Serigne Mbacke Ndiaye : «Karim Wade et Baldé ont intérêt à ce que tous les dossiers dans lesquels ils sont impliqués soient clarifiés»

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Serigne Mbacké Ndiaye, ministre conseiller de Me Abdoulaye Wade chargé des affaires politiques, a été au centre du dialogue politique qui est aujourd’hui sur une bonne voie. Il avait déclaré que si Wade quittait le pouvoir beaucoup de personnalités iraient aller en prison. Sur ces questions et sur tant d’autres, comme celles relatives à la gestion de deniers publics par Karim et Baldé, il a accepté de répondre à nos questions.
Comment analysez-vous la transmission des rapports d’audit et de la Cnlcc à la justice ?
Je ne l’analyse pas en termes de personnes visées, arrêtées, inculpées, inquiétées… Je l’analyse sous l’angle de cette volonté du chef de  l’Etat, qu’il a toujours affichée, de mieux gérer les affaires de l’Etat dans la plus grande transparence. Nous semblons oublier que toutes ces structures qui ont été mises en place et qui permettent de faire un contrôle de plus en plus rigoureux dans la gestion des deniers publics ont été créées par l’Etat du Sénégal, par conséquent par le président de la République. La volonté du chef l’Etat à ce niveau est nette, claire et précise. Il veut que les affaires du pays soient gérées dans la plus grande transparence. Nous en savons quelque chose, nous qui discutons quotidiennement avec lui. S’il y a des erreurs et des manquements çà et là, je peux dire avec force que ceux qui sont coupables de ces faits-là seront traduits devant la justice. Du temps du président Abdou Diouf, quand une loi a été votée contre l’enrichissement illicite, nous avons raté le coche. Je ne voudrais pas que l’histoire se répète. Parce qu’à l’époque, tous les Sénégalais devaient faire bloc derrière Diouf et l’aider à aller dans cette direction, mais nous l’avons plutôt combattu. Aujourd’hui qu’il y a des instruments qui permettent de mieux gérer les affaires de l’Etat dans la transparence, il appartient à tous les patriotes, quel que soit leur bord, qu’ils soient politiques ou de la société civile, de faire bloc derrière le président de la République, puisqu’il veut la transparence dans la gestion des affaires publiques. Le président a indiqué la voie, que tout le monde s’y engage. Il ne faut pas en faire un débat politicien, mais un débat patriotique.

Pourtant, les rapports de l’Armp n’ont toujours pas eu de suite, pourquoi ?
Comme on dit, «Ndar ne s’est pas fait en un jour». On ne peut pas avoir une multitude de dossiers, déposés sur la table du président de la République, ou du ministre de la Justice, ou du ministre de l’Intérieur, et que tout d’un coup tous les dossiers soient traités de la même manière. Si on dépose une centaine de dossiers, il est clair que tous les dossiers n’auront pas le même aboutissement. On peut accuser cent personnes de détournement de deniers publics, mais après enquête, on se rend compte que tel est blanc comme neige il faut le libérer, un autre a un dossier qu’il faut classer, parce qu’il n’y a pas lieu à poursuivre, un autre doit être condamné. Mais il faut que les gens soient patients, il faut que les gens acceptent d’accompagner cette volonté du chef de l’Etat. Mais on ne peut pas dire tout d’un coup qu’il y a deux poids deux mesures, parce qu’on a inquiété un tel et pas un tel autre. Quel que soit le Sénégalais et quel que soit le bord auquel il appartient, nous ne souhaitons voir personne en prison ou dans des difficultés. Mais s’il y a des problèmes, laissons la justice faire son travail et tirer ses conclusions. À partir de ce moment, chacun se fera une idée de ce qui a été fait. Mais on ne peut pas a priori dire qu’il y aura deux poids, deux mesures.

On ne parle pas du dossier de l’Anoci. Sommes-nous face à une justice à deux vitesses ?
Les gens semblent oublier que quand l’Anoci a terminé les chantiers, l’agence continuait à fonctionner. C’est en décembre qu’elle a été dissoute. C’est à partir de ce moment qu’on peut parler de rapport déposé ou pas. Ce  qui me pose souvent problème et qui a tendance à vicier l’atmosphère c’est qu’on ramène tout à la personne de Karim Wade. Ce qui est dommage. Si on veut combattre quelqu’un politiquement il faut aller sur le terrain politique et le combattre politiquement. Si c’est le terrain de la gestion quotidienne des affaires du pays, il y a des mécanismes qu’il faut mettre en œuvre. Je demeure convaincu que Karim Wade tout comme Abdoulaye Baldé, parce que ce sont les deux qui sont souvent cités, ont intérêt à ce que tous les dossiers dans lesquels ils sont impliqués soient clarifiés. Parce que c’est des jeunes Sénégalais. C’est des gens qui ont leur avenir, et peut-être qui ont leur avenir politique en jeu. Faisons confiance aux mécanismes de contrôle de notre pays, faisons confiance à la justice de notre pays, et au bout du compte chacun pourra se faire une idée très claire. Mais on ne peut pas dire a priori que c’est Karim Wade, on cherche à le protéger. On ne cherche pas à le protéger. C’est un Sénégalais comme vous et moi, s’il commet une faute, il s’expose. Et l’homme politique a surtout peur de l’opinion. La condamnation d’un peuple est plus dangereuse que celle d’un tribunal pour un homme politique.
Les sorties répétées de Wade sont-elles une campagne électorale déguisée ?
À quelle fin ? Je reproche à Wade de ne pas faire suffisamment de sorties.  S’il me suit, il ferait chaque année une tournée économique à l’intérieur du pays. Il reprendrait contact avec le Sénégal des profondeurs. Au lendemain des locales, Wade m’a dit : «j’ai beaucoup apprécié la tournée que j’ai faite à l’intérieur du pays, parce que ça m’a permis de découvrir beaucoup de choses». Il a pris l’exemple du monde rural, pour me dire : «tout ce que j’ai investi dans le monde rural, s’il n’y avait pas d’intermédiaires, qui ont d’une manière ou d’une autre grippé la machine, aujourd’hui le paysan sénégalais ne serait pas dans la situation actuelle.» Pourquoi ferions-nous une campagne, au moment où nous sommes sûrs de remporter la présidentielle ?
Wade est-il en train de torpiller le travail de Khalifa Sall avec l’histoire du terrain de Cerf Volant ?
Pas du tout. Si le terrain appartient à la ville de Dakar, la mairie n’a qu’à prouver cela. Si le terrain n’appartient pas à la ville de Dakar et que la ville de Dakar veuille en disposer, il y a des voies et moyens à emprunter. Toutes les villes doivent être assainies. Mais si quelqu’un vient s’installer sur la place publique, vous le laissez sur la place publique, vous lui demandez quotidiennement de payer des taxes municipales, pendant 10 ans, vous vous levez un beau jour pour dire je vais les déguerpir, il faut obligatoirement leur trouver un site de recasement. Si tu ne trouves pas un site de recasement, ces gens-là doivent utiliser les mêmes moyens que vous, pour s’opposer à cette volonté. Le président n’a pas la volonté de bloquer qui que ce soit dans le fonctionnement de sa structure. Mais chacun doit assumer ses responsabilités. Tu ne peux pas faire une campagne électorale sur la base de promesses, sur la base d’engagements, tu arrives au pouvoir, tu n’as pas les moyens ni la capacité de respecter les engagements que tu avais pris, et tu te retournes pour dire : «je suis bloqué par l’Etat». Non, ça ne marche pas. C’est valable pour la ville de Dakar, c’est valable pour les maires qui avaient battu campagne autour des inondations. Parce que si Khalifa Sall avait battu campagne autour de l’assainissement de la ville de Dakar, je suppose qu’en homme sérieux, il avait un programme bien précis. S’il savait qu’il allait délocaliser les marchands ambulants, qui n’en sont pas d’ailleurs, et les autres occupants irréguliers de l’espace public, il devait déjà identifier des sites de recasement. S’il ne l’a pas fait, cela veut dire que c’est du tâtonnement. On ne peut pas venir occuper le terrain d’autrui et dire : «j’ai été bloqué». Ce n’est pas crédible.

Où en êtes-vous avec le dialogue politique ?
Le dialogue politique est sur les bons rails, qu’il n’a jamais quittés d’ailleurs. Quand le président de la République avait lancé son appel pour engager un dialogue avec l’opposition, il y a eu un écho favorable. C’est dire que jamais nous n’avons enregistré une opposition tendant à dire qu’il ne faut pas dialoguer avec le président. Tout le temps, la quasi-totalité de l’opposition a dit oui pour un dialogue. Il se posait un certain nombre de problèmes qu’on appelle des préalables, d’autres des conditions. Il y a d’autres qui disent qu’il ne faut pas avoir confiance en Wade car il joue de ruse. Mais ruser pourquoi ? Nous sommes allés à des élections libres et transparentes, qui ont été gagnées par Abdoulaye Wade en 2007. Avant ça, on avait parlé du dialogue parce qu’en 2005, 2006 moi-même je parlais du dialogue avec Me Wade. À l’époque, il avait lancé un appel le 31 décembre, pour dire : «je demande à l’opposition d’engager immédiatement le dialogue avec le gouvernement sur toutes les questions d’intérêt.» Depuis lors, le débat suivait son cours. Mais quand j’ai été nommé ministre chargé des affaires politiques, il m’a demandé de reprendre langue avec l’opposition, pour poursuivre ce travail qu’on avait commencé officieusement. J’en profite pour remercier ces leaders de l’opposition qui sont pour la plupart des amis et des frères.

Aujourd’hui, un chef religieux entre en jeu. Est-ce un échec du ministre chargé des affaires politiques ?
Je ne raisonne pas en termes de personne. C’est-à-dire que ma modeste personne n’a pas d’importance dans cette affaire pour que l’on parle de réussite ou d’échec. Je constate tout simplement que nous avions fait avancer ce dossier et c’est de ça dont je veux parler. Avec l’opposition nous étions d’accord sur le principe de dialoguer. Nous étions aussi d’accord sur le contenu du dialogue, les neuf points proposés par Benno Siggil Senegaal et acceptés par le président de la République. Il fallait mettre sur pied une commission paritaire, nous étions aussi d’accord sur le principe. Et le président avait désigné la délégation gouvernementale dirigée par Souleymane Ndéné Ndiaye. Le seul point sur lequel nous n’avions pas trouvé un consensus c’était le format du dialogue. Parce que, à un moment donné, le président avait estimé que le dialogue devait se faire en direct devant les télévisions, les radios, la presse, le corps diplomatique. Or, pour Benno Siggil Senegaal, il fallait faire le dialogue à huis clos et communiquer les résultats. Nous étions d’accord sur comment appliquer les conclusions de ce dialogue. C’est pour dire que sur toutes les questions, nous étions d’accord. Il n’y a que le format qui posait problème. Puisque nous avions buté sur cette difficulté, le dialogue était resté en l’état. Mais au moment où le dialogue semblait bloqué, on continuait à discuter dans les coulisses, surtout que, comme on le dit, on ne fait pas de la diplomatie dans la rue.  Le fil n’a jamais été rompu. Et à l’occasion du Gamou, le khalife général des tidianes, comme d’autres khalifes d’ailleurs, a lancé un appel pour qu’on reprenne ce dialogue. Il faut saluer le rôle des chefs religieux. Parce que nous pouvons être des techniciens en la matière, mais eux ce sont des personnes morales, qui ont la possibilité de pousser les uns et les autres à aller à la table de négociation. Quand Serigne Mansour a parlé du dialogue et que Serigne Abdou Aziz Sy, que je salue au passage, a été nommé facilitateur, il n’y a qu’un point qui a été soulevé par l’opposition : que le président réponde à la lettre du 23 octobre. S’il y a eu cette lettre du 23 octobre c’est qu’au préalable il y a un travail important qui a été fait et qui a abouti à cette lettre du 23 octobre. Le président, par le biais de son directeur de cabinet, a répondu à cette lettre du 23 octobre. C’est le coup de pouce que nous attendions. Je ne peux en aucun cas parler d’échec. Je ne mets pas en avant ma personne. J’agis pour le compte et souvent sur les instructions du chef de l’Etat. Il n’y a jamais eu d’échec, parce qu’à un moment, un travail important a été fait, ensuite on a eu besoin d’un détonateur et le khalife général a été ce détonateur.

Vous avez lancé dernièrement Carrefour Wade 2012. Voulez-vous créer un parti politique ?
Je suis membre du Pds depuis que j’ai quitté le Pr. J’ai adressé une lettre au secrétaire général national du Pds, pour lui faire savoir ma volonté de retourner au Pds. Il m’a répondu : «c’est ton parti, que tu n’aurais jamais dû quitter.» J’ai commencé à militer au Pds en 1975. En 1978 j’ai été élu responsable régional des jeunes de Thiès, poste que j’ai occupé jusqu’en 1983, 84 et j’ai passé le flambeau à mon ami feu Nguirane Ndiaye, ancien député. En plus de ça, avec des amis qui pour la plupart ne sont pas dans des partis politiques, je prends l’exemple de Songo Mactar Ndiaye, de Amadou Kane de l’Oncav, du journaliste Pathé Mbodj, de Koura Kane de la Grande royale, de Suzanne Sonokho, première militante du Pds, Bounama Dièye de la Fédération sénégalaise de football, nous avons mis sur pied Carrefour Wade 2012. Nous avons mis sur pied ce mouvement parce que nous savons qu’il y a beaucoup de Sénégalais qui veulent soutenir le président Wade, mais qui ne veulent pas être dans les partis politiques, qui ne sont pas à l’aise dans les partis politiques, il faut aller les chercher. Il y a des Sénégalais qui sont dans l’opposition et qui ne veulent pas militer au Pds. Il y a des Sénégalais qui ont quitté le Pds, il faut aller les chercher. Vendredi dernier, nous avons tenu une réunion dans un hôtel de la place et nous avons créé la section de femmes, qu’on appelle les Linguères, avec toute la philosophie et le comportement qu’il y a derrière. Il y a, par exemple, Khady Fall Tall qui dirige la Rafao, Aïda Diop Diamono, Dieynaba Lèye, Sagar Tall, qui sont dans ce mouvement. Elles vont se déployer un peu partout dans le Sénégal pour apporter de la valeur ajoutée au Pds.

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