Wade force l’héritage de Senghor. Par Abdou Latif Coulibaly

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Respecter le patrimoine national, protéger et sauvegarder les biens, œuvres, monuments et autres symboles qui en constituent la substance est une mission sacrée relevant de l’exercice de la souveraineté nationale. C’est dans cet esprit que le législateur français et celui de beaucoup de pays qui ont une haute idée et une conscience claire de la notion du patrimoine ont conçu un arsenal juridique et des mécanismes opérationnels tendant à assurer une telle protection et une telle sauvegarde. En France par exemple, un établissement public a été mis en place pour acheter avec un droit de préemption sur tout objet ou autre valeur privée qui est considérée comme étant un bien appartenant au patrimoine national. Cette politique traduit une préoccupation noble car respectueuse d’une certaine idée de la communauté du bien collectif et de l’ensemble des valeurs d’une société qui justifient et consolident la volonté de vie commune.

Quand le Président de la République et sa famille se proposent d’acheter la maison de Léopold Sédar Senghor, ils expriment par là une certaine conception de l’Etat. Une conception manquant singulièrement d’élégance et de hauteur. Car elle repose sur une boulimie inexplicable et une philosophie particulière de la fonction qui permet à ceux qui l’occupent temporairement de se lancer dans une entreprise d’accaparement en net porte à faux avec l’idée sacerdotale qui structure et charpente cette noble fonction finalement dévoyée et chahutée dans son essence. Quel dommage ! La population qui semble si souvent apathique et blasée n’a pas le droit de laisser filer dans un patrimoine privé, quel qu’il soit, le titre de propriété de la demeure de l’ancien président. Celui qui a, avec les échecs et les réussites que l’on connaît aujourd’hui, bâti la nation, mérite d’être traité autrement que ne veulent le faire les prédateurs qui ont pris possession, en catimini, de son bien.

D’ailleurs, il n’appartient plus à son héritage. Il est celui du Sénégal. Car ce bien n’est plus séparable ni dissociable du legs du défunt président laissé à la nation par Léopold Sédar Senghor. Ce dernier n’appartient plus à ces héritiers qui ne peuvent donc, en aucune façon, décider de par leur seule volonté, de facilitater, le forçage de l’Histoire en donnant les moyens juridiques à Abdoulaye Wade qui tient à tout prix à assouvir son désir d’être l’héritier à la fois intellectuel et matériel de Senghor. On le savait, Abdoulaye Wade n’aura épargné aucun effort pour liquider les héritiers politiques, naturels et légitimes de Senghor. On ne pensait pas qu’il pousserait l’audace voire la témérité jusqu’à revendiquer et obtenir une part importante de l’héritage matériel depuis l’ouverture de la succession de l’illustre disparu. Un grand homme d’Etat se suffit à lui-même, à son œuvre personnelle pour entrer dans l’Histoire. Il doit déposer des marques indélébiles plutôt que de tracer des sillons sur la route sablonneuse de l’Histoire qui déroule son cours. Des sillons appelés naturellement à disparaître au moindre coup de vent. Quelqu’un disait justement de Me Wade qu’il a l’intelligence de tracer de très grands sillons mais qu’il aura du mal à déposer ses marques dans l’histoire de ce pays. Il n’a pas tort de s’exprimer ainsi.

L’homme ainsi présenté a atteint un degré de perversion de ses bonnes intentions de départ, qu’il n’est pas possible de l’égaler dans son art consommé de l’autodestruction. En annonçant à la sortie d’une réunion du Conseil des ministres, que son gouvernement allait acheter auprès des héritiers de Senghor sa villa de Fann Résidence, il frappait un grand coup politique d’une remarquable portée historique. Il ouvrait ainsi un grand sillon sur sa route.

Mais en passant à l’acte, et en privilégiant les intérêts de sa famille, il efface tout et s’aliène la sympathie de la nation. Le véritable opposant du chef de l’Etat au Sénégal, n’est personne d’autre que lui-même. C’est l’une des plus importantes raisons qui explique l’évanescence de son régime. L’aliénation de la villa de Senghor au profit de la famille de Wade doit faire l’objet d’un débat dont notre démocratie ne peut pas faire l’économie sans courir le risque de se faire prendre pour une complice coupable d’un délit de forfaiture.

Abdou Latif COULIBALY

lagazette.sn

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