Violation de l’interdiction de construction : Une main invisible bétonne Dangote

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L’industriel nigérian poursuit ses travaux à l’ombre de mystérieux protecteurs de l’entourage présidentiel.

Le litige qui oppose les représentants de l’homme d’affaires nigérian Dangote au Sénégal, à quelques familles maraboutiques, a pris, depuis quelque temps, l’allure d’une défiance envers l’autorité publique, et remet en cause les bases mêmes de la République. Forts sans doute de l’appui grassement rétribué de certaines autorités de l’Etat, ces représentants de Dangote se permettent, depuis des mois maintenant, de construire impunément, leur usine de ciment sur le terrain d’autrui. Et l’identité de l’autrui dont il est question ici, montre le niveau de confiance de Dangote et de ses collaborateurs, en leurs alliances au sein du pouvoir. Il s’agit ni plus ni moins que des fils héritiers de Serigne Saliou Mbacké, le 6e khalife de Touba.

La cimenterie de Dangote a empiété sur près de 150 ha sur leurs terres et, en dépit de plusieurs sommations pour demander à l’industriel d’arrêter ses travaux et de débarrasser le terrain d’autrui, ce dernier continue comme si de rien n’était. Les avocats de la famille de Serigne Saliou ont fait servir par huissier, accompagné de plusieurs gendarmes, les décisions du juge de faire suspendre les travaux. Les entrepreneurs ont pris les décisions, signé les exploits et opiné. Ils ont même mis en chômage technique la majorité des employés sénégalais. Mais une fois que l’huissier est reparti avec ses gendarmes, les employés chinois sur le terrain, qui passent la nuit sur le chantier, reprennent les travaux comme si de rien n’était. La preuve nous en a été donnée une fois de plus dimanche dernier.

Le Quotidien a pu constater de visu que, en fait, les travaux de construction de l’usine n’ont jamais été interrompus. Des camions très gros porteurs, de marque chinoise et immatriculés Ttc, semblent faire la navette entre le Port de Dakar et le site de construction, pour apporter le matériau de construction. Les ouvriers sénégalais affectés au déchargement de ces camions, affirment que depuis un mois environ, cette navette n’a jamais connu de pause. L’un d’eux assure même que «même la nuit, les Chinois travaillent sous la lumière des projecteurs». Même si, avec les opérations de Justice, les entrepreneurs chinois ont été obligés de licencier beaucoup de travailleurs sénégalais, pour ne pas attirer l’attention, un nombre assez important reste quand même employé sur le site. «Maintenant, nous sommes obligés de nous pointer à l’usine à 7h 30», affirme Ismaïla, un ouvrier saisonnier utilisé sur le chantier. Tout en se plaignant des dures conditions de travail imposées par les Chinois, il assure que ceux qui travaillent de nuit avec ces derniers, sont les mieux payés.

Dans ces conditions, il ne semble pas imaginable que Dangote évacue les terres de Serigne Saliou, ou ceux de Serigne Mansour Sy, dans la même zone. Des personnes bien au fait de la situation, assurent que c’est environ 5 milliards de francs Cfa que les travaux sur le terrain ont engloutis. Et personne ne voit le Nigérian ou ses partenaires passer une somme pareille par pertes et profits.

Or, tout le monde a vu la détermination des fils de Serigne Saliou à récupérer leurs terres. Et des observateurs assurent que le khalife de Serigne Saliou, Serigne Cheikh, fait tout pour refréner l’ardeur de ses talibés, qui voudraient prendre d’assaut l’usine, pour évacuer de force l’usurpateur. Mais si la situation continue de cette façon, rien ne garantit qu’il puisse le faire encore plus longtemps. Et en ce moment, ce ne sont pas les mains invisibles, dans l’enceinte du Palais présidentiel, qui pourront réparer les dégâts commis par cette situation.

lequotidien.sn

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