Association des écrivains du Sénégal : dix ans de chants en l’honneur de WADE et de ses acolytes, ça suffit ! Par Tafsir Ndické DIEYE

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Le Manifeste des écrivains de Dakar, St Louis, Louga, Ziguinchor est venu en son heure. Nous le saluons très vivement. Déjà, en 2010, lors d’un symposium tenu à St Louis, nous avions attiré l’attention des uns et des autres sur le fait que dans notre pays, les écrivains qui prétendent parler au nom de notre corporation passent souvent à côté de l’essentiel. Ils se regroupent en lobby pour servir de boite à résonance aux délires des décideurs publics au détriment d’une véritable promotion du livre, de l’écrivain et de la lecture. Ces gens pompent l’air à Birago DIOP chez lui aux noms des écrivains du Sénégal. Ce lobby préfère, par exemple, inviter à Kër Birago un individu comme Farba Senghor et l’écouter religieusement raconter ses inepties sur le Plan REVA plutôt que de recevoir certains de nos élites intellectuelles comme Alioune TINE, Abdou Latif COULIBALY, Jacques Abib SY, Souleymane Bachir DIAGNE, Penda BOW, Fatou Sow SARR, Abdou Aziz DIOP, Fatma FALL, Bouba DIOP, Cheikh Alioune NDAO etc. afin d’échanger sur les véritables questions d’intérêt national ou d’actualité internationale.  Ce genre de meeting politique déguisé n’honore pas l’AES.

Beaucoup d’entre eux ont déserté leur mission depuis très longtemps en faveur de celle de laudateur de WADE et des ses proches (nous nous demandons même si cela n’exaspère pas, souvent, le Président). Au début de l’alternance, ils se sont acharnés sur Mame Moustapha WADE (comme si leur vie en dépendait…) chantant ses mérites de grand écrivain comme si ce dernier ne l’était pas avant 2 000, c’est-à-dire avant l’accession de son frère à la magistrature suprême. La dimension littéraire de Mame Moustapha WADE est bien antérieure à 2 000 et ils le savaient.  Ce qu’ils recherchaient à travers ce jeu sordide et indécent était clair : se frayer un passage vers le palais, entrer dans les bonnes grâces du nouveau locataire de notre présidence de la République. Cela nous faisait tellement rire ; les « anciens amis écrivains» de DIOUF luttaient de façon sournoise pour entrer dans les bonnes grâces de WADE. C’était notre lecture de leur activisme trompeur, décevant et nauséabond.

Certes, dans l’océan de l’écriture, chaque écrivain est libre de jeter sa barque, de choisir sa direction et de ramer selon sa convenance. Cependant, il a le devoir de se respecter soi-même, de respecter son peuple, d’œuvrer pour sa conscientisation et d’accepter, lorsque les circonstances le réclament, de porter les combats des populations et de faire face à leurs bourreaux, par le biais de sa plume et de ses prises de position dans le débat public, sans crainte de représailles. Il doit être un éclaireur dans le champ des idées et des principes qui servent de socle à l’édification des grandes nations et d’une véritable conscience citoyenne. C’est notre conviction. Il doit être « la bouche de ceux qui n’ont point de bouche » comme disait le grand maître Césaire. Il doit refuser d’être la grosse gueule qui prolonge à coup de mensonges savants les dérives d’un pouvoir. Aimé Césaire nous disait, dans son bureau à Fort de France, un propos qui doit servir de viatique à tout bon écrivain : « Confiance, espérance ! Refus de toute forme de compromission. Allez-y ! Travaillez pour ce qui vous survivra ! »

Mais aujourd’hui, on constate que certains écrivains membres de ce lobby n’osent plus écrire ou élever la voix pour dénoncer la mal-gouvernance dans notre pays. Ils n’osent plus défendre le peuple face à la cherté de la vie,  au chômage de la jeunesse, aux  multiples scandales financiers, à l’imputé, à la dégradation des libertés individuelles et collectives. Ils préfèrent se taire devant les conséquences fâcheuses des délestages d’électricité et la souffrance exacerbée du monde rural… Ils font dans un suivisme dégradant vis-à-vis des décideurs publics pour des prébendes. « Que la société s’essouffle, pourvu que je prospère » semble être leur devise. Et le pire est qu’ils parlent très souvent au nom des écrivains avec comme leitmotiv : « Merci Monsieur le Président pour votre générosité, merci pour le fonds d’aide spécial à l’édition». Nous avons peur du mot aide à cause du proverbe Wolof. Très souvent, celui qui gère ton ventre gère tes principes. Suivez notre regard.

Il est temps que l’Association des écrivains du Sénégal joue son véritable rôle dans ce pays en participant à l’éveil des consciences. Il est temps qu’elle s’active dans la société civile aux côtés des vrais défenseurs des intérêts du peuple. Il est temps qu’elle s’investisse pour une bonne conscience citoyenne. Dix ans de chants en l’honneur de WADE et de sa famille, ça suffit ! Et temps que l’actuel président sera à la tête de cette association, nous doutons qu’elle puisse occuper sa véritable place dans les combats pour l’émergence de nos populations.

Lorsqu’on semble avoir atteint la ménopause des idées, il ne sert à rien de forcer sur la dose prescrite. L’écriture ne doit pas être une sorte de refuge  pour vaniteux préoccupés par des triomphes personnels ou des honneurs préfabriqués. Ces écrivains qui prétendent piloter l’AES dans l’intérêt de l’écriture ne s’offusquent pas lorsqu’on interdit à des ouvrages très engagés d’entrer dans le territoire national pour édifier les lecteurs sur certaines choses peu orthodoxes. Par contre, ils applaudissent dès qu’un farfelu doublé de chasseur de prime pond un chapelet de louanges en l’honneur de WADE ou de son régime dans un livre édité grâce au fonds spécial d’aide à l’édition. Ils s’empressent d’organiser à Kër Birago une réjouissance en son honneur devant les caméras de « propagande d’Etat » de la RTS.

C’est l’une des raisons qui faisaient que nous évitions autant que possible de fréquenter la maison de peur d’être identifié à ce désordre. Cependant, cette attitude sera terminée très bientôt. Nous serons en route vers Kër Birago DIOP pour aider à une bonne application du contenu de ce Manifeste incha Allah. Nous demandons à ce qu’on ne transforme pas Kër Birago, entre temps, en musée. Kër Birago, pour un écrivain qui se respecte, revêt un caractère symbolique qu’aucun autre site ne peut égaler. Président, laissez-nous Kër Birago ! S’il vous plaît ! N’en faites pas un musée ! S’il vous plaît !

Tous les points soulevés dans ce Manifeste sont intéressants. Cependant, nous nous foutons des considérations liées aux questions de subventions allouées à l’AES et gérées par l’équipe actuelle. Sur ce plan, que chacun des membres de cette équipe se soumette au jugement de sa propre conscience. Dans l’avenir, des dispositions claires permettront d’éviter de faire de cette entité une nébuleuse.

Aussi, il ne sert à rien de chercher à se donner une bonne image et une bonne conscience dans la presse en évoquant ses ressources personnelles, ses projets privés… Cela ne nous intéresse pas. Justifier la durée passée à la tête de l’AES en invoquant les 20 ans de présidence de Birago Diop est d’une maladresse incompréhensible. Il n’est pas Birago qui veut (même si on est un écrivain qui a eu à écrire quand même des choses appréciables avant 2 000).

Ce que nous voulons c’est une association qui accepte de jouer son véritable rôle afin de redonner à l’écrivain et au livre leur place au plan national et international.

Nous osons espérer que l’actuel président va tenir sa promesse d’organiser cette année, et au plus vite, une Assemblée générale à laquelle tous les écrivains seront conviés sans discrimination. Il faut ouvrir l’AES aux écrivains. Un écrivain de nationalité sénégalaise ou vivant au Sénégal, édité par une maison d’édition connue et respectée, n’a pas besoin de déposer une demande et d’attendre le bon vouloir d’un lobby pour être membre de l’Association des écrivains du Sénégal. Si cette démarche est d’actualité, il est temps de l’arrêter. Si c’est une disposition de son règlement intérieur, il faut l’abroger dare-dare. C’est une aberration qui renvoie inéluctablement à de l’ostracisme. Un tel écrivain doit être libre d’acheter sa carte de membre et de participer aux travaux de l’Association. Nous n’accepterons pas de déléguer un quelconque pouvoir de censurer ses semblables à un écrivain… qui qu’il puisse être. Cette époque est révolue.

Après avoir passé « 16 ans »  à la tête de l’AES, nous osons espérer que l’actuel président fera tout le nécessaire pour sortir par la grande porte.  Lorsque nous avions dit à St-Louis l’année dernière notre opinion sur le sujet qui nous réunissait, il avait tenu, en tant que président de l’Association des écrivains du Sénégal, à prendre la parole pour déverser son amertume sur nous. A la fin de sa prise de parole cet après midi mémorable à St-Louis, nous l’avions applaudit. Notre geste voulait lui faire comprendre qu’une personne responsable ne polémique pas, il discute et argumente sa pensée.  Alors, nous l’invitons à ne pas récidiver à la sortie de ce papier.

Tafsir Ndické DIEYE

Auteur de polars et de poésie dont :

Odeur de sang (Polar) Silence ! On s’aime (poésie) – Édition Le Manuscrit Paris mars 2008

Horreur au palais (polar) Coédition Nouvelles éditions ivoiriennes

/Centre d’édition et de diffusion africaine – Abidjan Novembre 2010

E-mail :[email protected]

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