son intelligence tactique mais il faudrait qu’il soit très prudent car nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. La politique c’est vrai ,elle est le berceau des retrouvailles mais elle constitue aussi le cimetière des amitiés pour paraphraser ainsi donc le politilogue Babacar Justin Ndiaye. 

En attendant je lui conseille de méditer davantage sur ces propos de Léon Blum:  » En politique les vertus ne sont toujours pas récompensées mais les fautes se paient « . Donc allez-y pour le dialogue mais faites attention….

Que la paix et le droit triomphent au Sénégal, en Afrique et dans le monde.

Vive le sénégal ,vive la république ,vive la démocratie

Thiemokho Traore (Max)

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo à vous pour ce beau texte.
    Je ne sais pas pourquoi les sénégalais n’en parle pas assez : comment on en est arrivé à ce que aujourd’hui au Sénégal s’il ya manifestations d’ordre politique aucune télévision ne montre les images en direct de la manifestation. Même walf qui tente de faire le dos rond face à cette interdiction est vivement sanctionné par une coupure de signal voire même un retrait de licence. On se demande comment on en arrivé là si on sait que tu temps de Wade ces mêmes manifestations étaient montrées en direct sur les télévisions qui le désirent. Il faut aussi dire qu’au delà de l’interdiction ou de la censure par le régime de Macky Sall il y a aussi une grande complicité des chefs de groupes de presse qui ont volontairement pris causes et faits pour le régime de Macky Sall. On peut citer les principaux : le groupe futurs médias de Youssou N’Dour, la 2S TV et le groupe 7 TV de maimouma N’Dour dont on connaît les accointances avec le régime de Macky Sall. Finalement le régime de Macky Sall a finit par pousser le Rubicon pour oser couper internet à plusieurs reprises. Voilà où le régime de Macky Sall et sa gang de mafiosi ont descendus le Sénégal en termes de droits, de libertés individuelles et collectives et surtout de recul démocratique et du respect des décisions de justice. Oui le peuple sénégalais reste bouche bée n’oubliers jamais cette forfaiture du régime de Macky Sall et de son administration qui ont refusés catégoriquement d’exécuter les décisions de justice rendues par les juges sabassy Faye et Thior du jamais vu.
    Au lendemain de la présidentielle de 2012 avec le départ de Wade et l’intronisation de Macky Sall par le peuple sénégalais on aurait jamais imaginé une telle descente aux enfers pour notre si fragile démocratie.

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