IDH : UNE MAUVAISE QUERELLE

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Classé 144ème pour la deuxième année consécutive sur 196 pays pour l’indice de développement humain en 2010, le gouvernement du Sénégal a manifesté une certaine nervosité allant jusqu’à critiquer le mode de calcul de l’indice. Il faut d’abord admettre que tout indice comporte des points forts et des points faibles et résulte d’un arbitrage qui peut-être contesté. Il n’empêche que c’est le moyen le plus commode et le moins arbitraire de comparaison qui existe aujourd’hui entre pays ou entre entités analogues. Un indice comme l’IDH permet surtout à un pays de bien comprendre les points faibles de sa démarche et de les corriger. Or en dix ans, le Sénégal n’a pas fait de miracle dans ce domaine malgré les performances sans cesse proclamées par les autorités.
Parmi les réserves formulées par le Sénégal, on note le vieux problème de la prise en compte des aspects qualitatifs du développement humain. Je me souviens avoir participé à Caracas, il y a plus de vingt ans, à une réunion d’experts sur ces questions. A l’époque, les indices les plus utilisés étaient le PIB et le revenu par habitant, c’est la volonté d’inclure des aspects immatériels du développement qui conduira à la mise au point de l’IDH. En vérité cet argument du Sénégal n’est pas pertinent parce que dans les aspects qualitatifs du développement, le Sénégal est loin de n’avoir que des points forts. Il suffit d’évoquer les questions de la corruption, de la transparence ou encore de l’assainissement pour s’en convaincre.
[Xalimasn.com] L’éducation, la santé sont venues compléter le revenu pour permettre une appréciation moins économique et financière du développement et nul ne peut contester la pertinence de ces variables. Naturellement toutes les variables du développement humain sont liées les unes aux autres mais on ne peut échapper à la nécessité d’en sélectionner quelques unes pour pouvoir faire des comparaisons significatives.
La contestation des résultats à cause d’une mauvaise année sanctionnée par de mauvaises notes n’enlève rien à la valeur de l’indice dont tout expert peut apprécier la cohésion relative et la pertinence en examinant la méthodologie et les résultats obtenus.
Le développement s’inscrit naturellement dans la durée, cela est valable pour l’IDH, comme pour d’autres indicateurs comme l’espérance de vie à la naissance, le taux de chômage etc… mais nul ne conteste la pertinence de leur publication annuelle même s’ils présentent une certaine stabilité dans le temps. C’est le devoir des autorités gouvernementales de saisir le sens des variations qui peuvent intervenir et de corriger leurs politiques dans le sens qui convient.
Remettre en question les pondérations des indicateurs utilisés dans le calcul de l’IDH n’est pas non plus un argument que l’on peut retenir. De même que les facteurs incriminés n’ont pas le même poids dans le développement humain, de même ils n’ont pas le même poids dans les différents pays.
Encore une fois, il faut rappeler que les experts ont été conduits à faire un arbitrage à partir des études faites ou disponibles dans de nombreux pays.
Quant aux libertés individuelles et politiques, à l’environnement physique et celui des affaires, un pays ne peut pas évaluer tout seul sa position. Il faut prendre en compte l’évolution de ces variables dans le temps et il n’est pas sûr qu’à ce moment là le Sénégal ait fait des progrès significatifs, bien au contraire de l’avis de nombre d’observateurs.
Il est difficile de faire croire à l’opinion publique nationale et internationale que le régime en place est l’objet d’une conspiration internationale. Le rapport sur l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International et le « Doing Business » de la Banque Mondiale ont aussi été contestés par le gouvernement qui devrait être lucide et comprendre que l’arbre de la protestation gouvernementale ne saurait cacher la forêt de la mal gouvernance dans notre pays et qu’il ne lui sera pas possible de convaincre les experts qui travaillent sur le Sénégal et qui savent qu’en réalité notre pays a toujours bénéficié de leur indulgence.
On le voit encore avec le rapport de 2010 lorsque Babacar Cissé du PNUD met l’accent sur la crise mondiale et la baisse de transferts d’argent vers le Sénégal (6 à 10 % de baisse selon le PNUD) dans la relative contre performance du Sénégal. Mr Luc Grégoire du PNUD-Mali va dans le même sens et s’inquiète de la baisse possible dans les prochaines années de l’APD (Aide Publique au Développement), des IDF (investissements directs étrangers) et des transferts d’argent des émigrés et pour consoler le gouvernement, les experts du PNUD rappellent que l’IDH du Sénégal a progressé de 41 % au cours des 10 dernières années.
Mais le régime de Abdoulaye Wade ne s’est pas trompé sur le sens profond de ce rapport et son impact politique négatif sur les ambitions déclarées du président de se faire réélire en 2012. C’est ce qui explique leur grande nervosité et le coup d’épée dans l’eau de leur vigoureuse protestation qui ne peut convaincre, ni émouvoir personne.
Le Président devrait plutôt tirer les conclusions les plus indiquées de la cascade de ses contre-performances et se retirer de la vie politique pour éviter à notre pays une confrontation politique majeure dans laquelle il n’aura rien à gagner à l’horizon 2012.
Landing Savane
Dakar, le 08 novembre 2010

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