ARMP, good job ! Par Abdou Latif Coulibaly

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Mesdames, messieurs de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), vous avez fait un beau travail. Celui-ci vous honore. La nation reconnaissante vous dit bravo ! Vous lui redonnez, même si c’est de façon limitée, des raisons de croire que tout n’est pas perdu dans ce pays. En faisant ce travail, vous avez déclenché, à votre insu, une bataille dans le cadre d’une impitoyable guerre contre la délinquance liée à la corruption et à la concussion de fonctionnaires et d’agents publics que vous ne gagnerez certes pas. Mais peu importe. L’essentiel c’est de l’avoir engagée.

A partir de maintenant, vous êtes la cible de tous les acteurs du régime, avec à leur tête, le premier d’entre eux. Ils vous combattront sans merci. Ils vous trouveront des poux dans la tête. Ils vous abattront dès que l’occasion se présentera. En tout état de cause, vous avez prouvé qu’une institution n’est solide que par la volonté et la détermination de ceux qui ont la charge de la conduire et de mener sa mission conformément à l’esprit de la loi qui l’institue. Les institutions ne valent que par l’engagement, l’éthique et par la volonté des hommes qui les incarnent. L’année prochaine, il sera difficile à l’Armp de réaliser ce qu’elle a fait avec les d’audits qui viennent d’être publiés. Ceux-ci renseignent de façon extraordinaire et précise sur l’ampleur de la délinquance pratiquée de façon déconcertante par des hommes et des femmes nichés dans les plus hautes sphères de la République. Quand nous disons la République des délinquants nous n’exagérons rien. Nous mettons la lumière sur un système de délinquance qui a pris en otage toute la République par son ampleur et par le statut des coupables incriminés. Les pouvoirs sénégalais ont été terriblement secoués par la publication des audits qui défraient la chronique et jettent une lumière crue sur les pratiques scandaleuses qui structurent et encadrent la marche de la République à tous les niveaux.

Dans le système de gouvernance en cours dans le pays, les audits de l’Armp viennent de rappeler que l’Administration publique est un des principaux instruments et un rouage important du dispositif mis au service de la prédatocratie. Elle n’est pas conçue comme une administration de l’Etat pour fournir des services aux populations sur la base des fonctions traditionnelles de l’Etat. Elle n’a pas non plus la fonction de développement, qui d’ailleurs n’existe même pas dans la philosophie du mode de gouvernance au service duquel elle se trouve. Elle est un instrument d’extorsion de valeurs aux populations, de surveillance et de mise au pas de ces dernières. Dans ce contexte, les entreprises publiques, tous les démembrements techniques de l’Etat et l’ensemble des unités économiques publiques sont conçus comme des rouages de la machine d’accaparement et d’enrichissement sans cause des hauts responsables et des principaux dignitaires du régime. Autrement dit, le vol des ressources et des biens publics, le détournement des fonds du trésor de l’Etat, la corruption dans l’exercice des fonctions publiques, le pillage ne sont pas interdits, dans le système actuel. Ceux qui ne peuvent pas pratiquer la prédation dans les caisses publiques doivent être exclus du système. Le pays nous fournit chaque jour des exemples qui montrent à quel point l’avenir de la nation est incertain, face aux prédateurs politiques qui sévissent sans retenue depuis le début de l’indépendance du pays. Les populations se trouvent être les premières victimes de ce système de gouvernance.

Ainsi, la prédatocratie sécrète la misère de par le système de pillage institutionnalisé, qui ne laisse pas les moyens à l’Etat d’assumer ses fonctions traditionnelles de développement économique et social. Seuls l’argent, l’enrichissement rapide, quels qu’en soient les moyens, les exigences de la lutte pour la survie quotidienne, la démonstration de l’arrivisme matériel et politique, sont devenus les principes qui guident le comportement des uns et des autres dans la société sénégalaise. C’est dans ce cadre que baignent les hauts responsables et leur culture professionnelle en est imprégnée. Les responsables dans ce système de gouvernance sont des alliés du pouvoir dans son entreprise d’accaparement. Ils sont au cœur du système dans lequel ils se livrent dans certains cas à des pratiques de corruption qui vont au-delà de la corruption stricto sensu. Ces pratiques comprennent aussi bien les pratiques de la concussion que d’autres pratiques similaires pour renflouer les dignitaires du régime et leurs affidés, au détriment de l’Etat et du citoyen. En fait, les audits qui font aujourd’hui débat dans le pays montrent la manière par laquelle les hauts responsables placés à la tête des différentes entités publiques spolient les deniers de l’Etat. Ils ont été tous pris la main dans le sac. Certains tentent de protester sans convaincre personne. Ils sont tous des voleurs par des systèmes de surfacturation et de trafics de marchés fictifs. La seule question posée est de savoir si le parquet aura le courage un instant de faire traduire tous ces délinquants au col blanc devant les juges du pays. La réponse coule de source : le parquet n’est pas libre, encore moins courageux pour engager des poursuites contre des délinquants qui siègent au Conseil des ministres et d’autres qui occupent les premières loges quand le parti de la majorité réunit ses instances.

Abdou Latif COULIBALY

lagazette.sn

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  1. « En tout état de cause, vous avez prouvé qu’une institution n’est solide que par la volonté et la détermination de ceux qui ont la charge de la conduire et de mener sa mission conformément à l’esprit de la loi qui l’institue. Les institutions ne valent que par l’engagement, l’éthique et par la volonté des hommes qui les incarnent. »

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