Ma part de « Sud » : une oasis dans ma traversée du désert par Die Maty FALL

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Le Soleil-Sud : c’est d’abord le trajet effectué par les fondateurs de la première expérience de presse privée. Je n’aime pas trop le terme « presse indépendante », cela ne veut rien dire dans le contexte socioculturel de notre terroir où les valeurs fondamentales (famille, amitié, loyauté, persévérance, courage, bravoure, espérance, patience, mugn, jom, ngor, kolëré, fiit) priment sur tous les autres concepts universels. Tu peux dire à ta mère que tu es un(e) journaliste indépendant (e) et que tu brûles les valeurs familiales et ancestrales sur l’autel de ton indépendance ? Tu peux dire à ta mère qu’au nom de la raison d’Etat, tu vas mettre en prison ce concurrent de ton parti-Etat avec lequel tu as usé tes fonds de culottes au daara ou dans la cour familiale ? Non assurément. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le primat des valeurs de notre société sur les autres valeurs que nous avons apprises à l’école française. Et c’est uniquement dans ce sens. Cela ne signifie pas non, non, non, trois fois non, qu’au nom de nos valeurs sociétales, bafouées et détournées de leur fin, on peut se prévaloir de générosité sur la dîme du contribuable, de gestion patrimoniale, de despotisme éclairé, d’absolutisme sélectif, de monarchisme républicain et d’un je-m’-en-foutisme royal. Qui se sent morveux n’a qu’à se moucher !

Le Soleil-Sud : c’est aussi moi. Question de génération, je n’ai pas assisté à la fondation, au parcours historique, au succès foudroyant et à la prééminence du « Groupe Sud » dans le paysage médiatique et dans la marche politique de l’Etat. Si, si, « Sud »,  ce n’est pas seulement un organe de presse, une radio, une (défunte) télé, des journalistes, des techniciens, des animateurs, des commerciaux, des chauffeurs, des agents de sécurité et même des fournisseurs. Ça, c’est le côté jardin. Côté cour, et je ne vous apprends rien, « Sud » c’est aussi un faiseur de roi, un défaiseur de roi, un objecteur de conscience du gouvernement et de la société à l’image de ce que l’on attend d’une presse libre, un élément de la marche du pays et de son fonctionnement, aussi bien avant 2000 qu’après. De ce point de vue, « Sud » c’était le thermomètre de la température sociale et politique, la butte-témoin sociale du pouls et du rythme des Sénégalais. Pourquoi ? Simplement parce qu’il faisait et fait toujours son travail de « leveur » de lièvre ; loin de l’écume des faits et des choses, « Sud » va en profondeur des phénomènes, les étudie en toute liberté, en propose une analyse et la livre quotidiennement à l’opinion publique, décideurs comme populations. C’est le sens du contrat de confiance signé entre les fondateurs de « Sud » et les Sénégalais.  Et ce contrat perdure, en dépit des vicissitudes, des hauts et des bas inhérents à toute vie, de la roue qui tourne et de la sécheresse qui suit l’abondance. C’est cette situation que j’ai trouvé à mon arrivée à « Sud ».

Sud-Le Soleil : Cela existe aussi. El Hadji Hamidou Kassé en est l’exemple le plus connu. Après avoir été reporter à Sud, il a été l’humaniste directeur général du quotidien national, « Le Soleil ». Comme quoi, il n’y a pas que du bon d’un côté et du mauvais de l’autre. « Le Soleil » et « Sud » sont des vases communicants, qui donnent à l’un l’autre et qui prennent de l’un l’autre. On ne peut pas tresser des lauriers à Babacar Touré, Ndiaga Sylla, Ibrahima Fall, Sidy Gaye et les autres pionniers, qu’ils me pardonnent de ne pas les citer, je ne les connais pas tous, sans dire et rappeler qu’ils sont d’abord des produits du CESTI, institution académique, nationale, sous-régionale et panafricaine et des réussites du quotidien national, « Le Soleil ». Il est vrai qu’après, la montée en puissance et l’apogée de « Sud » sont dues aussi à une majorité de ressources humaines qui ne connaissent « Le Soleil » ni d’Adam ni d’Eve, sauf à l’avoir parcouru. Ceux-là, ils sont bien évidemment de purs produits de « Sud » et de ses fondateurs historiques.

J’aimerais, à ce propos, tenter une comparaison qui si elle n’est peut-être pas heureuse n’en reste pas moins vraie : de même qu’entre « Le Soleil » et « Sud », le système des vases communicants est également vrai entre le Parti socialiste (Ps) originel et le Parti démocratique sénégalais (Pds) qui est, à mon avis, un mauvais ersatz du parti d’origine. Au Pds aussi, tous ceux qui ont adhéré à Me Wade, sont de purs produits de Wade et du Wadisme qui n’ont rien à voir avec le Ps. Au Pds bien entendu, le système des vases communicants a bien fonctionné et continue de fonctionner. Après son fondateur qui est issu du PS, il y a eu Cheikh Tidiane Sy qui, en pleine défiance contre son parti et son Secrétaire général, Abdou Diouf, a quitté le Ps avec pertes et fracas pour intégrer un Pds en pleine traversée du désert. A ma connaissance, et je plaide mon ignorance, les autres trajets qui ont eu lieu se sont passés après 2000, lorsque le Pds est arrivé au pouvoir et que Me Wade, soulagé, a pu déclarer : « nos soucis d’argent sont terminés ». L’opinion et la presse ont d’ailleurs trouvé un terme péjoratif à ce genre de trajet : la transhumance politique ou l’art de retourner sa veste en pleine défaite.

Moi, c’est en pleine traversée personnelle du désert, que « Sud » m’a tendu la main une nouvelle fois. J’étais chômeuse, ayant perdu mon travail au « Soleil » où, sans entrer dans les détails, je suis passée de la lumière à l’ombre. Une nouvelle fois, dis-je, car au début de ma carrière, lorsque je suis rentrée de mes études en France, ma grande sœur Astou Fall qui est, elle, un pur produit de « Sud », m’a relayé la proposition de son patron de venir bosser à « Sud ». Une proposition fort alléchante d’ailleurs, dans le sens que tous les droits d’un journaliste étaient dûment respectés. Mais j’avais donné ma parole à Abdallah Faye, journaliste du « Soleil » et mon oncle par alliance, sa sœur Nafi, étant mariée à mon oncle Aziz Camara.

D’autre part, je me voyais mal travailler dans le même endroit que ma grande sœur, la concurrence eût été rude et puis moi aussi, je voulais être « indépendante », me faire mon propre nom dans la presse et ne plus être simplement, la fille du journaliste Alioune Fall, défunt Pdg de l’ORTS. C’est la raison qui m’avait poussée d’ailleurs à sortir du giron de la RTS où j’étais couvée par tous les anciens que mon père avait recrutés et couvés lui-même, dont Mansour Sow, Rédacteur en chef du journal parlé de la RTS à l’époque, Ibrahima Sané, Directeur de la Radio dont la photo de mon père orne toujours le bureau, Pèdre Ndiaye qui m’a formée à l’animation radio avec Jacqueline Fatima Bocoum (tiens, une autre de « Sud »). Déjà que j’habitais avec Astou Fall sur le même palier à la Zone A, chez Mère Thiam. Astou a insisté, parce que dans un élan partisan compréhensible, elle voulait que j’intègre « Sud ». Mais je devais respecter mon engagement et ma parole donnée.

La deuxième fois, elle y réussira. J’en suis contente parce que je n’étais pas fière de lui avoir dit non la première fois. Ma grande sœur est une personne gentille, généreuse, tolérante, affable et qui nous passe tous nos caprices à nous ses cinq sœurs. Elle est toujours là pour nous, qu’il pleuve ou qu’il vente. Tel un fauve, elle vient à notre secours, elle est toujours de notre côté. Cela n’est pas étonnant de sa part, car à l’école déjà, elle avait demandé à notre père de remplacer tout ce que sa maîtresse, Mlle Manga à l’époque, aujourd’hui, Mme Diédhiou, avait perdu dans le cambriolage de son appartement sous peine de ne plus aller à l’école. Evidemment, notre père s’était exécuté avec le sourire.

Tout ceci semble nous éloigner de notre propos. Mais pas du tout. Madior Fall, le Rédacteur en chef de « Sud », me tend la main, alors que je comptais les poteaux de la Rue Publique et Astou me dit : « vas-y ». Le contrat de confiance est basé sur la vérité nue et la réalité. Madior me dit qu’il fait tourner la boîte avec trois bouts de ficelle et que par conséquent, il ne pourrait pas me payer. Je lui réponds que ce n’est pas un problème. Et que mon seul souhait est de contribuer à remonter l’audience de son canard boiteux dans un contexte de confiscation du pouvoir des électeurs et d’alternance piégée, comme Latif Coulibaly (un gars de « Sud » lui aussi) en avait averti dès le début de la gouvernance du Maître. Et c’est parti pour une franche collaboration où les mots de solidarité, d’égalité, de fraternité, de liberté et de patience, de pression, de tension, de persévérance, d’esprit de camaraderie et d’équipe, de résistance me reviennent en mémoire. A « Sud », il n’y a guère de cloisons, ni de clans ou d’esprit de petit chef.

Cela permet à la transparence, à la démocratie et à la formation permanente de ne trouver aucun obstacle volontaire. C’est ce que j’ai expérimenté. Babacar Touré, Monsieur Mbaye pour Henriette, Bab’s pour les intimes, Babzy pour la baronne Pénéré, n’est pas le Grand Manitou que sa taille, sa voix et sa corpulence laissent accroire. Pas du tout, selon mon expérience. Son bureau n’est jamais fermé. Il n’y a pas d’intermédiaire, pas de secrétaire, ni de garde- chiourme. Il répond à toutes les questions qu’on lui pose. Il vous fait des confidences lorsque vous avez sa confiance. Il est simple, direct et franc. Bien sur, il a une grosse voix et il ne prend pas de gants, mais il a la solidarité et l’amitié chevillées à son corps devenu rond. Depuis, il a fait des efforts avec son coach personnel, le long de la corniche Ouest et il a tendance à redevenir le bel homme mince qu’il était au « Soleil ». Sa fréquentation des Grands de ce monde et des palais où l’on décide ne l’a pas changé. Sa marque de fabrique : il dit ce qu’il pense.

Assez glosé sur lui. J’y ai aussi connu et fréquenté des noms que je côtoyais peu avant : Ndiaga Sylla, Vieux Savané, Mame Aly Konté, Baba Diop, Henriette Niang Kandé, Madior Fall que Zara prononce Major, Ablaye Thiam, Bacary Domingo Mané, Bacary Dabo, Malick Ndaw, Felix Nzalé, Abdou Fall, le génial monteur, Sakho le driver, Ciss le vigile, Charles Diokh, André Diouf, Diadine Niang, Amdy Seck et pardon, je ne peux pas les citer tous. Les filles de Sud, je leur ai déjà consacré une chronique. Qu’elles me pardonnent si je ne les cite pas. Je connaissais déjà les gens de « Sud Fm », à commencer par son Directeur général, Omar Diouf Fall qui est le meilleur ami de ma sœur Astou, Lika Sidibé, Ndéye Fatou Sy, Pape Alé Niang, Baye Omar Guèye, Issa Dior Sall, sans oublier le service commercial et tous les correspondants régionaux. Que de fois Zara a dormi sur deux chaises à la rédaction ou bien a été babysittée par les journalistes de la rédaction ? A « Sud », on peut emmener avec soi ses problèmes, sa marmaille et son barda. C’est une véritable « roulotte » comme chez Tata Annette Mbaye d’Erneville.

« Sud », c’est le souvenir de la paye de la semaine. J’ai toujours été intriguée par le fait que Madior distribuait de l’argent à tout le personnel de la rédaction. C’était quel trafic ça encore ? Il a éclaté de rire et m’a expliqué qu’on était tellement pauvre à Sud que l’on payait à la semaine. Un petit bout de salaire aux employés qui restaient encore loyaux à leur groupe. Il est vrai aussi, il ne faut pas l’oublier, que du temps de sa splendeur, « Sud » payait bien et même très bien. Ce n’était que juste retour de l’ascenseur.

Je me souviens du jour où toutes les rédactions, radio et quotidien de Sud ont été arrêtées, emprisonnées et le câble de l’émetteur coupé par la police de Me Wade, en dehors de toute légalité républicaine. Dès qu’il en avait été informé, Madior Fall dont j’étais aussi le chauffeur à l’occasion, m’a dit de venir le chercher immédiatement et nous avons filé dans ma vieille Bmw vers « Sud » à toute allure. Dans la voiture, il m’a dit qu’il était inconcevable que sa rédaction soit arrêtée et que lui se trouvât libre à l’extérieur. Qu’il était de son devoir de se faire arrêter lui aussi et d’aller en prison, rejoindre son équipe. A peine arrivés devant l’immeuble Fahd qui grouillait de policiers, Madior s’est jeté hors du véhicule et s’est mis à vociférer contre « la police qui agissait illégalement ». Bien entendu, il s’est fait immédiatement coffrer. Ce qui m’a sauvé des cellules nauséabondes du commissariat central de Dakar, c’était que je devais garer ma Léopoldine Hugo (le nom donné par Marie Louise Diouma Faye à mon antique automobile) dans le parking avant d’entrer dans l’immeuble Fahd qui était devenu la gueule du loup. Dans le hall et sur le palier de Sud, dès que vous décliniez votre identité, « vous travaillez à Sud ? », demandait la police, vous étiez embarqué dans le panier à salade. Le fûté Pape Alé Niang avait emporté son portable incognito et avait même commencé à donner une interview avant que l’objet du délit ne lui soit confisqué par la police.

Moi, je n’ai pas été arrêtée bien que je sois passée devant la police.  Il faut dire que mon apparence n’attirait pas la hargne des policiers. Peut-être que je ne faisais pas « Sud » ? Je suis passée comme lettre à la poste. Ce qui n’est pas si mal parce qu’après l’arrivée de Babacar Touré, venu en trombe pour coordonner la lutte et la marche du journal, j’ai fait ce jour-là, le job de Madior Fall. J’ai écrit le journal du lendemain, dont la pagination avait été réduite en raison des événements, ce dont je suis assez fière. Pendant que Babacar Touré gérait avec les autorités et ses avocats, la libération immédiate de ses équipes, parlait avec la presse et accueillait l’énorme vague de Sénégalais qui étaient venus protester devant le commissariat central de Dakar contre l’arrestation des membres du groupe mythique. Faut-il le rappeler, des Sénégalais sont venus de partout et ont adouci par leur sandwichs, leurs boisons, leurs friandises, leur soutien, leur patience sous le soleil, la terrible journée. Il faut le dire aussi, les policiers n’en avaient pas contre les gens de « Sud ». Ils ne faisaient qu’exécuter les ordres du régime Pds.

Alors ils ont extrait les filles de « Sud » de la cellule nauséabonde pour les laisser dans une cour moins fétide, le temps de leur incarcération. La police a du cœur même lorsqu’elle exécute des ordres. Je me souviens aussi que Lika Sidibé qui était habillée d’un « meulfeu » a filé droit après sa libération à la plage et pris un bain de mer pour se débarrasser de l’impureté de la prison, selon une tradition populaire. Ndèye Fatou Sy, rédactrice en chef de Sud Fm était restée zen et droite dans ses bottes comme d’habitude. Aujourd’hui, elle gère la communication du ministère des Affaires étrangères, ministère régalien ô combien, et doit regarder, amusée, ses anciens « bourreaux ». Seule la vérité triomphe. Et la vérité est qu’il n’y a ni droite contre gauche, ni pouvoir contre opposition, ni journalistes contre policiers, ni administration contre usagers, il n’y a que des Sénégalais, un Sénégal et un commun vouloir de vie commune. Tout le reste n’est que « thiakhaneries »  et « sénégalaiseries ».

Je me souviens de la résistance des gens de « Sud » face à l’arbitraire du despote, face à l’injustice d’un pouvoir qu’il a contribué à installer, face à l’acharnement aveugle contre un homme, Babacar Touré, contre un groupe de presse Sud, contre des travailleurs d’un groupe de presse, citoyens sénégalais, face à un retournement de l’Histoire qui fait que la Révolution mange ses propres enfants. Et je me dis que ce n’est pas juste, ce n’est pas mérité. Alors faisons nôtre : « Sud pour tous, tous pour Sud ». Le fin mot de l’histoire est que même dans la perspective de sa retraite peu glorieuse, Me Wade et son parti le Pds, trouveront toujours « Sud » sur leur chemin pour éclairer la démocratie, la bonne gouvernance, la transparence et défendre leur droit à la parole et leurs droits d’opposition.

Merci Sud. Grâce à la RTS, je me suis familiarisée avec le métier de mon père et j’ai pris de l’assurance. Grâce au « Soleil », je me suis fait un nom distinct de celui de mon inspirateur et de ma source. Grâce à « Sud », je suis devenue une « héroïne » que des jeunes filles veulent imiter. Merci à Mansour Sow, à Alioune Dramé, à Madior Fall, à Babacar Touré et à tous mes lecteurs et confrères.

sudonline.sn

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