Pourquoi Abc ne récitera plus l’alphabet diplomatique

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Les premières alertes sont venues de la médiation de l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye en Gambie pour la suspension de la peine de mort. Mais avant, l’ancien ministre Cheikh Tidiane Gadio avait grillé Me Alioune Badara Cissé, dans la bienséance diplomatique au sommet de l’Union africaine, sous l’oeil approbateur de Macky Sall. Et plusieurs fois, il a été envoyé spécial du chef de l’Etat dans les capitales africaines : Ndjaména, Ouaga, Abidjan et Lomé.La messe était dite avant l’heure. C’est depuis les lieux saints de l’Islam qu’il a appris son limogeage.

Protocolairement numéro deux du gouvernement Abdoul Mbaye, Me Alioune Badara Cissé avait commencé depuis avril, date de sa nomination à la tête de la diplomatie du Sénégal, son écriture diplomatique sous le contrôle étroit et direct du Président de la République Macky Sall. Et aussi ses premiers pas sur la scène africaine et mondiale. Normal, lorsqu’on sait que la Défense nationale et les Affaires étrangères sont constitutionnellement et respectivement le domaine réservé et la chasse gardée du chef de l’Etat.

Me Alioune Badara Cissé, figure de proue de l’Alliance pour la République (Apr), avait surgi comme un diable de sa boîte en pleine conférence de l’ancien Président Olesegun Obasanjo à Dakar quelques semaines avant le coup de sifflet de la présidentielle. En un coup de gueule, il avait fait reculer le très placide Général nigérian sur sa volonté de proposer à la classe politique sénégalaise, un report de la présidentielle de 2012 sans la participation de Me Abdoulaye Wade.

Macky Sall élu, il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que cet avocat pittoresque et solennel, cet orateur talentueux et cultivé, allait jouer les premiers rôles aussi bien pour la patrie que dans le parti. Au sein de l’Apr, le « R » de la République, c’est lui. L’ancien Secrétaire général du gouvernement ne plaisante pas avec les grands principes. Pour lui, la République est encore plus sacrée que la Démocratie. Il est républicain comme d’autres sont démocrates. C’est aussi un manœuvrier hors pair, un apparatchik, un écorché vif, un grand sentimental aussi fidèle en amitié que mobile dans ses convictions. Et oui c’est un avocat-défenseur. On ne se refait pas. Le personnage, c’est un fait, n’est pas simple. Il est aussi complexe que nos Affaires étrangères pourront devenir des « affaires étranges »…

« Affaires étranges »

Il a commencé son ministère en exfiltrant (haut fait d’armes) Amadou Toumani Touré jusqu’aujourd’hui, en résidence à Dakar, mais a brillé par son absence lors du mini-sommet de Ouagadougou. Il a cautionné l’affectation du plus brillant de nos diplomates en poste à Bamako, pour y laisser un Chargé d’Affaires évacuer les affaires sensibles avant de le remplacer pour un flic devenu consul général avant d’avoir le titre d’ambassadeur. Il a fait un de ses premiers voyages au Maroc pour évoquer la marocanité du Sahara, sujet sans aucune valeur ajoutée diplomatique. Il a parcouru deux fois les pays du Golfe pour expliquer la diplomatie économique Alternance version B : « moins de prestige, plus de prospérité ». Puis, retour en Afrique pour arrimer notre géopolitique sur le principe du kilomètre affectif : se ranger derrière les positions de la Cedeao, de l’Uemoa, et de l’Ua… Dans nos frontières étanches, il a hérité du chaos malien, du complexe dossier bissau-guinéen, de la volonté de Salif Sadio d’internationaliser le conflit casamançais, de l’attitude lunatique et sorbière de Yaya Jammeh, de la diplomatie bismarkienne d’un Blaise Compaoré qui était gêné aux entournures par la très forte personnalité de Wade.

Et puis comment exister diplomatiquement à côté d’Alassane Dramane Ouattara dont le pays, en tant que locomotive, assure presque la moitié (40 %) du Produit intérieur brut de l’UEMOA ; d’un Mahamadou Issoufou dont les arguments en uranium prisé par AREVA se déclinent sur les sites d’Agadez et d’Immouraren ; d’un Yayi Boni qui vibrionne sans arrêt, depuis que le petit Bénin préside aux destinées de l’UA ? ; d’un Mohamed Ould Abdelaziz, secret et irascible ; d’un Alpha Condé, autoritaire et imprévisible ?

Et pourtant, le Sénégal aligne deux atouts de taille. Le premier est son extraordinaire vitalité démocratique. Le second est évidemment la position géostratégique sans pareil de Dakar qui, sur la façade atlantique, représente la double porte d’entrée en Afrique et en Amérique. La guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre l’avait prouvé en 1982. Une intervention internationale au Mali, confirmera la position centrale et irremplaçable de la plateforme de Dakar. Mais en se précipitant auprès du perdant Sarkozy, entre les deux tours, Macky Sall a failli dévaluer diplomatiquement l’atout majeur du Sénégal.

Quant à Me Alioune Badara Cissé, il devait vite faire sien le bréviaire du célèbre ministre soviétique des Affaires Etrangères Andreï Gromyko : « la diplomatie est l’art de réduire le nombre de ses ennemis ; et d’augmenter le nombre de ses amis ». Suivez notre regard posé sur la Mauritanie.
C’est là une ambition qui exige beaucoup d’anticipation, d’ingéniosité et de hardiesse dans la définition et la conduite des affaires étrangères.
Me Alioune Badara Cissé hors du gouvernement pour « conflit de méthode », n’est-ce pas un départ de feu dans l’Apr ? Un début de crise ? Ce poids lourd ne se laissera pas « arracher » les actions qu’il possède dans le parti au pouvoir.

Lesenegalais.net

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