Arrêt de la confection des cartes d’identité: Entre mutisme, versions contradictoires et jeux de ping-pong

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ImageQuartier de Grand-Yoff. Des bruits et couleurs habituels. Des rues envahies par les étals entre lesquels il faut slalomer pour accéder au foyer socioculturel. A l’intérieur, l’ambiance contraste d’avec celle du dehors. Calme plat. En face, une grande salle où trois artistes-peintres sont en pleine esquisse. A gauche, un petit bureau, siège de la Commission de révision ordinaire des listes électorales. A l’intérieur, quatre personnes : le président de la commission, les représentants de la Commission électorale nationale autonome (Cena), de la commune, du Parti socialiste.
Rien n’indique qu’on est en période de révision ordinaire des listes électorales alors que les opérations ont démarré depuis le 1er février. Pas l’ombre d’un électeur potentiel. Alors, on s’y tourne les pouces. «Chaque jour, on reste toute la journée sans rien faire. Ce n’est pas intéressant !», se plaint Alpha Fodé Camara, président de la commission. Document sous les yeux, il donne une idée de l’état d’avancement des inscriptions : «En février, nous n’avons eu que 3 inscrits et 10 modifications, contre 6 et 3 en mars.»
Cette faible affluence est liée en partie, selon les membres de la commission, à l’arrêt de la confection des Cartes nationales d’identité numérisées. «Si on ne dispose pas de carte d’identité, on ne peut pas s’inscrire», fait remarquer M. Camara.
N’y tenant plus, Ndèye Khady Cissé, la représentante du Ps, s’invite à la discussion. Elle accuse l’Etat de faire preuve de mauvaise volonté. «Les gens qui viennent d’avoir 18 ans cette année ne peuvent pas s’inscrire, indique-t-elle. Je pense qu’on doit ramener le matériel d’inscription au niveau de chaque commission pour  que les gens puissent être motivés comme en 2007 lorsque Wade a voulu se faire réélire.»
Pour l’instant, ce matériel biométrique est au Commissariat de police de Grand- Yoff, à quelques mètres du foyer des jeunes. A la section Cni (Carte nationale d’identité), les inscriptions se poursuivent malgré tout. A l’entrée, une foule bigarrée qui pour s’inscrire, qui pour s’informer à propos de la disponibilité du fameux sésame. A l’intérieur du bureau, un agent en tenue civile exécute les formalités pour un citoyen : photo, puis prise d’empreintes digitales. D’autres attendent leur tour.
Le calme est subitement perturbé lorsqu’une foule fait irruption dans le bureau. Ils viennent récupérer leurs Cartes d’identité nationale numérisées déposées il y a «deux mois». Mais la réponse de l’agent de Police tombe raide : «On ne confectionne plus des cartes nationales d’identité depuis trois mois», informe-t-il. De quoi rendre anxieux cet élève en classe de troisième présent sur les lieux, regard perdu, interrogateur : «Je dois passer l’examen du Bfem et j’espère que ma carte va sortir d’ici le mois de juin.»
Qu’est-ce qui est à l’origine de l’arrêt de la confection des cartes numérisées qui aura coûté 7 milliards francs Cfa ? Pourquoi continue-t-on à enregistrer des demandes alors que d’autres sont en souffrances ? Que se passe-t-il entre l’Etat du Sénégal et la société anglaise «Delarue identity system» ? Autant de questions auxquelles la tutelle, interpelée par Le Quotidien, n’arrive pas à apporter des réponses.

A la daf, personne ne sait quelque chose !
Manifestement, ces questions sont gênantes et aucun des responsables du ministère de l’Intérieur ne souhaite se prononcer. Joint par téléphone, le colonel Alioune Ndiaye, porte-parole de la Police, dit n’avoir aucune information à ce sujet avant de nous orienter vers Marcel Mendy, conseiller technique en communication au ministère de l’Intérieur. Mais ce dernier esquive et lui refile la patate chaude. «Je ne peux en parler légitimement. C’est plutôt Alioune Ndiaye qui est habilité à en parler.» Puis il ajoute en wolof : «Dey daw» (Ndlr : il se débine).
Habib Fall, chef de la Direction de l’automatisation du fichier (Daf), lui, demeure injoignable, malgré nos nombreuses tentatives. Ce flou qui entoure cette question a d’ailleurs amené la Commission électorale nationale autonome (Cena) à adresser une correspondance à la Daf. «Nous avons voulu connaître les raisons de ce blocage. Nous sommes en période de révision des listes électorales et on ne peut pas s’inscrire sans carte d’identité», déclare Issa Sall, porte-parole de la Cena qui refuse toutefois de dévoiler le contenu de la réponse de la Daf.
Mais, on en saura un peu plus avec le nouveau président de la Cena, le magistrat Doudou Ndir, qui, lors de sa visite auprès de certaines commissions d’inscriptions de Dakar et banlieue, disait ceci : «La machine qui confectionne les Cartes nationales d’identité serait tombée en panne depuis quelques temps.»

Les bizarreries d’une panne
C’est le même argument qui a d’ailleurs été servis à Matar Guèye, porte-parole de la Cap 21 lorsqu’il l’a saisi également la Direction de l’automatisation du fichier. «La confection des cartes d’identité numérisée est faite par l’imprimante à transfert thermique qui ne s’arrête jamais, explique M. Guèye, Alors, ils se sont dit que, puisqu’on s’achemine vers des élections (locales), ils ont fait un arrêt  d’usine. Mais cet arrêt a coïncidé avec la période de la révision de la révision des listes électorales.» Coïncidence voulue ? En tout cas, le doute commence à s’installer dans la tête du leader du Rassemblement démocratique Sénégalais (Rds) vis-à-vis de l’échéancier donné par la Daf. «Ils avaient dit que cet arrêt technique ne durerait que trois mois, mais cela fait huit mois maintenant…» Et le Pca du Cices, qui a travaillé sur l’audit du fichier électoral, ne manque pas de fustiger le mutisme observé par Habib Fall et son équipe sur cette question vitale. «Je ne comprends pas pourquoi la Daf ne veut pas communiquer. Il faut parler aux gens, il faut qu’ils parlent à la presse.»
Mais des sources bien informées parlent plutôt d’un «problème de budget au ministère de l’Intérieur» qui serait à l’origine de l’arrêt de la confection des cartes d’identité.
Dans son édition n° 1452 du 6 novembre 2007, Le Quotidien avait révélé les dessous du départ des ingénieurs de nationalités ghanéenne, nigérienne et des Européens qui ont quitté leur poste en octobre 2007 pour des raisons «d’arriérés de plusieurs mois de salaire» et obligeant la Daf à observer un «service minimum». A l’époque, ces informations avaient été confirmées par Habib Fall. «C’est vrai que nous ne confectionnons plus les Cartes d’identité nationale, parce que nos fournisseurs sont partis. On leur doit trois à quatre mois de salaire», dit-il. Ce départ de ces ingénieurs étrangers était intervenu au moment où le ministère de l’Intérieur avait envoyé des agents en stage en Europe pour y subir «une formation». Mais depuis, ils sont revenus au bercail et ont repris services !

lequotidien.sn

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