’Dakar-Kingston’’ de Youssou Ndour : un bon cru en hommage à Bob Marley . Par Aboubacar Demba Cissokho

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(APS) – Youssou Ndour n’est plus lui-même quand il ne surprend pas. Avec son nouvel album 100% reggae, « Dakar-Kingston » (Universal, 2010), il ne surprend certes pas parce qu’il a habitué son public à explorer les pistes artistiques les plus diverses. Le plus, ici, c’est qu’il déploie son génie avec une telle maîtrise, qu’à l’écoute l’on a le sentiment que c’est le genre dans lequel l’artiste évolue depuis toujours. L’on est captivé tout de suite !

L’intitulé de l’album — enregistré entre Kingston, Dakar et Paris — trouve son sens dans le nécessaire rappel du voyage forcé effectué, pendant plus de trois siècles, par des Africains réduits en esclavage.

Il y a aussi le souvenir des rythmes et mélodies qu’ils ont transportés avec eux, dans les cales des navires négriers, donnant au monde le blues, jazz, le reggae, plus tard le rap, etc. C’est tout le sens du somptueux « Diarr Diarr », titre sur lequel Youssou Ndour réaffirme que l’Afrique est « le berceau de l’Humanité ».

« Dakar-Kingston » s’ouvre sur un émouvant hommage à Bob Marley (coécrit avec Yusuf Islam et Tyrone Downie). Il ne pouvait en être autrement. Marley (1945-1981), première star du Tiers-Monde, est celui qui a popularisé le reggae, lui a donné ses lettres de noblesse. Aujourd’hui encore, il continue d’être la référence absolue à travers le monde.

En invitant le poète révolutionnaire Mutabaruka à chanter avec lui sur le titre, Ndour apporte une caution rasta à sa démarche. La star sénégalaise parle dans le morceau de l’universalité de la musique de Bob Marley, de l’impact de son message auprès des peuples des cinq continents. Il monte et articule son texte autour de succès de la légende jamaïcaine : « One Love », « No Woman No Cry », « Get Up Stand Up », « Africa Unite », « One Drop », « Is This Love », « Jah Live », « Natural Mystic », « Babylon System », « Exodus »…

« La musique de Marley m’a bien inspiré », chante Youssou Ndour. Le moins que l’on puisse dire c’est que pour ce nouveau disque, le résultat de l’inspiration est très fort. Avec une parfaite maîtrise vocale, l’auteur-compositeur sénégalais navigue avec bonheur sur les vagues, réussit une belle alchimie entre le mballax, dont il a été proclamé « roi » depuis bien longtemps, et le reggae.

Pour y parvenir, il a fait le voyage de Kingston (enregistrement aux studios Tuff Gong), s’est entouré des meilleurs musiciens. Arrangements de Tyrone Downie, claviste et compagnon de Bob Marley pendant douze ans, prise de son de Timour Cardenas et Carlos Allwood, Dean Fraser Cannon au saxophone, Michael Fletcher à la basse, Earl »China » Smith à la guitare, entres autres touches. Cela aide à s’accorder sur les fondamentaux du reggae.

Youssou Ndour revisite des mélodies et textes de son riche répertoire, leur donnant ainsi une nouvelle vie. Les thèmes abordés sont ceux véhiculés par la philosophie reggae : le spirituel (« Bamba »), l’amour (« Leteuma »), l’attachement au terroir et aux origines (« Médina »), l’impératif d’unité (« Bololène »), à la solidarité (« Survie »), le refus de la fatalité et de la main tendue (« Bagn len », « Africa Dream Again »)…

Sur « Bololène », on sent la référence aux polyphonies des chorales sud-africaines (un hommage à Lucky Dube ?). Youssou Ndour partage le micro avec Patrice Bart-Williams, musicien allemand d’origine sierra-léonaise (« Joker »), Ayo, auteur-compositeur d’origine nigériane (« Africa Dream Again »), Morgan Heritage (« Don’t Walk Away »).

« Dakar-Kingston » fait voyager. Il conscientise aussi. « Pitche Me », le dernier titre du disque, en est une parfaite illustration. Morceau de circonstance, s’il en est, en cette période de célébration du cinquantenaire de l’indépendance de 17 pays africains, il débute par un cri de révolte de l’artiste, qui donne le ton d’un texte très engagé.

« Pitche Me » c’est surtout des mots clairs et sans ambiguïté sur la situation d’aliénation de dépendance dans laquelle se trouve le continent. Le message est d’une clarté implacable.

Youssou Ndour : « Le temps est venu de nous libérer/Le temps est venu de prendre notre destin en main/Ils disent nous avoir accordé l’indépendance, mais ils continuent de nous diriger/Ils fomentent les conflits, nous fournissent des armes, et jouent aux sapeurs-pompiers/Ayons confiance en nous-mêmes, comptons sur nos propres forces/La Banque mondiale et le FMI jouent avec notre avenir. »

Ce nouveau disque est un beau bijou artistique. Youssou Ndour dépasse le cadre d’un simple hommage plat au mythique Bob Marley. « Dakar-Kingston » est parti pour occuper une place de choix dans la discographie de l’artiste.

ADC/BK

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