A la source du Prophète : le Rayy Zam’ân de Cheikh El Hadji Malick Sy Par Dr. Bakary SAMBE

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Aux assoiffés de Sîra, hagiographie du Prophète de l’Islam, Cheikh El Hadji Malick servit le Rayy
Zam’ân, qacîda communément appelée Nûniya. L’auteur de l’inimitable Khilâçu Zahab n’a pas à
convaincre de sa culture historique, tellement la Mîmiya a eu ce don de replonger aussi bien le récitant
que l’entendant dans ces rares ambiances où le Sceau des prophètes est magnifié sans perdre de vue
l’impossibilité d’en faire le tour. Mais la volonté de Cheikh El Hadji Malick de le décrire sous ses
aspects les plus significatifs, notamment, dans son éthique ne fait l’ombre d’un doute.

Cheikh El Hadji Malick Sy visait à nous présenter son modèle et source d’inspiration dans la plus
grande modestie. Mais son style, sa précision, son art poétique que la modestie n’a pu dissimuler ont
émerveillé ses contemporains tout en gravant sur cette œuvre, les marques de sa pérennité. Khilâçu
Zahab sera tellement singulier que sa beauté en arriverait à masquer la pluralité de l’œuvre du Maître
Maodo dans cet art du Madîh ou panégyrique.

Pourtant, par 120 vers (Yakfî), Maodo a composé une ode unique en l’honneur du Prophète de l’Islam.
Chantée, récitée, psalmodiée, préservée de l’oubli dans les cœurs de ceux qui ne peuvent se contenter
de la relire pour s’en abreuver, la Nûniya était né éternel. Elle est cet hymne à la joie et au bonheur
d’appartenir à la communauté muhammadienne. N’est-ce pas pour cela que le premier hémistiche de
son plus célèbre vers n’est composé que d’un seul terme : Surûr ! (Surûrun fî surûrin fî surûrin)

Cheikh El Hadji Malick construit ce poème, comme à son habitude, en respectant les composantes de
la qaçîda classique à commencer par le Ghazal : le même dont fit usage un certain Al-Bûsayrî, l’auteur
de la Burda (Bourde), et, avant lui Ka‘b Ibn Zuhayr. Il n’est point besoin de rappeler que chez Maodo,
ce procédé, n’est qu’un voyage poétique et spirituel décrivant l’inanité des jouissances terrestres dont
la plus splendide rose est appelée à se faner tout en faisant courir le risque de s’enliser dans les épines
de la tentation destructrice, loin de l’Amour du divin que savait si bien magnifier un certain Jalâl Dîn
Rûmî.

Seule une lecture réductrice et littéraliste, sans goût pour l’esprit et l’essence des choses, serait tentée
d’y déceler une mondanité aux antipodes des vertus de Maodo. Dans la Nûniyya de Cheikh El Hadji
Malick Sy, le Ghazal est ponctué d’un rappel à l’ordre et d’un penchant immodéré pour le Zuhd, la
renonciation à l’Ici-bas.

Dans le style de Maodo, l’allégorie se met se met constamment au service du bien dit et de la poétique
pour ne perdre aucune occasion de redevenir le fin pédagogue qu’il n’a jamais cessé d’être.

En effet, dès les premiers vers de Rayy Zam’ân (ou Nûniyya), Cheikh El Hadji Malick donne le signal
et nous met en garde contre, la mondanité, cette « menteuse » qui veut nous berner de contre-valeurs
(wa mâ Kazaba zamânu an Atânâ…etc). Et Maodo de décrire la fin inéluctablement tragique de toutes
ces vanités dont les âmes charnelles semblent être si friandes (Wakâna Dahru yarmînâ Sihâman./ Fa
afnâ Zâka ‘âdatuhû Qurûnî). Dans ce tableau que dresse Cheikh El Hadji Malick d’une vie d’ici-bas
sans grande valeur, l’errance des âmes piégées par les ombres de beauté n’a d’égale que le désarroi
accompagnant la conscience de s’être trahie dans la surévaluation des fioritures ornant notre vie
(Zukhruf al-hayât Dunya).

Usant de la métaphore d’une étrange bien aimée qui ne cherche que la perte de l’amant usurpé, Maodo
veut nous enseigner que seule vaut d’être vécue la vie guidée par l’amour du Prophète par déférence à
son inégalable statut. Dans le style que Cheikh El Hadji Malick déploie tout au long de cette Qacîda, le
Prophète Muhammad (PSL) est cet irremplaçable refuge après l’errance, le réconfort des damnés, des
déçus de l’Ici-bas, l’espérance des désespérés, en somme, la seule source abreuvant les assoiffés du
Vrai Amour (Matâ mâ dâna bahruki min kudûrin, fa çâfin salsalun bahrul Amîni).

C’est au bout de cet itinéraire menant à la source intarissable de l’Amour prophétique que Cheikh El
Hadji Malick entreprend la description de celui qu’il a choisi comme modèle : le Prophète de l’Islam
(Nabiyyun), ce génie politique (‘abqariyyun) doublé d’un guide spirituel, élu de Dieu (çafiyyu-l-lâhi).

Dans la Nûniyya, Maodo peint les traits physiques du Prophète qui, en définitive, ne reflète que sa
beauté intérieure de gentilhomme au-dessus de les tous les comparatifs (çabîhul wajhi zû Khulqin
bayunî).

En grand lettré et mystique, Cheikh El Hadji Malick Sy s’en limite aux métaphores et aux symboles
pour donner corps à sa description panégyrique. Pour Maodo, le Prophète est la clé (miftâh), le phare
qui nous éclaire (miçbâhun munîrun), avec la générosité (jawâdun) dont seul dispose l’Elu qu’il est
(Muçtapha). Il est aussi celui qui, en privilégié confident (munâjâ) eut la satisfaction du Seigneur
(Murtadâ) tout en restant le guide, ce mage annonçant la bonne nouvelle (Hâdin, Bashîrun).

Cheikh El Hadji Malick insiste sur cette guidance éclairée, réceptacle de la Lumière dont les plus
infimes rayons nous engloutissent de luminosité (Sirâjun min ashi’atihi-stanarnâ…etc).

Mais le réalisme de la description fit vite place à l’abstraction lorsque Cheikh El Hadji Malick voulut,
dans son œuvre, en revenir à l’essence des choses. S’il fut cette créature élue du Créateur, c’est que
le Prophète Muhammad (PSL) avait accédé à son statut depuis le « monde des âmes » (‘Alam al-
arwâh). C’est surtout dans Wasîlatul Munâ (Tayssir) que Cheikh El Hadji Malick Sy exprime mieux
cela en décrivant le Prophète comme la Réalité de l’Existence en même temps que le reflet de l’Etre (
Haqîqatul Kawni ‘aynu-zâti tal’atuhâ !), cette effluve émanant de Dieu en en symbolisant la Lumière
(Ifâdatu-l-lâhi nûru-l-lâhi yallâhu).

Dans la Nûniyya, non moins dans Khilâçu Zahab plus tard, tous les signes annonciateurs de la
naissance du Prophète sont énumérés par Maodo, mêlant précision et souci d’agencement harmonieux
de ces miracles qui façonnent, sur le plan, exotérique, le statut du meilleur des créatures.

La joie accueillant un tel évènement qui changera le cours de l’Histoire ne peut être contenue par
aucune mesure du temps, tellement elle est incommensurable. Cheikh El Hadji Malick assimile, alors,

cet instant d’une éternelle joie à l’année qui englobe les mois dans lesquels point le jour de la plus
grande béatitude ; celui qui vit naître le Prophète : « Wa âmun Thumma Shahrun Thumma Yawmun/
Atâ fîhil hudâ Qarnul Qurûnî).

La célébration du Mawlud, telle que l’exprime Cheikh El Hadji Malick Sy, dans la Nûniyya, est la clé
de la satisfaction des besoins d’ici-bas mais aussi la réalisation du vœu d’accéder à la félicité (Wa fit-
ta’zîmi injâhu shujûni).

En effet, c’est par celui dont la venue au monde le bouleversa que fut aussi réalisée la délivrance de
tous ceux qui ont eu à invoquer Dieu dans des situations de détresse : les prophètes, depuis le pardon à
Adam à Moïse en passant par Abraham sauvé des flammes comme Noé du déluge. En vérité, comme
le dit Cheikh El Hadji Malick, c’est par le Prophète que nous avons tout obtenu, tout gagné, des
gratitudes les plus diverses à la béatitude la plus singulière (Da’il itbâba qul kullul barâyâ , Unîlû mâ
unîlû bil-mubînî).

Quoi de plus naturel sachant que le Prophète Muhammad fut à l’origine même de notre existence et de
celui de l’Univers ; ce que cheikh El Hadji Malick exprime par le terme d’al-îjâd.

Son élévation au sommet de la prophétie est décrite à l’image de son ascension (Mi’râj) et des miracles
qui l’ont accompagnée. Seydinâ Muhammad, nous dit Maodo, était lumière avant même notre
existence (Nabiyyun kâna qabla-l-kawni nûran) qui éclaira l’Arabie du VIIème siècle assombri par
l’injustice et gratifia le monde de cette guidance qu’est l’Islam « Atâ wal-Kufru fî Jawrin wa Zulmin,
fa qâda-l-kulla ‘an dînin wa dînî ».

Pour Cheikh El Hadji Malick Sy, le Prophète Muhammad est notre intercesseur (wasîlatunâ) qui
lança cet appel à la Miséricorde ; c’est, en fait, par et grâce à lui que nous fîmes appelés à devenir les
meilleurs de l’Humanité « Wabi-l-hâdî du’înâ khayra Qawmin..).

De toutes les vertus attribuées à un humain, le Prophète Muhammad ne peut se contenter que du
superlatif absolu. C’est bien pour cela, aussi, que dans la Nûniyya, Cheikh El Hadji Malick Sy préfère
les substantifs aux qualificatifs tellement le prophète Muhammad est l’incarnation de la pureté
(çafwatu) de la bonté (barru) de la droiture (Hudâ). Finalement, au-delà des vertus qu’il incarne,
Maodo nous apprend que le Prophète Muhammad a posé un système de vertus, une voie menant à
la félicité. C’est cela même le secret de l’avance qu’a prise sa communauté, celle du bien et de la
vertu : « Sabaqnâ man siwânâ ayya sabqin », nous dit Cheikh El Hadji Malick Sy.

Poursuivant cette description en se conformant aussi bien aux exigences de la vérité historique qu’à
celles de la prosodie, Seydi Hadji Malick nous a dressé un portrait admiratif du seul modèle qu’il s’est
toujours autorisé.

Voilà que Maodo, fidèle à la tradition soufie du Tawassul, fait de la poésie un sacré moyen pour
accéder à une fin non négligeable : la félicité. Cette manière d’user de toutes les possibilités du
langage, raffiné par les meilleurs procédés poétiques, fait de la Nûniyya de Seydi El Hadji Malick
Sy, un véritable joyau sur deux plans. C’est une poésie qui en dit long sur la maîtrise incontestée de
l’arabe et de sa magie avec des nuances lexicales disqualifiant le novice sans jamais tomber dans le
barbarisme (wahshiyat al-Kalâm).

La Nûniyya est aussi de ces odes (Qaçâ’id) qui déclenchent l’envie de plonger encore plus dans les
réalités Muhammadiennes. Le rythme, la cadence et la mesure des propos ajoutés à la magie de la

poétique suffisent pour dépasser l’obstacle de la langue dont il s’est toujours servi tel un orfèvre pour
sortir des flammes de l’amour de Seydinâ Muhammad les meilleurs ouvrages.

Malgré toute sa modestie, Cheikh El Hadji Malick Sy, n’avertira-t-il pas l’aventurier sur les itinéraires
prophétiques, affrontant la profondeur de cet océan de bonté et de vertu qu’il détenait déjà les
meilleures perles de toutes les nacres ? : « Yâ Ghâ’içal bahri lil-açdâfi ‘indiya açdâfun bi hâ durratun
a’lâ min al-Jalamî » (cf. Khilâçu Zahab)

Si ce parcours du Prophète Muhammad, ces réalités et ses enseignements prophétiques sont d’or,
Cheikh El Hadji Malick Sy est celui qui l’aura décanté dans le plus grand art mais aussi la plus
profonde connaissance.

Par Dr. Bakary SAMBE

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