Seul 1% des Africains migrent vers l’Europe

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Les questions de migration sont devenues un thème récurrent dans le débat politique et un sujet sensible auprès des opinions publiques, notamment dans les pays du Nord. Les citoyens sont nourris d’images de migrants arrivant sur les côtes de l’Europe dans des conditions souvent dramatiques. Cependant ces images ne reflètent pas la réalité en ce sens que seul 1% des Africains migre en Europe, mais surtout les flux migratoires sont majoritairement Sud – Sud et non Sud – Nord.

« Globalement, la perception par les opinions publiques (de l’immigration) ne reflète pas fidèlement la réalité. Car les flux migratoires sont majoritairement Sud – Sud et non pas Sud – Nord. Certes, l’Europe est la principale destination pour la minorité d’Africains qui quittent leur continent. Cependant, 1% seulement des Africains ont émigré en Europe. Les Subsahariens restent minoritaires en Europe ». C’est Gilles Rebattet, Chef des opérations à la Délégation de l’Union Européenne (Ue) au Sénégal qui pointe ainsi du doigt le traitement tendancieux de l’information sur les migrations.

Il représentait la Délégation de l’Ue au lancement, hier lundi 11 avril, du premier atelier de renforcement des capacités institutionnelles de représentants de 18 pays du groupe Afrique Caraïbe Pacifique (Acp) à l’initiative de l’Observatoire sur les migrations. Il s’agit d’une formation de cinq jours (du 11 au 15 avril) en collecte de données en migration et développement et en logiciel de gestion des données.

Gilles Rebattet, reprenant les résultats d’une recherche de l’Ird (Institut de recherche pour le développement) (Eurostat (2008), note que « l’Afrique de l’Ouest est la première région d’accueil des migrations en Afrique. La région abriterait 7,5 millions de migrants originaires pour la plupart d’un autre pays Ouest-africain. Près de 3% de la population régionale résideraient à l’extérieur du pays de naissance. Ce taux, en hausse depuis 1990, est supérieur à la moyenne africaine (2%) et surpasse largement celui de l’Ue (0,5%) ». Mieux, poursuit-il, dans l’espace Schengen, « les résidents étrangers sont majoritairement des citoyens de l’Ue, avec environ 40%, suivis par des nationaux européens hors Union estimés à 20% ».

Le Chef des opérations à la Délégation de l’Ue qui ne néglige pas l’existence des migrations Sud-Nord, précise que celle-ci « sont réelles et revêtent des enjeux importants pour les pays d’origine et de destination. Et notre partenariat entre l’Ue et les pays ACP œuvre à ce qu’elles soient mieux maitrisées et plus harmonisées ». En attendant, les citoyens sont nourris d’images de migrants arrivant sur les côtes de l’Europe dans des conditions souvent dramatiques. Avec la révolution tunisienne et la crise libyenne, l’actualité en est à nouveau l’illustration.

Ne pas confondre situations exceptionnelles avec tendances de fond

Gilles Rebattet en veut pour preuve, les immigrés de Libye, contraints au départ par l’instabilité et les opérations militaires, retournent massivement en Egypte et en Tunisie, leur pays d’origine. « Déjà fragilisés par des processus incertains de transition, ces deux pays, doivent faire face au double défi considérable de réintégration de ces migrants ainsi qu’au tarissement des flux de l’épargne envoyée par les travailleurs émigrés à leur famille ». Aussi le Mali est indirectement affecté par deux conflits simultanés : au mois de mars, près de 7 000 personnes ont été rapatriées de Libye par voie aérienne tandis que 31000 ont fui la Côte d’Ivoire.
Suffisant pour susciter des interrogations: « (…) ce traitement de l’information n’a-t-il pas tendance à confondre situations exceptionnelles avec tendances de fond? Derrière les images télévisées et les commentaires souvent alarmistes, quelles sont les réalités? Ces réalités profondes peuvent-elles nous fournir un éclairage différent, conduisant à nuancer une perception émotionnelle des enjeux de la migration au profit d’une approche plus rationnelle et plus apaisée? ». Autant de questions auxquelles qui ne devraient laisser personne indifférente.

C’est pourquoi un Observatoire des pays Acp sur la migration a été créé afin de combler un déficit de la recherche sur les migrations Sud-Sud et avec pour but de fournir des données plus complètes et harmonisées sur la migration Sud-Sud dans les pays Acp. L’importance de l’observatoire est de permettre l’analyse des flux migratoires à une échelle régionale ou continentale. Ces données seront proposées aux décideurs politiques, à la société civile et au grand public, histoire d’aider à mieux concevoir les politiques publiques (dans les domaines de l’économie, environnement, changement climatique et développement) et réagir plus efficacement aux crises.

Recueillir des données fiables pour inverser la tendance

Lui emboîtant le pas, Laurent M. J. De Boeck, Directeur de l’Observatoire sur les migrations déplore le fait que l’immigration est mal utilisée, et de fausses images sont véhiculées dans les médias. D’où la nécessité de disposer de moyens en vue de développer des informations pertinentes, des aspects positifs de l’immigration pour les pays du Nords. Il s’agit de recueillir des données fiables pour inverser la tendance, diffuser à travers les médias, l’art, le cinéma, entre autres moyens, les bonnes informations pour modifier la compréhension du phénomène, soutenir et faciliter le rôle de la société civile, la finalité étant la modification des politiques migratoires des pays. Pour cela le dialogue est nécessaire reconnaît-il, tout en soulignant que le coût de cette formation de cinq jours est de 142 mille euros et le choix du Sénégal s’explique par le fait que notre pays capitalise une expérience de gestion des migrations.

Babacar Mbaye, Directeur du Plan, représentant du ministre de l’Economie et des Finances invite les pays pays à collaborer pour une maîtrise des flux migratoires. « Aucun pays à lui seul ne peut régler la question d’où la nécessité d’une collaboration large non seulement entre les pays de départ et de destination, les pays Acp, mais aussi sous régionale. C’est pourquoi cette formation qui permettra de standardiser les données dans les pays Acp est la bienvenue ».

Le Secrétariat du groupe Acp compte 79 pays membres. L’Observatoire qui est pour le moment basé à Bruxelles (projet d’une durée de trois ans -2011-2013-) sera installée en 2013 dans un pays Acp suivant des critères à définir à partir de la fin de l’année. Mais en attendant, plusieurs pays se portent déjà volontaires pour l’abriter, dont le Nigeria et Madagascar. Il fait partie d’une facilité ACP financée à hauteur de 25 millions d’euros par l’Ue.

Douze pays pilotes (dont le Sénégal et le Nigeria) et six organisations régionales ont été désignés représentant la diversité des pays et zones Acp. Au Sénégal, les Universités Cheikh Anta Diop de Dakar et Gaston Berger de Saint-Louis sont membres pour les analyses de flux migratoires.

SUDONLINE.SN

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