À Dakar, l’attente interminable d’un demandeur d’asile du Darfour

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Hassan Adam Abdallah est un réfugié soudanais qui attend que sa situation se débloque depuis 2010. Photos Makaila Nguebla.
Le Sénégal, fenêtre de l’Afrique de l’Ouest sur l’Atlantique, est historiquement une plaque tournante des migrations. Notre Observateur est parti à la rencontre d’un Soudanais qui a fui les violences au Darfour et vit depuis trois ans dans une petite cahute à Dakar en attendant d’obtenir le statut de réfugié politique.
À Dakar, c’est un organe spécifique, la Commission nationale d’Eligibilité (CNE), qui est chargée d’étudier les demandes déposées par les personnes déplacées au Sénégal et d’octroyer ou non le statut de réfugié politique. Le Haut Commissariat  pour les réfugiés siège en tant qu’observateur dans cette commission.
Selon ce dernier, 20 644 réfugiés étaient présents sur le sol sénégalais en 2012 dont 12 000 Mauritaniens. L’année dernière, le pays a enregistré  173 demandes d’asile ; seulement deux ont été accordées.
Officiellement, six soudanais ont fait une demande d’asile au Sénégal.La plupart des déplacés soudanais ont émigré pour fuir la guerre au Darfour, qui selon l’ONU a fait depuis 2003 2,7 millions de déplacés et plus de 300 000 morts.
La cahute de fortune construite par le réfugié soudanais.

« Lorsqu’il pleut, il doit se mettre debout sous une bâche s’il veut rester au sec »

Makaila Nguebla est un activiste et blogueur tchadien installé au Sénégal. Il mène une étude sur les migrations au Sénégal en partenariat avec l’institut Panos de Dakar.

Hassan Adam Abdallah a 24 ans. Son village de Mémedja dans le Darfour a été attaqué en 2003 par des bandes armées lors de la guerre civile. Il a perdu son père et sa sœur dans les combats et a été obligé de fuir dans une direction différente de sa mère. Depuis, il n’a pas de nouvelles d’elle. Il a erré entre la Libye, le Niger et le Sénégal, où il se trouve depuis 2010, à la recherche d’un travail.
Ça fait trois ans qu’il se trouve dans un abri de fortune, fait de tôle et de bouts de portes près d’un canal dans le quartier de Fann Residence, dans le centre ville de Dakar. Toute sa vie tient dans une petite valise. Lorsqu’il pleut, il doit se mettre debout, sous une bâche s’il veut rester au sec. Comme il n’a pas de pièce d’identité et qu’il ne parle ni wolof, ni français, il a déjà été arrêté à plusieurs reprises par la police.
A droite, la valise bleu d’Hassan Abdallah Adam est tout ce qu’il a pu sauver de sa fuite du Darfour. Capture d’écran d’une vidéo postée par Makaila Nguebla sur son blog.
« Entre 300 et 400 personnes vivent de la même façon que ce Soudanais »
Hassan Abdallah cherche à avoir le statut de réfugié politique car c’est la seule façon pour lui d’être en règle et de pouvoir s’intégrer, trouver un travail…. Mais au Sénégal, c’est extrêmement difficile, car c’est le CNE qui traite tous les dossiers et qui distribue au compte-goutte les autorisations. La procédure est anormalement lente, certains attendent même depuis dix ans une réponse  [selon le Haut Commissariat aux réfugiés du Sénégal contacté par FRANCE 24, l’un des motifs de refus principal concerne les réfugiés issus de « deuxième mouvement », c’est à dire passé par un autre pays avant d’arriver au Sénégal]. Hassan a déposé un premier dossier en 2010 et a eu une réponse négative début 2013. Celle-ci n’était pas motivée : il ne peut même pas savoir pourquoi son dossier a été refusé. Il a donc refait une demande. En attendant, il n’a en guise de « papier » qu’un récipissé du CNE qui n’a aucune valeur juridique.
Le cas d’Hassan Abdallah n’est pas isolé : il y a entre 300 et 400 personnes qui vivent dans la même situation de dénuement à Dakar. Personne ne s’intéresse à lui. Quand je vois ça, je me demande si l’entraide et l’humanisme sont encore des valeurs au Sénégal.
Le récépissé transmis par le CNE est valable pendant 3 mois mais ne remplace pas la pièce d’identité aux yeux de la police selon notre Observateur.
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