Exposition: les femmes se réapproprient leur propre image

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L’imaginaire masculin ne retient souvent de la femme que la sensualité, la fécondité et la maternité. Les huit femmes artistes de l’exposition Kadou Diggen à la galerie Le Manège de Dakar n’entendent pas être observées par le bout étroit de la lorgnette des hommes. Elles ont leur mot à dire sur leur propre image. Elles le disent dans la diversité.

Entre réduits et cimaises, elles sont huit femmes : Safaa Erruas (Maroc), Justine Gaga et Pascale Obolo du Cameroun, Ayana Jackson et Kara Walker (Etats unis), Oto Malinda (Kenya), Billie Zangewa (Malawi) à promener notre regard dans leur propre univers de femme. Qui mieux que la femme pour parler de son état, de ses sentiments, de ses souffrances et de ses joies et peines ? Christine Eyene, historienne de l’art et commissaire de l’exposition itinérante Kadou Diggen (Parole de femmes) écrit dans sa note de présentation : « Empreint d’une esthétique que l’on pourrait qualifier de féminine, leur art témoigne d’une volonté de se réapproprier l’image de la femme et d’affirmer leur place dans la société y compris dans le monde de l’art contemporain où la présence féminine est un phénomène relativement récent. » Ce que, selon elle, confirme l’historienne sénégalaise Ngoné Fall qui estime que les premières manifestations de la présence de la femme dans le monde des arts contemporains datent des années 90.Il y a à n’en pas douter, dans cette exposition qui fait côtoyer installation, photographie, création sur tissu, film documentaire de création, un cri silencieux qui résonne à l’oreille des hommes. Ce cri a les accents de : « Basta ! Regardez nous comme nous sommes et non à travers vos œillères qui nous confinent à la procréation et au rôle de gardienne du foyer »

A l’entrée de la grande salle de la galerie Le manège : le triptyque de Fatou Kandé Senghor qui a mis sur pied le laboratoire d’expérimentation Waru pour qui il n’y a pas de frontière entre l’art, la science, la politique et la technologie. Un triptyque dont la lecture change de sens qu’on regarde les photos de la droite vers la gauche ou de la gauche vers la droite. Deux interprétations possibles de la condition de la femme. Sur une terre aride, instrument aratoire en main, son personnage féminin est debout, se courbe pour bécher la terre avant de s’accroupir en désespoir de cause. Vision pessimiste de la combattivité de la femme dans sa lecture gauche droite. On fait revenir le regard en arrière, la lecture cette fois est hautement optimiste. La femme accroupie évalue l’immensité de la tâche parce que seule à affronter cette terre aride, elle l’attaque bêche en tête et fièrement se redresse. Elle sait qu’elle sortira de cette aridité quelque chose qui en changera la face. Composition intéressante qui montre que dans nos sociétés, les possibilités de la femme africaine sont à la fois immenses et limitées. L’immensité de cette terra aride et l’instrument dérisoire dont se sert cette femme en attestent.

Sujet grave, que la mutilation sexuelle dont s’attaque la kenyane Ato Malinda dans son installation vidéo dénommée « Prison sex » (Sexe pris en otage). Le sexe est le plus beau cadeau de la femme empaqueté dans un emballage cadeaux avec ruban décoratif et en fond d’écran une teinture rouge. Ce cadeau là, la mutilation génitale ne l’ouvre pas avec délicatesse, elle y met toute sa brutalité, sa sauvagerie à farfouiller avec un coutela à l’intérieur. C’est une installation qui ne se commente pas tellement le propos est juste et bouleversant dans sa pudeur et sa férocité. La camerounaise Pascale Obolo, à qui Cinéma de Nuit avait rendu hommage en projetant son film documentaire « La femme invisible » qui figure dans cette exposition, place son film dans le genre « essai philosophique visuel ». A travers les rues de Paris, elle soliloque dans sa quête de visages noirs sur les affiches de films français. Où donc se niche la diversité « Blanc Black Beur » tant chantée après la coupe du monde remportée par la France ? Elle met au cœur de son propos : l’exclusion.

Autre formes d’exclusion que posent les artistes dans cette exposition : l’homosexualité qui débouche sur une marginalisation qui fragilise et pousse à la destruction du corps. Par un jeu de détournement de savoir-faire reconnu aux femmes, l’artiste Billie Zangewa hisse l’art de la couture au niveau des arts contemporains. Elle dessine la femme à coup de bouts de tissus dont les reflets soyeux adoucissent les contours. Les photos de Ayana V.Jackson résument dans sa diversité. Toutes les facettes de la femme, toutes ses identités. Et l’on se dit : « bien prétentieux, ce lui qui déclare connaitre la femme ». L’exposition se poursuit jusqu’au 31 avril 2011.

Baba DIOP

lagazette.sn

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